mardi 14 avril 2026
AccueilCultureCes photographes qui ont immortalisé Rainier III et la famille princière

Ces photographes qui ont immortalisé Rainier III et la famille princière

Publié le

Derrière l’exposition Le Prince chez  lui s’exprime la patte de nombreux photographes officiels du palais, mais aussi des photographes de renommée internationale, qui ont immortalisé les plus grands noms de la politique, du cinéma et des arts, en général. Ce sont leurs œuvres qui parlent davantage qu’eux-mêmes.

C’était une autre époque. À l’heure où la photographie s’est démocratisée presqu’à l’excès, inondant notre quotidien de mises en scène incessantes d’illustres inconnus, l’exposition Le Prince chez lui met en avant le travail de professionnels d’un autre temps. Le doigt sur le déclencheur, plus souvent derrière l’objectif que devant, ces photographes accrédités par le palais princier ont immortalisé le quotidien de Rainier III et de la famille princière, avec un sens de l’élégance et de la sobriété, peut-être rarement atteint. De l’art de donner de l’importance aux détails silencieux jusqu’à celui de savoir s’effacer au profit de l’image, plutôt que d’eux-mêmes, ils permettent aujourd’hui une autre lecture d’événements historiques, comme la crise diplomatique franco-monégasque de 1962 [à ce sujet, lire notre article Les combats politiques menés Rainier III, publié dans ce dossier spécial — NDLR], que de simples écrits n’auraient pas permis de démêler tous les enjeux. Ces chasseurs d’images, disparus pour la plupart, ont également permis à la principauté de se faire voir, puis entendre, sur la scène internationale. Mais qui sont-ils ?

« Le prince a vite compris l’intérêt de l’image pour Monaco, d’où la grande histoire avec le magazine Paris Match, l’un des plus grands périodiques de l’image qui nait l’année de l’avénement de Rainier, en 1949. Ce n’est pas neutre »

Thomas Fouilleron. Directeur des archives et de la bibliothèque du palais princier
Rainier III photographe
La famille princière dans les jardins du palais princier, en 1959. © Photo Loic Repiquet / Archives du Palais Princier de Monaco

Paris Match, l’ami de la famille

Le plus ancien des photographes du palais est probablement Joseph Tournay, qui avait fondé la boutique Riviera Photo, rue Grimaldi. Cet ancien violoniste de l’orchestre de Monte-Carlo a consacré une autre partie de sa carrière à la photographie, jusqu’à ouvrir son échoppe à la Condamine, dont on retrouve le travail dans l’exposition de l’institut audiovisuel de Monaco dédiée au Pathé-Baby [à ce sujet, lire notre article De rares images de Monaco, filmées au Pathé-Baby], où l’on retrouve des archives vidéo de 1925 à 1970, tournées au format 9,5 mm. Ce photographe a tiré le portrait des membres de la famille princière et a immortalisé leur jeunesse au palais. « On les voit jouer avec la princesse Antoinette (1920-2011) dans les jardins », se rappelle Vincent Vatrican, directeur de l’Institut audiovisuel, à l’origine de l’exposition Le Prince chez lui, avec Thomas Fouilleron, directeur des archives et de la bibliothèque du palais princier. Pour ce qui est de cette exposition Le Prince chez lui, le plus gros contributeur se nomme Georges Lukomski, avec une série de clichés datés de 1957, jusqu’au début des années 1980. Toujours en vie, mais soumis au devoir de réserve, il est le premier photographe à avoir eu le privilège d’être permanent au palais princier. On lui doit, entre autres, ce portrait croisé en noir et blanc de la princesse Grace (1929-982) et du jeune Albert II, capturé le 13 mars 1965, à l’occasion du baptême de la princesse Stéphanie.  « Il a eu accès à l’intimité de la famille princière. Sans aller jusqu’à dire qu’il était ami avec le prince Rainier III, il avait noué avec lui un vrai lien de proximité. Nous avons retrouvé des images de lui jouant au squash avec le prince », raconte Thomas Fouilleron. On lui doit également cette photo prise dans les coulisses de la fête nationale de 1962, un triptyque capté de derrière le prince et le balcon du palais, où l’on observe la princesse Grace (1929-1982) en train de filmer son époux : « Plutôt que de montrer des photos déjà publiées en leur temps, et publier 56 balcons pour 56 ans de règne, nous avons préféré éclairer l’envers du décor, depuis le Salon des Glaces, montrer ce que voyaient le prince et sa famille », décrit Vincent Vatrican. « Le prince a vite compris l’intérêt de l’image pour Monaco, d’où la grande histoire avec le magazine Paris Match, l’un des plus grands périodiques de l’image qui nait l’année de l’avénement de Rainier, en 1949. Ce n’est pas neutre. Dès 1950, ce magazine fait d’ailleurs la couverture avec Rainier III en avril, pour son couronnement », rappelle Thomas Fouilleron. Le glamour, image de marque de Monaco, va en effet de pair avec l’arrivée de Grace Kelly en principauté.

