Édito du numéro 1410 : Tension

L’annonce du début imminent des travaux de modernisation du centre commercial de Fontvieille a provoqué une onde de choc parmi les commerçants et salariés du site. Lundi 9 février 2026, une majorité des boutiques ont affiché portes closes, marquant ainsi leur mécontentement face aux conditions prévues pour la période de chantier qui devrait débuter en 2028 et s’étaler sur plusieurs années. La mobilisation, qui a rassemblé patrons et employés, traduit des inquiétudes profondes sur l’avenir de l’activité commerciale, ainsi que sur le sort des emplois qui en dépendent. À travers tracts et affiches, les commerçants ont exprimé un message clair : pour eux, soutenir la modernisation du centre ne signifie pas accepter de perdre leur place, ni de subir des mesures jugées insuffisantes. La principale source de tension réside dans le dispositif d’indemnisation présenté par les autorités monégasques. « L’enveloppe globale pour l’indemnisation serait de l’ordre de 10 millions d’euros. Dans ce chiffre, les commerçants qui entreraient dans le centre commercial de Fontvieille après le 1er janvier 2026 pour occuper des locaux laissés vacants, ne sont pas inclus », avait indiqué le conseiller-ministre pour l’économie et les finances, Pierre-André Chiappori, devant les élus du Conseil national le 15 décembre 2025, à l’occasion de l’étude du budget primitif 2 026 [à ce sujet, lire notre article Rénovation du centre commercial de Fontvieille : les indemnisations pour les commerçants sont chiffrées, publié dans Monaco Hebdo n° 1405 — NDLR]. Mais, selon les commerçants, les propositions actuelles ne compenseraient pas les préjudices économiques et sociaux, certains commerçants estimant qu’elles ne couvrent même pas le coût minimal du maintien des activités et des emplois. Le mode de calcul des indemnités, basé sur la surface des locaux, suscite également de vives critiques. Pour les commerçants et leurs salariés, ce critère ne reflète ni la réalité humaine ni la diversité des structures d’emploi sur le site. Dans ce contexte, plusieurs dizaines d’employés craignent pour la pérennité de leur contrat de travail, certains pointant l’absence de perspectives quant à la possibilité de retrouver un poste ou un local après la fin de ce chantier. Si l’arrêt temporaire des activités est compris et accepté comme une nécessité liée aux travaux, la question de la continuité de l’activité et de la reconnaissance de l’expérience accumulée depuis des décennies reste centrale. Les représentants des commerçants ont aussi rappelé que de nombreux professionnels sont présents sur le site depuis son inauguration, le 20 novembre 1992, contribuant ainsi à son dynamisme. L’idée que ces acteurs historiques puissent être exclus du projet futur suscite un sentiment d’injustice et d’inquiétude. Face à cette situation, les commerçants demandent une révision complète du dispositif d’accompagnement, ainsi qu’un dialogue renforcé avec les autorités. Ils réclament la tenue d’une réunion tripartite incluant professionnels, membres du gouvernement et représentants élus, afin que les décisions relatives au futur du centre soient prises avec leur participation. En réponse, le gouvernement monégasque a publié un communiqué le 9 février 2026, après 22 heures. Assurant être attentif à ces inquiétudes, l’exécutif rappelle qu’un dispositif d’accompagnement individuel a été présenté à l’ensemble des commerçants, qu’ils aient interrompu leur activité ou non. Une rencontre avec les responsables du centre commercial a aussi été proposée par le ministre d’Etat, Christophe Mirmand. Mais la tension reste palpable.