samedi 1 octobre 2022
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Rio+20, « un succès pour la diplomatie monégasque »

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José Badia et Ban Ki Moon
José Badia et Ban Ki Moon © Photo ONU

Pour le conseiller aux Relations extérieures José Badia, de retour du Brésil, Rio+20 a permis d’établir une feuille de route pour les années à venir. Notamment en matière de gestion durable des mers et des océans, pour laquelle Monaco avait milité.

Monaco Hebdo?: Avec la déclaration finale « l’Avenir que nous voulons », on a des déclarations de principe mais pas d’accord contraignant. Pour les ONG environnementales, « les Etats sont venus à Rio les mains vides, sans argent et sans engagement. Ils accusent la crise pour expliquer qu’il n’y a pas d’argent pour le développement durable. » Je suppose que vous êtes également déçu??
José Badia?: Bien que les résultats de la conférence soient inférieurs aux attentes qu’elle suscitait, cette dernière a toutefois permis de ramener la question du développement durable au premier plan des négociations internationales et d’établir une feuille de route pour les années à venir.
J’estime aussi que l’on peut saluer la place accordée à la gestion durable des mers et des océans dans la déclaration finale. Sous l’impulsion du prince, le gouvernement s’est fortement impliqué sur cette question depuis le début du processus préparatoire, notamment avec l’élaboration du Message de Monaco, dont la majorité des éléments ont été repris dans le document final. C’est un véritable succès pour la diplomatie monégasque.

M.H.?: Trois ans après l’échec de Copenhague, c’était chronique d’une mort annoncée?? Comment expliquez-vous l’échec de Rio+20 ?
J.B.?: Le contexte économique mondial a pesé lourdement sur les négociations et les prises de position. Il est particulièrement difficile pour 193 pays de s’engager sur un futur commun lorsque bon nombre d’entre eux ont à faire face à l’urgence du lendemain et à leur propre opinion publique. Depuis plusieurs années, on accuse le multilatéralisme d’immobilisme. Or le forum onusien est le seul processus de gouvernance mondiale véritablement inclusif. Comme l’a souligné le prince Albert II dans son allocution, la communauté internationale doit faire preuve de plus de courage et d’ambition.

M.H.?: Lors des réunions préparatoires auxquelles vous avez assisté, tous les passages du projet de déclaration finale qui suscitaient des oppositions ont été purement et simplement supprimés. Seules les pétitions de principe consensuelles ont été conservées. Comment cela s’est-il passé dans les coulisses??
J.B.?: Vu des coulisses la situation est bien moins manichéenne. Pour que 193 pays, aux intérêts nationaux différents, atteignent le consensus, le texte doit continuellement être remanié. Le développement durable concerne toutes les activités humaines?: l’économie, le social, l’environnement, les énergies, la santé, l’alimentation, etc. Chaque Etat arrive dans ces négociations avec son propre agenda, sa propre conception du développement et ses propres contraintes. Au-delà de ces intérêts divergents, il faut trouver un consensus pour le bien commun.
La Présidence brésilienne a joué un rôle décisif car elle a pris en main les négociations pour qu’un accord soit trouvé.

M.H.?: On dit que le plan de sauvetage des océans a été évacué par les Etats-Unis, le Canada, la Russie et le Venezuela (la déclaration n’est pas contraignante et sans calendrier). C’est la fin du message de Monaco??
J.B.?: Pas du tout. Dans les 20 paragraphes consacrés aux océans dans la Déclaration finale, on retrouve tous les principaux éléments du « Message de Monaco ». Le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon a d’ailleurs salué le rôle joué par Monaco dans ces négociations. Par ailleurs, à Rio, Monaco a pris part à un événement aux côtés des Etats-Unis pour lancer la Plateforme mondiale pour lutter contre l’acidification des océans, qui sera hébergé en principauté dans les locaux de l’AIEA.

M.H.?: Il n’y a pas eu d’accord à Rio sur la définition de « l’économie verte ». Pourquoi??
J.B.?: C’est principalement une question de souveraineté. De nombreux pays craignaient qu’une définition de « l’économie verte » ne leur impose un mode de développement qu’ils n’auraient pas choisi. Mais l’économie verte peut être atteinte par d’autres moyens. Le secteur privé s’est fortement mobilisé à Rio, et les principes du développement durable sont de plus en plus appliqués par les entreprises. Les entreprises peuvent jouer un rôle de catalyseur très important dans l’établissement d’une économie verte. Le document final en fait d’ailleurs mention.

M.H.?: Diplomatiquement, c’est un échec pour l’Europe qui s’est trouvée isolée?? Croyez-vous encore en la création d’une organisation mondiale de l’environnement??
J.B.?: L’Union européenne à joué un rôle central dans de nombreux domaines lors de ces négociations. Il serait injuste de résumer son action à l’échec de la proposition de transformer le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) en Agence Spécialisé des Nations Unies.
Pour ma part, je reste convaincu qu’il nous faudra faire évoluer le statut du PNUE afin que celui-ci puisse coordonner efficacement l’action environnementale au niveau international. Le renforcement de ses capacités prévu par le document final constitue une première étape importante.

M.H.?: Monaco a organisé en parallèle un side-event en partenariat avec la Banque Mondiale. Concrètement, quelle en est la finalité??
J.B.?: Le side-event organisé par Monaco a rencontré un véritable succès, avec la participation de très hautes personnalités telles que Ban Ki-Moon, des chefs d’Etat et de nombreux ministres. C’est suite à la diffusion du « Message de Monaco » que la Banque Mondiale a contacté la Principauté pour que nous nous associons à son Partenariat Global pour les Océans, comme « partenaire de savoir ». Il s’agit d’une coalition d’États, d’organisations internationales, de groupes issus de la société civile et d’acteurs du secteur privé, qui a pour objectif de faciliter la mise en œuvre de projets sur le terrain, en faveur de la santé et de la productivité des océans.
Plus précisément, le Partenariat mondial pour les océans se fixe les cibles suivantes?: accroître significativement la production mondiale de poisson de consommation issu d’une aquaculture et d’une pêche durables?; diviser par deux le taux actuel de disparition des habitats naturels et porter à au moins 10 % la proportion des zones côtières et marines gérées et protégées?; et réduire la pollution marine, en particulier au niveau des déchets, des eaux usées et de l’excès de nutriments.

M.H.?: Que pensez-vous de l’idée soutenue par François Hollande de lutter contre la pauvreté et la précarité en instaurant une taxe sur les transactions financières?? Y êtes-vous favorable et selon quelles modalités??
J.B.?: Comme vous le savez, la Principauté porte un attention particulière à la lutte contre la pauvreté. C’est d’ailleurs l’objectif principal de la politique de coopération internationale du gouvernement. Dans le contexte économique actuel, toute source de financement innovante, dont cette proposition, mérite d’être considérée.

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