
Même si la profession est prohibée à Monaco, des détectives basés en France y mènent leurs enquêtes. Rencontre avec Patrick Boffa, un privé qui enquête en principauté depuis plus de vingt ans.
Pas d’imperméable mais une tenue de ville sombre. Lunettes noires et sacoche en bandoulière, Patrick Boffa ressemble à n’importe quel badaud de la foule présente devant l’hôtel de Paris. Ce qui le différencie, c’est son sens de l’observation, la qualité essentielle de tout détective privé. Basé sur Beausoleil, il mène des enquêtes en principauté depuis 21 ans. Ses rapports sont reconnus par le tribunal de Monaco. « Je travaille en parallèle des enquêtes officielles mais je veille à ce que le juge d’instruction soit au courant. En général, l’investigation est échelonnée sur un an. Je commence par tout éplucher, point par point puis je cherche des pistes non exploitées par les enquêteurs officiels », explique-t-il. Si l’affaire DSK a remis le travail des détectives sur le devant de la scène, Patrick Boffa pointe toutefois une différence?: « Le détective américain est davantage vu comme un auxiliaire de police, plus qu’en Europe. Les détectives européens n’ont pas accès au dossier ».
Dans ses recherches, Patrick Boffa n’est pas seul. Epaulé par « une palette de privés », il travaille également avec le réseau de la WAD (World Agence of Detectives). Cela lui permet d’être en contact avec des centaines de détectives à travers le monde. Un atout précieux pour la recherche de personnes faisant l’objet de mandats d’arrêt internationaux. Il n’utilise aussi que des moyens légaux. « Pas de piratage informatique. Les nouvelles technologies compliquent les choses même si Facebook ou Twitter peuvent servir à remonter une piste plus aisément », indique Patrick Boffa. Il possède ainsi ses indics, « des mecs banaux qui se font une jouissance de filer une information ».
« Ecoutes téléphoniques?: aucun moyen de savoir »
Parmi les autres activités qu’il mène figurent notamment filatures et contre-filatures. « Les contre-filatures sont faites à la demande de personnes qui pensent être suivies. On les suit pour voir si elles le sont réellement. Souvent, les clients sont des chefs d’entreprise qui subissent les menaces de clans mafieux ». Le détective privé est aussi appelé à réaliser des détections de micros. « Les demandes émanent majoritairement de chefs d’entreprise qui ne veulent pas de fuites. Une fois, dans un immeuble du Larvotto, un client pensait être écouté. Mon appareil a bien détecté quelque chose mais en réalité, c’était son voisin du dessus qui était écouté », raconte Patrick Boffa. Et le privé de préciser?: « Aujourd’hui, il existe des dispositifs d’écoute qui font la taille d’un grain de sucre et qui ont une autonomie d’un mois au moins. » En revanche, pour ceux qui pensent que leur ligne est surveillée par les grandes oreilles, sachez-le?: « Il n’y a aucun moyen de savoir si on fait l’objet d’écoutes téléphoniques », souligne le privé.
En ce qui concerne les adultères, Patrick Boffa dit les traquer « par obligation ». « On investit autant de moyens que dans une affaire criminelle. Ce n’est pas facile car ceux qui pratiquent l’adultère en principauté ont beaucoup d’argent à perdre s’ils se font prendre. Au final, le résultat est peu glorieux », indique celui qui a « contribué » aux dix à quinze plus gros divorces qu’a connus Monaco. Récemment, le détective a ajouté une nouvelle corde à son arc?: la lutte anti-braconnage, à la demande d’un riche résident monégasque, qui milite pour la protection des loups dans le Mercantour.



