vendredi 13 février 2026
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Crise à l’ASM Basket : pourquoi la Roca Team vit à crédit

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Fragilisé par une crise financière majeure, l’AS Monaco Basket pourrait être repris en main par la Principauté, afin d’éviter une cessation de paiements. Le prince Albert II a reconnu l’ampleur des difficultés et il a confirmé que des discussions étaient en cours pour « sauver au moins la saison ». Une intervention directe de l’État monégasque, envisagée comme un portage temporaire, s’impose désormais comme l’option centrale pour préserver l’avenir immédiat de la Roca Team. Par Clément Martinet

Salaires versés en retard, sanctions européennes, créanciers en attente et incertitude sur l’actionnariat : l’AS Monaco Basket traverse la zone de turbulences la plus sérieuse de son histoire récente. Longtemps portée par la puissance financière de son mécène, la Roca Team voit aujourd’hui son modèle fragilisé, au point d’inquiéter joueurs, staff et institutions, alors même que la saison sportive reste, en apparence, sous contrôle. Derrière la vitrine sportive, l’alerte est désormais lancée. La série de onze victoires consécutives, toutes compétitions confondues, a longtemps servi de paravent. Mais depuis plusieurs semaines, la façade s’est fissurée, laissant apparaître une réalité financière devenue critique. La semaine dernière, après la courte défaite face à la Virtus Bologne (82-84), Vassilis Spanoulis est sorti de sa réserve. « Je n’ai pas parlé jusqu’à maintenant, mais je ne peux rester en dehors de ce qui se passe. Il est évident que ce qui se passe nous perturbe l’esprit », a reconnu l’entraîneur grec, visiblement affecté, devant la presse. Un aveu rare, qui marque une rupture dans la communication d’un club habitué à afficher maîtrise et sérénité. Sur le terrain, les premiers signaux ont suivi : revers contre l’Étoile Rouge de Belgrade à domicile, lourde défaite à Madrid après ce que Spanoulis a qualifié de « pire première mi-temps de la saison », puis un succès large à Saint-Quentin (73-98), venu refermer une semaine contrastée sans dissiper le malaise. Salaires versés en retard, sanctions européennes, créanciers en attente et incertitude sur l’actionnariat : l’AS Monaco Basket traverse la zone de turbulences la plus sérieuse de son histoire récente. Longtemps portée par la puissance financière de son mécène, la Roca Team voit aujourd’hui son modèle fragilisé, au point d’inquiéter joueurs, staff et institutions, alors même que la saison sportive reste, en apparence, sous contrôle. Derrière la vitrine sportive, l’alerte est désormais lancée. La série de onze victoires consécutives, toutes compétitions confondues, a longtemps servi de paravent. Mais depuis plusieurs semaines, la façade s’est fissurée, laissant apparaître une réalité financière devenue critique. La semaine dernière, après la courte défaite face à la Virtus Bologne (82-84), Vassilis Spanoulis est sorti de sa réserve. « Je n’ai pas parlé jusqu’à maintenant, mais je ne peux rester en dehors de ce qui se passe. Il est évident que ce qui se passe nous perturbe l’esprit », a reconnu l’entraîneur grec, visiblement affecté, devant la presse. Un aveu rare, qui marque une rupture dans la communication d’un club habitué à afficher maîtrise et sérénité. Sur le terrain, les premiers signaux ont suivi : revers contre l’Étoile Rouge de Belgrade à domicile, lourde défaite à Madrid après ce que Spanoulis a qualifié de « pire première mi-temps de la saison », puis un succès large à Saint-Quentin (73-98), venu refermer une semaine contrastée sans dissiper le malaise.

