Le nouveau musée national de de Monaco (NMNM) propose Agora, son troisième Lab, une version alternative des expositions habituelles. Entre peintures, sculptures, films et créations, la villa Sauber met en avant des œuvres différentes avec un objectif : faire comprendre aux visiteurs le fonctionnement d’un musée.
Une invitation au voyage. Entre l’inconnu, le réel et le subjectif, la villa Sauber pousse le visiteur dans ses retranchements. D’une salle blanche parsemée de grandes huiles sur papier pendues au plafond à un espace consacré aux animaux en bois et à la musique de la nature, il n’y a qu’un pas. Au rez-de-chaussée, les collages mystérieux de l’artiste Eléonore False, en résidence, côtoient l’art africain de la collection Georges Jessula. « Voilà, c’est ça qu’on cherche. On veut que le visiteur se sente interpellé, qu’il s’évade un peu dans chaque salle », explique Benjamin Laugier, le commissaire de l’exposition Agora. A travers 600 m2, ce sont dix espaces qui présentent des œuvres bien différentes. Des sculptures sur bois, des peintures sur tableau, des vidéos, des mises en scènes, des collages, des panneaux lumineux… Ce sont plusieurs styles qui cohabitent dans un espace « vivant ». Benjamin Laugier explique que « l’objectif était de construire des minis musées dans chaque pièce avec une ambiance différente, une thématique différente et un ressenti différent. » Le risque ? Ne pas trouver de fil conducteur : « Il faut entrer dans cette exposition avec l’envie de voir les choses différemment. On n’est pas sur une exposition claire d’un artiste. Dans le Lab, on met en avant plusieurs propositions, pour que le visiteur découvre la variété de nos réserves. »

Un mélange des arts
Cette exposition qui se cache derrière les portes de cette villa se nomme Agora. C’est le troisième Lab proposé par le Nouveau Musée National de Monaco (NMNM). « Pour nous le Lab, c’est une façon d’exposer le musée, de montrer de quoi il est fait. Une telle structure culturelle n’est pas uniquement faite d’exposition. Un musée ça collectionne, ça produit, ça transmet, ça inventorie… » Tous ces ressorts, c’est ce qu’a tenté de mettre en avant ce troisième Lab. L’objectif étant d’« exposer des pièces que l’on n’aurait probablement pas mises en avant lors d’une exposition, du moins tout de suite », ajoute Benjamin Laugier. Du rez-de-chaussée à l’étage, le visiteur se plonge dans plusieurs projets. A l’entrée de l’exposition, c’est une salle à manger qui attend les curieux. Dans cette pièce de quelques mètres carrés, l’artiste en résidence de création, Léna Durr, a mis en avant la collection d’art africain de Georges Jessula d’une manière particulière. Les statuettes africaines sont disséminées au cœur d’un décor emprunté au fond Drapier, un fond légué au NMNM en 2006, reconstitué par l’artiste : « Elle souhaitait mettre en parallèle deux époques bien distinctes, tout en montrant toute l’étendue du fond que l’on possède ici, au NMNM », détaille Benjamin Laugier.

« Au fil des salles, le visiteur est amené à comprendre le traitement de l’art ici, à la villa Sauber »
Benjamin Laugier. Commissaire de l’exposition Agora
Un étage dédié aux jeunes collectionneurs
Un peu plus loin, à l’étage, ce sont les apprentis collectionneurs qui sont mis en lumière avec trois salles consacrées. L’une d’elles contient huit tableaux d’huile sur papier de l’artiste Rita Ferreira. « Les apprentis collectionneurs, c’est une initiative qui incorpore les techniques d’acquisition d’art chez les jeunes », explique Benjamin Laugier. Ces neuf pièces [huit seulement sont exposées — NDLR], ont étés acquises en 2021 par Inès Lantosca, une élève au lycée Albert Ier. « Les élèves collectionneurs c’est une formule qu’on a mise en place depuis 2017. Chaque année, on envoie des lycéens, qui ont la spécialité arts plastiques dans leur programme, dans des foires d’arts contemporains. Ils ont 20 000 euros de budget et ils font des propositions devant un jury de professionnels. Ce jury choisit la sélection d’un élève et le musée l’acquiert, explique Benjamin Laugier. Ce programme nous permet de faire découvrir la mission première d’un musée : collectionner. » Collectionner des objets et des œuvres de son temps, les garder dans les fonds, pour ensuite les exposer des décennies plus tard, c’est une des facettes du NMNM : « Il faut prendre conscience qu’un musée est une entité qui doit présenter l’art du passé et du présent, tout en préparant le futur. On se doit d’acquérir des œuvres contemporaines qui seront conservées ici, et que l’on montrera que dans plusieurs décennies. » Préparer l’avenir, tout en présentant le passé, « c’est toute la beauté de notre métier : on joue sur les trois temporalités au quotidien. » Et c’est aussi ce qui est recherché à travers ce Lab, selon le commissaire de l’exposition : « Au fil des salles, le visiteur est amené à comprendre le traitement de l’art ici, à la villa Sauber. »

« Les gens pensent toujours qu’on ne doit pas parler dans un musée, qu’on doit faire le moins de bruit possible. Mais non. Un musée c’est vivant, et il faut échanger sur ce que l’on ressent. Un musée ça doit faire passer des émotions »
Benjamin Laugier. Commissaire de l’exposition Agora.



Une exposition à la mémoire de Marie-Claude Beaud
La visite continue dans un espace particulier, l’écoletopie, une proposition artistique d’un nouveau type de salle de classe. « L’idée, c’est de montrer qu’on peut instaurer un climat plus confortable dans une classe, avec des matériaux simples. » Dans le musée, ces quelques mètres carrés permettent au visiteur de lire un livre, de discuter, et de prendre le temps : « Les gens pensent toujours qu’on ne doit pas parler dans un musée, qu’on doit faire le moins de bruit possible. Mais non. Un musée c’est vivant, et il faut échanger sur ce que l’on ressent. Un musée ça doit faire passer des émotions. » A noter qu’une autre écoletopie, jumelle de celle présente au musée, est en essai à l’école Saint-Charles depuis la rentrée de septembre 2024. Le premier Lab a été lancé en 2015 sous la direction de Marie-Claude Beaud (1946-2024), directrice du NMNM de 2009 à 2021, décédée le 29 décembre 2024 : « Cette exposition lui est dédiée, à sa mémoire et à tout le travail qu’elle a fait pour donner au NMNM, le visage qu’il a aujourd’hui », conclut Benjamin Laugier.
Lire aussi | Mort de Marie-Claude Beaud, ex-directrice du Nouveau musée national de Monaco