Rainier III photographe
Howell Conant et Georges Lukomski filmés par la princesse Grace Kelly au palais, dans le salon des Glaces, le 19 novembre 1962. © Institut Audiovisuel de Monaco

La princesse Grace avait, elle aussi, son photographe de confiance. Grace Kelly avait fait venir Howell Conant (1916-1999) de son Amérique natale, pour accompagner son quotidien, et surtout son mariage avec le prince Rainier  III, en 1956

Glamour, toujours

La princesse Grace avait, elle aussi, son photographe de confiance. Grace Kelly avait fait venir Howell Conant (1916-1999) de son Amérique natale, pour accompagner son quotidien, et surtout son mariage avec le prince Rainier III, en 1956. Parmi tous les photographes accrédités pour l’événement, il est le seul à avoir été autorisé à suivre la future princesse. Ce photographe de mode, à qui l’on doit des portraits des présidents Richard Nixon (1913-1994), John F. Kennedy (1917-1963), et des actrices Elizabeth Taylor (1932-2011) et Audrey Hepburn (1929-1993), a en effet suivi Grace Kelly toute une partie de sa vie. Contributeur pour les magazines Life, Look, et Paris Match, c’est avec le « fanmag » Photoplay qu’il a réalisé ses premiers clichés de Grace Kelly, alors au sommet de son art en 1955, sur une plage de Jamaïque. Avec ce shooting, il casse les codes habituels, en immortalisant l’actrice sans maquillage, simplement guidé par une lumière naturelle. Il déclarera d’ailleurs la même année, dans le magazine Collier’s, qui a repris l’un de ses clichés pour sa couverture de Grace Kelly sortant de l’eau : « On faisait confiance à la beauté de Grace. Vous saviez qu’elle ne se construisait pas à partir de vêtements et de maquillage. C’était Grace : naturelle, sans prétention. » En 1992, ce photographe publiera Grace : an intimate portrait by her friend and favorite photographer, [En français « Grace : un portrait intime par son ami et photographe favori » — NDLR] un recueil de photographies réalisé pendant les 26 années de règne de la princesse. Très présent à travers l’exposition Le Prince chez lui, Howell Conant a également pris plusieurs photos de famille, tantôt officielles au palais, tantôt volées au Roc Agel. D’autres photographes de renom contribueront, comme lui, à l’aide d’arrêts sur image plus ou moins intimes, comme l’Irlandais Edward Quinn (1920-1997), ami et photographe de Pablo Picasso (1881-1973), qui a notamment photographié Brigitte Bardot, Marlon Brando (1924-2004), et Cary Grant (1904-1986). Dans un autre genre, le grand reporter Jack Garofalo (1924-2005) a suivi la famille princière et Rainier III pour Paris Match, comme il l’a fait pour le prix Nobel de littérature Ernest Hemingway (1899-1961). D’autres photographes locaux, moins connus à l’international mais pas « presse bouton » pour un sou, apparaissent également dans cette exposition, comme Paul Louis, un photographe-reporter de Nice, Fausto Picedi, René Maestri, ou encore René Briano, qui a publié ses images chez Nice-Matin. Enfin, d’autres clichés ont été capturés par des membres de la famille princière eux-mêmes, ou par des proches, comme Anne de Grèce, princesse d’Espagne. Preuve qu’il ne faut pas être nécessairement photographe pour réussir un cliché qui traversera les âges.

Pour revenir au début notre dossier « Le Prince chez lui : ce qu’on ne savait pas sur Rainier III », cliquez ici.

Newsletter

Une sélection quotidienne d'informations directement dans votre boite Mail