Selon les informations de L’Équipe, la LNB a avancé 500 000 euros via le syndicat des joueurs, afin de couvrir une partie des arriérés de salaires. Une mesure exceptionnelle, justifiée par l’instance au nom de la solidarité et de la continuité du championnat

Vestiaire sous tension, salaires en retard

Officiellement, les ambitions sportives restent inchangées. « L’objectif, c’est le Top 4, au pire le Top 6 », rappelait Terry Tarpey après la victoire contre Le Portel (113-86). Mais l’international français, seul joueur à s’être exprimé publiquement, n’a pas éludé l’essentiel : « On espère que prochainement tout sera OK. On essaie de rester focalisés sur le basket. » Dans les faits, les retards de salaires sont devenus un sujet central dans le vestiaire. Plusieurs joueurs ont perçu leur rémunération de novembre 2025 avec plus d’un mois de décalage, parfois partiellement, et via des circuits financiers atypiques, après la menace d’une grève en janvier 2026. À la fin du mois de janvier 2026, les salaires de décembre 2025 n’étaient toujours pas réglés, alors que ceux de janvier arrivaient à échéance. Les quatre plus gros contrats de l’effectif attendent encore une partie de leur dû. Cette situation a profondément détérioré le climat interne. Selon plusieurs sources, la confiance des joueurs envers la direction est entamée, malgré la volonté affichée de rester solidaires et compétitifs.

Un soutien exceptionnel de la LNB

Face à l’urgence sociale, la Ligue nationale de basket (LNB) a pris une décision rare. Selon les informations de L’Équipe, la LNB a avancé 500 000 euros via le syndicat des joueurs, afin de couvrir une partie des arriérés de salaires. Une mesure exceptionnelle, justifiée par l’instance au nom de la solidarité et de la continuité du championnat. « Les joueurs sont les premières victimes de la situation et la LNB a un devoir de solidarité à leur égard, tout en veillant à l’équité et à la continuité du championnat », a expliqué la Ligue, confirmant un mécanisme destiné à répondre à « l’urgence de certaines situations personnelles ». Malgré ces tensions, les joueurs ont finalement décidé de disputer leurs rencontres, « par respect pour le public, pour leur sport et pour la compétition ». Le contraste est saisissant. Il y a encore un an, l’AS Monaco Basket incarnait la toute-puissance financière du basket français. Selon les estimations de Basket Europe, le club disposait en 2023-2024 d’un budget de 27,5 millions d’euros, avec sept joueurs parmi les dix mieux payés de Betclic Elite. Mike James culminait à deux millions d’euros annuels, Jordan Loyd à 1,2 million, Donatas Motiejunas et Alpha Diallo à 825 000 euros. Cette montée en gamme, portée par le mécène russo-hongrois Aleksej Fedorycsev, avait permis à Monaco de franchir un cap inédit : deux titres de champion de France, une finale d’Euroligue et un statut de place forte continentale. Mais ce modèle, fondé sur l’apport massif d’un seul homme, montre aujourd’hui ses limites.

ASM Basket Celebrations Louis II
Il y a encore un an, l’AS Monaco Basket incarnait la toute-puissance financière du basket français. Selon les estimations de Basket Europe, le club disposait en 2023-2024 d’un budget de 27,5 millions d’euros, avec sept joueurs parmi les dix mieux payés de Betclic Elite. Mike James culminait à deux millions d’euros annuels, Jordan Loyd à 1,2 million. © Direction de la Communication Stéphane Danna

Menace

Les finances de l’AS Monaco Basket restent sous pression. Le club doit régler plus de 2,2 millions d’euros à la LNB au titre de la “luxury tax”, ainsi que des arriérés de salaires et commissions. L’Euroligue a infligé une amende de 300 000 euros et interdit temporairement tout recrutement, limitant la gestion de l’effectif pour 2026‑2027. Parallèlement, les autorités italiennes ont saisi pour 41 millions d’euros d’actifs appartenant au patron de FedCom, Aleksej Fedorycsev, 70 ans, dont un château en Toscane, dans le cadre d’une procédure judiciaire ukrainienne indépendante des sanctions européennes liées à l’Ukraine. Agents, prestataires et partenaires figurent également parmi les créanciers. Cette sanction européenne a notamment précipité l’abandon du dossier Cory Joseph, finalement parti à l’Olympiakos. Un épisode symbolique d’un club qui, pour la première fois depuis son ascension, n’est plus en position de force sur le marché. En France, la menace, théorique mais réelle, d’une exclusion des playoffs en cas de non-paiement plane également. En Euroligue, les conséquences sportives commencent à se faire sentir. Monaco reste sur cinq défaites consécutives, égalant la pire série de son histoire dans la compétition, alors même que le club ambitionnait de jouer à nouveau les premiers rôles.

