samedi 21 mai 2022
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« C’est un sport qui coûte de l’argent »

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Nicolas Todt est le fils de Jean Todt, l’actuel président de la Fédération internationale de l’automobile (FIA) et ancien directeur de Ferrari. Des fonctions qui ont amené Nicolas à côtoyer la F1 dès son plus jeune âge. Aujourd’hui, il raconte son métier d’agent.

Monaco Hebdo : Pourquoi avoir choisi ce métier ?
Nicolas Todt : Ça fait 10 ans que je fais ce boulot. J’ai un peu grandi dans ce milieu, j’ai rencontré des pilotes dès le plus jeune âge. J’ai commencé par monter une société pour créer des sites Internet pour des pilotes. En 2003, je suis devenu ami avec Felipe Massa, qui était un peu dans un creux de sa carrière, et avait des soucis de management. Il m’a dit un jour : « On s’entend bien, tu es bien implanté, tu veux m’aider à donner un coup de fouet à ma carrière ? » Il a ensuite signé chez Sauber et c’était reparti pour lui. Je le suivais, je me suis dit que ça pouvait être une belle opportunité pour moi. Ferrari a ensuite récupéré Massa. J’ai souhaité poursuivre dans ce domaine et découvrir d’autres talents.

M.H. : Vous vous occupez de beaucoup de pilotes ?
N.T. : Je manage aujourd’hui 6 pilotes, dont 3 en F1 (Jules Bianchi, Felipe Massa, Pastor Maldonado). Je me suis occupé de Bourdais, et j’ai aussi Charles Leclerc, un Monégasque, pilote de karting très prometteur, James Calado, Alex Baron.

M.H. : Comment vous y prenez-vous pour dénicher ces talents ?
N.T. : On a une cellule de veille, on se renseigne sur tous les championnats, les plus importants en Europe, et on regarde qui sort du lot. On cherche depuis deux ans en karting également. L’idée était de faire rouler nos pilotes et avoir un œil plus attentif sur un pilote qui sort du lot en karting. On les prend sous contrat, on finance leur carrière, et on essaie de leur donner une chance.

M.H. : Les spécificités de ce métier en F1 ?
N.T. : C’est un métier où, contrairement au football, il y a moins de pilotes, soit 22 en activité. Il y a beaucoup moins d’agents, et contrairement aux autres sports, la F1 coûte de l’argent. Un pilote devra dépenser plusieurs milliers d’euros pour arriver en F1. Souvent, l’agent doit aussi trouver des fonds, des sponsors, ou convaincre un team que le pilote managé doit avoir sa chance. En dehors de trouver le talent, il faut trouver le financement. En F1, il faut bien vendre, signer les contrats les plus intéressants, à la fois sur la qualité de l’équipe et sur le plan financier.

M.H. : Quelles sont les difficultés de ce métier ?
N.T. : C’est un milieu très difficile, et qui l’est d’ailleurs de plus en plus. Tous les pilotes ne gagnent pas leur vie. Certaines équipes ne sont pas saines. Aujourd’hui, la moitié des pilotes apportent un soutien financier à leur équipe. En fait, hormis les top team, quasiment chaque équipe apporte un soutien. Le métier d’agent est très difficile, car beaucoup de pilotes à 25-26 ans doivent changer de voie. La visibilité est très compliquée. Il y a 6/7 pilotes qui sont irremplaçables, mais pour les autres, l’avenir est très incertain. Le but aujourd’hui, c’est de trouver les meilleurs. Nous, nous travaillons à 3 personnes, mais nous faisons appel à beaucoup de prestataires.

M.H. : Le fait d’avoir un nom connu dans le milieu est-il un plus ?
N.T. : Ça m’a permis d’avoir la chance, à 15-16 ans, de rentrer sur les Grands Prix et de rencontrer du monde. Même si je ne me disais pas que j’y bosserai à cet âge-là… Mais aujourd’hui, quand je décide de donner une chance à tel ou tel pilote, mon nom change rien. Au début, ça a été un tremplin, mais il faut bien retomber sur ses pattes. C’est plus un avantage qu’un inconvénient, mais ce n’est pas pour autant que tout le monde veut vous aider…

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Monaco Hebdo