Ayo a fait escale à Monaco dans le cadre de sa tournée Ticket to the world. Monaco Hebdo a rencontré cette artiste authentique.
Par Margaux Biancheri.
Pétillante sur scène comme dans la vie, Ayo, qui signifie joie en yoruba(1), distille une musique à son image : colorée et cosmopolite. Allemande aux origines nigériane et tzigane, c’est à Paris qu’Ayo, 33 ans, a finalement choisi de vivre. Détrompez-vous, son nouvel opus Ticket to the world ne fait pas référence à cette vie passée sur la route. « Pour moi, ce ticket, c’est le passeport qui a été inventé pour l’esclavage afin de prouver que telle personne appartenait à une autre », explique-t-elle dans un français parfois approximatif mais charmant. « J’ai perdu ma tante il y a un an, elle était nigériane et avait un cancer du foie. J’ai essayé de la faire venir en France pour qu’elle soit soignée. Le temps que les papiers soient en règle, elle est morte ». Moins dans l’introspection que dans son premier album Joyfull, qui l’avait fait connaître en 2006, Ayo livre cette fois des chansons plus engagées. « Quand j’allume la télé, ça me déprime. Je suis comme une éponge, j’absorbe toutes les émotions. Je suis obligée d’écrire. C’est thérapeutique ».
Retour aux sources
D’ailleurs le titre phare de l’album, Fire, sonne comme un appel à la révolte. « J’ai vu ce qui s’est passé en Syrie. Ces centaines d’enfants morts… J’ai écrit cette chanson après les manifestations de Londres, pendant les Jeux olympiques, puis celles d’Egypte ». Si son public était habitué à une voix suave et des chansons folk comme sur son désormais tube Down on my knees, Ayo a décidé cette fois de surprendre en rappant sur la plupart de ses chansons. Une version de Fire est même disponible en collaboration avec Youssoupha. « Je voulais un porte-parole de ma chanson en France. J’adore sa musique ». Pour ne pas déstabiliser ses fans, elle pensait même sortir l’album sous le pseudonyme Black Mamba. « J’avais peur que les gens me prennent pour une gangsta ! », plaisante celle qui « n’aime pas qu’on colle des étiquettes ».
On l’ignore, pourtant c’est avec le rap qu’Ayo a fait ses premières armes. A ses débuts, elle a joué dans beaucoup de petits bars à Paris et Londres. « Je n’ai pas cherché à me faire connaître, c’est venu à moi », confie-t-elle. Son succès, elle le doit à son producteur Jay Newland, directeur d’Universal Polidor, qui la suit depuis toujours. « Télérama avait écrit sur moi. Il a ouvert le magazine pour chercher un de ses artistes et il est tombé sur ce court article me concernant », se remémore-t-elle, en lâchant : « La musique est faite de rencontres ». Et des rencontres, la chanteuse en a fait des belles. D’abord l’emblématique Matthieu Chedid, alias M, qui l’a « beaucoup aidée », en l’accompagnant notamment sur la tournée de son album Believe en 2011. « C’est un musicien incroyable ». Il n’est pas le seul à entourer la jeune femme. Ayo joue actuellement avec les plus grands : Larry Campbell, le guitariste de Bob Dylan, Gail-Ann Dorsey aussi, bassiste de David Bowie ou encore Craig Ross ancien guitariste de Lenny Kravitz.
La vie d’artiste
Humble, Ayo n’oublie pas pour autant la petite fille qu’elle était. « A l’âge de cinq ans, je voulais être Diana Ross ! Je m’étais même fait une frange pour lui ressembler ! », se souvient-elle. Sa coupe afro actuelle se rapproche, elle, désormais plus de celle de Bonney M. « Je suis née dans une famille de musiciens. J’ai appris à jouer de la guitare comme une gitane de manière très rythmique. Cela a eu beaucoup d’influences sur ma musique ». Maman de deux enfants, Billie Eve et Nile, elle confie : « C’est dur de gérer ma carrière, mes voyages et ma famille ». La chanteuse garde cependant toujours le sourire. Même si, angoissée par les nouveaux modes de consommation de la musique, elle ignore ce que l’avenir lui réserve : « J’espère que les gens n’arrêteront jamais d’aller aux concerts. Avant on achetait davantage de disques… Tout est remplacé par internet on a perdu le contact avec la musique live ».
(1) Le yoruba est une langue tonale appartenant
à la famille des langues nigéro-congolaises.