La Principauté envisagerait une reprise temporaire du club, afin de solder le passif et éviter une cessation de paiements. “Luxury tax”, amendes européennes, salaires, prestataires et commissions d’agents viendraient alourdir une note de plusieurs millions d’euros. En contrepartie, les parts d’Aleksej Fedorycsev pourraient être cédées pour un montant symbolique

Une reprise en main de la Principauté

Dans ce contexte, la prise de parole du prince Albert II était attendue. Interrogé par RMC à Livigno (Italie), en marge d’une compétition de snowboard, le souverain monégasque a reconnu publiquement l’ampleur de la crise. « C’est difficile. Des discussions sont encore en cours. Je ne peux rien vous dire avec certitude, au moins pour l’instant. On va tout faire pour essayer au moins de sauver la saison du club », a-t-il déclaré. Une déclaration courte, prudente, mais lourde de sens. Elle confirme que la situation est suffisamment grave pour mobiliser directement les plus hautes autorités de l’État. L’objectif affiché est clair : assurer la continuité sportive et institutionnelle jusqu’au terme de la saison. Rien de plus, à ce stade. Selon L’Équipe, la décision d’intervenir serait désormais actée en haut lieu. Le dossier a été examiné par le gouvernement monégasque, puis étudié par le Conseil national. La Principauté envisagerait une reprise temporaire du club, afin de solder le passif et éviter une cessation de paiements. “Luxury tax”, amendes européennes, salaires, prestataires et commissions d’agents viendraient alourdir une note de plusieurs millions d’euros. En contrepartie, les parts d’Aleksej Fedorycsev pourraient être cédées pour un montant symbolique. Cette reprise n’aurait pas vocation à s’inscrire dans la durée, mais à servir de « bridge » juridique, dans l’attente d’un nouvel actionnaire majoritaire. Plusieurs pistes circulent, dont une locale. D’autres projets, plus flous, évoquent une délocalisation sur Nice, hypothèse peu crédible cependant et, surtout, politiquement explosive.

Un avenir suspendu

Dans un communiqué, l’AS Monaco Basket évoque pour sa part une « phase de transition structurée », tout en assurant que la situation est « stable sur le plan opérationnel » et que « les activités sportives se poursuivent normalement ». Un discours qui se veut rassurant, alors que le club doit être auditionné par la Direction nationale du conseil et du contrôle de gestion (DNCCG) et poursuivre ses échanges avec l’Euroligue. Malgré un budget encore estimé à près de 39 millions d’euros cette saison, dont 20 millions de masse salariale, l’équation n’est plus tenable sans intervention extérieure. Chaque semaine fragilise un peu plus un édifice construit à grande vitesse. Sur le terrain, la Roca Team continue d’avancer, portée par l’expérience de son effectif. Mais derrière la vitrine, l’urgence est désormais financière. Et pour le club, habitué à regarder vers le haut, l’enjeu est clair : éviter que le projet sportif le plus ambitieux de son histoire ne se fissure durablement, sous le poids de ses propres excès.

La réaction du club

Afin de répondre aux multiples questionnements liés à sa situation financière, l’AS Monaco Basket s’est exprimée dans un communiqué publié le 27 janvier 2026 sur son compte Instagram : « L’AS Monaco Basket traverse actuellement une phase de transition structurée. Le club est stable sur le plan opérationnel et les activités sportives se poursuivent normalement. Toutes les parties prenantes sont pleinement alignées et travaillent activement à la mise en place d’une solution à long terme qui renforcera encore davantage le projet. Compte tenu de la qualité, de la dynamique et de l’importance stratégique du club, nous sommes convaincus que cette phase aboutira à une issue positive dans un avenir très proche. Le gouvernement monégasque reconnaît la forte image et la valeur du club et supervise la situation afin de garantir que son avenir reste aussi prometteur que l’ascension récente de la Roca Team. »

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