samedi 3 décembre 2022
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Une course de NASCAR à Monaco : « Je sais que ça se fera, un jour ou l’autre »

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Michel Disdier est le seul pilote français, et européen, à évoluer en National association for Stock-Car auto racing (NASCAR), la ligue américaine de stock-car. Alors que la discipline est encore peu plébiscitée en Europe, ce pilote œuvre pour son développement en France, et à Monaco, pour y accueillir une manche. À l’occasion des Sportel Awards 2022, il raconte à Monaco Hebdo.

Vous êtes l’unique pilote français et européen à évoluer en NASCAR : le rallye et la Formule 1 (F1) étaient trop doux pour vous ?

Non non, ce n’est pas doux du tout (rire) ! Disons que chaque discipline a sa particularité aujourd’hui, et reste ultra-compétitive. J’adore le rallye, j’adore la F1. J’ai d’ailleurs un copain qui s’appelle Pierre Gasly et qui se débrouille très bien depuis qu’il est arrivé en F1. Donc je suis super heureux pour lui. Avec son passage chez Alpine, je suis de nouveau la F1, beaucoup plus qu’à une certaine période. Mais, la NASCAR, c’était clairement un rêve pour moi. Il n’y avait aucun pilote français qui s’était engagé depuis pratiquement 40 ans. Le dernier, c’était Claude Ballot-Léna (1936-1999), et ça remonte aux années 1970. Ce rêve, j’ai voulu le garder, le développer, et le vivre. C’est ce qui m’a poussé à aller vers ce championnat, qui est vraiment fabuleux. C’est le deuxième sport le plus populaire selon moi derrière la NFL [la ligue de football américain — NDLR]. Ici, on a encore du mal à se rendre compte de l’impact de ce sport aux États-Unis. Mais, grâce à des films comme Cars (2006), produit par Disney, la culture apporte un nouveau public dans le reste du monde, et les enfants connaissent la NASCAR grâce à Flash McQueen [le personnage vedette de Cars — NDLR]. Je suis super heureux de cette aventure.

« Ce rêve, j’ai voulu le garder, le développer, le vivre, et c’est ce qui m’a poussé à aller vers ce championnat, qui est vraiment fabuleux »

D’habitude, les sports américains s’exportent assez facilement en Europe : pourquoi pas la NASCAR ?

C’est une culture un peu différente. C’est la même chose avec le baseball, qu’on a du mal à implanter en Europe, bien qu’il y ait des clubs qui en font. Mais, c’est vrai que depuis une dizaine d’années, les choses changent. Je pense que, depuis le début de nos participations, et depuis qu’il y a un Français, cela a apporté une autre visibilité.

À l’inverse, des pilotes de F1 ont tenté de s’exporter aux États-Unis avec la NASCAR, en vain ?

On a Kimi Räikkönen qui a fait une course, il y a un mois, [Monaco Hebdo bouclait ce numéro le mardi 25 octobre 2002 — NDLR] avec difficulté, car ça s’est soldé par un “crash”. Juan Pablo Montoya, qui a talonné plusieurs fois Michaël Schumacher en F1, n’a pas eu de réussite non plus pour son passage en NASCAR. Il n’a jamais gagné. Mais leurs passages ont apporté une crédibilité à ce sport, et il a aussi prouvé en Europe que c’est un sport difficile, technique, pointu. Je sens un développement exponentiel de ce sport. Il y a un intérêt du public en France et en Europe. D’ailleurs, la France est le plus fort développement de la NASCAR dans le monde. Donc je pense que le public en France, et j’espère aussi à Monaco, est prêt pour ce sport.

Michel Disdier
« L’an dernier, nous avons eu la chance de pouvoir amener notre NASCAR, dessinée par l’artiste Richard Orlinski, et avec laquelle on a couru à Las Vegas, au musée du prince Albert II. » Michel Disdier. © Photo Iulian Giurca / Monaco Hebdo

Par conséquent, pourrait-on voir une compétition émerger en France, ou à Monaco, au-delà des quelques éditions hors-championnat ?

Amener une manche de la NASCAR à Monaco est l’un de mes rêves. La NASCAR fait des courses sur des circuits routiers, qui sont des circuits comme la F1, pas que sur des circuits ovales [une piste en anneau destinée à la course de vitesse — NDLR]. Amener les 20 meilleurs pilotes de la NASCAR à Monaco, c’est un vrai rêve que j’ai. J’en ai parlé au prince Albert II, et je pense que c’est quelque chose qui pourrait se faire, j’espère qu’il se réalisera quand je serai encore pilote en NASCAR. Mais je sais que ça se fera un jour ou l’autre. Et j’espère que ça se fera assez vite.

Aux États-Unis, la F1 gagne du terrain, au point de détrôner la NASCAR en popularité ?

Je ne crois pas. La F1 reste en Europe, et la NASCAR restera toujours aux États-Unis. La NASCAR, c’est 80 millions de fans aux États-Unis, avec une moyenne de 150 000 spectateurs par course. À Daytona, on a plus de 250 000 spectateurs le jour de la course dans les tribunes. La NASCAR c’est un géant aux États-Unis. La F1 est aujourd’hui produite aux États-Unis, et ils essaient de mieux la faire connaître. Mais il faut se rappeler que la F1 a aussi un championnat là-bas qui s’appelle l’IndyCar, où courent les Français Romain Grosjean et Simon Pagenaud. Ce dernier a gagné les 500 miles d’Indianapolis en 2019 [Simon Pagenaud a aussi été champion des IndyCar Series en 2016 — NDLR]. Les Américains ont leur F1, et ils auront des difficultés à développer la F1 comme nous l’avons fait en Europe. Bien sûr, il y aura de l’intérêt sur certaines courses. Mais la NASCAR ne se fera jamais détrôner, ni par la F1, ni par l’IndyCar.

Où en est votre carrière aujourd’hui ?

Les deux années de pandémie de Covid-19 ont été difficiles pour beaucoup de sportifs, et pour les gens en général. L’an dernier, plutôt que d’aller chercher des sponsors à un moment où on ne courait pas, nous avons donc décidé de faire une levée de fonds. L’objectif est d’amener des investisseurs, car, en NASCAR, nous avons des primes de courses, ce qui nous permet de reverser facilement des fonds à nos investisseurs. Cette levée commence à bien fonctionner, car c’est de l’argent qu’ils investissent, en plus de pouvoir gagner en visibilité, tout en étant sponsor gratuitement.

Vous cherchez aussi des partenariats à Monaco ?

Bien sûr. L’an dernier, nous avons eu la chance de pouvoir amener notre NASCAR, dessinée par l’artiste Richard Orlinski, et avec laquelle on a couru à Las Vegas, au musée du prince Albert II. Elle a reçu un vrai intérêt de la part du public pendant les six mois où elle a été exposée au musée. C’était la première fois de l’histoire qu’il y avait une NASCAR américaine, pilotée par un Français, à Monaco. On a fait aussi la « spéciale » du rallye Monte-Carlo avec cette voiture, et un film avec Canal+. De plus, une bande dessinée basée sur notre histoire, va sortir à la fin de l’année 2022. C’est génial de développer toutes ces aventures autour de la course.

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