Alors que les tensions sont encore présentes sur la question du budget nécessaire à la construction du nouveau centre hospitalier princesse Grace, le gouvernement monégasque a organisé une visite de chantier le 16 décembre 2025. Objectif : faire un point sur l’avancement de la première phase de ce chantier, et rassurer sur la livraison, qui devrait intervenir en 2032.
Douze ans après l’attribution du marché, les travaux de la phase 1 du nouveau centre hospitalier princesse Grace (CHPG) sont en passe de se clôturer. Plus de quatre ans après les premiers coups de pelle, la première étape devrait être bouclée en avril 2026. Un chantier particulièrement long que justifie Vincent Chaigneau, architecte au sein de l’entreprise AIA Life Designers : « Il faut prendre en compte que c’est un hôpital, avec toute la complexité que cela comporte. Et l’autre particularité, c’est l’exiguïté de la zone. » Typologie oblige, les professionnels en charge du chantier ont dû imaginer une technique sur mesure pour faciliter la construction de cet immense bâtiment de 40 000 m². Pour ce faire, ils ont, et ce dès les premiers mois du chantier, concentré leurs efforts sur la construction d’un « ouvrage d’art », à savoir une structure de soutènement complexe et d’un dévoiement routier qui a permis de relocaliser l’avenue Pasteur, afin de libérer l’espace nécessaire pour la construction du bâtiment hospitalier principal.
L’avenue Pasteur détournée
L’avenue Pasteur a donc été détournée afin de constituer des fondations rectangulaires sur lesquelles est bâti cet hôpital. « Si on n’avait pas dévoyé cette avenue Pasteur, et bien on aurait eu un hôpital qui aurait été creusé d’un tunnel », a estimé Vincent Chaigneau. Une fois la surface constructible rectangulaire obtenue, les équipes en charge du chantier ont bâti des parkings sur six niveaux, des aires de livraison, une zone de 1 500 m² consacrée à l’imagerie médicale, ainsi qu’un espace consacré à l’arrivée et au stationnement des ambulances. Dans les niveaux supérieurs, donc en dehors de ce socle de béton, on retrouve tout le reste : le hall, les blocs opératoires, les salles de réveil, les chambres, les laboratoires… Au total, la méga-structure s’élève sur seize étages, six inférieurs et 10 supérieurs. C’est désormais une masse de béton qui se hisse en hauteur de la Principauté, pour dominer le massif de la tête de Chien.
Lors des premières études réalisées dans les années 2010, le budget du nouvel hôpital de Monaco était estimé à environ 650 millions d’euros. Aujourd’hui, le coût total prévu atteint 1,25 à 1,3 milliard d’euros, soit une hausse d’environ 600 millions par rapport à l’estimation initiale
Un défi architectural complexe
Ce défi architectural s’est révélé particulièrement complexe, notamment par la nature même de l’hôpital commandé : « Nous avons énormément de fonctions à intégrer. Normalement, quand on fait un hôpital, on développe ça sur une grande surface au sol. Mais ici, on a dû tout concilier verticalement. Pour éviter que ça se passe mal au niveau des façades, on a fabriqué comme une robe, légère et ondulée, et qui permet non seulement de protéger les occupants du soleil, mais aussi aux services des pompiers d’intervenir en cas d’incendie par les façades », a expliqué l’architecte de l’entreprise AIA Life Designers. Vincent Chaigneau a aussi justifié le choix du style en « vague » pour la structure extérieure : « On s’est inspiré du vent. C’est une allégorie aux éléments qui sont très présents ici. La mer bien évidemment, la roche et la terre qui sont juste derrière, et au milieu, un bâtiment qui incarne le vent, fluide et léger. » Une poésie complexe à ressentir, lorsqu’on se tient au niveau du hall du bâtiment, tellement l’ouvrage semble énorme. À l’intérieur, on trouvera 230 lits, 14 blocs opératoires, ainsi qu’un service consacré aux urgences de 2 200 m². Outre la façade, l’architecte a mis l’accent sur la place donnée aux végétaux dans ce projet architectural, puisque 400 m² du projet y sont consacrés.

Une hausse d’environ 600 millions par rapport à l’estimation initiale
Si la façade est déjà terminée, les bruits des perceuses et des scies à métaux donnent une petite idée de ce qu’il reste à accomplir avant la livraison finale. Il reste en effet cinq mois aux ouvriers pour assurer les finitions de ce bâtiment, avant la remise des clés aux autorités médicales en avril 2026. Ces derniers auront comme mission d’installer l’ensemble des équipements médicaux, avant une ouverture au public prévue normalement au cours de l’année 2026. Cependant, aucune date précise n’avait été avancée par les services de l’État, alors que Monaco Hebdo bouclait ce numéro, le 6 janvier 2026. Mais cette structure n’est que la première phase du nouveau CHPG, qui sera définitivement livré en 2032. Les politiciens semblent désormais prendre des pincettes sur la date de la livraison ultime. Car si cette « version 2.0 » du CHPG incarne l’innovation architecturale, elle incarne aussi les nombreux problèmes endémiques liés aux chantiers publics en principauté, que dénoncent les élus du Conseil national. Lors des premières études réalisées dans les années 2010, le budget du nouvel hôpital de Monaco était estimé à environ 650 millions d’euros. Aujourd’hui, le coût total prévu atteint 1,25 à 1,3 milliard d’euros, soit une hausse d’environ 600 millions par rapport à l’estimation initiale. Entre un retard de plus de cinq ans sur la date de la livraison initiale, et ce dépassement de budget, le nouveau CHPG cristallise les tensions. Et l’ardoise pourrait bien continuer à s’alourdir en cas de difficultés rencontrées lors de la livraison de la phase 2 et de la phase 3. La deuxième phase doit commencer courant 2027, et elle se prolongera jusqu’en 2030. La phase 3, la dernière, se déroulera entre 2030 et 2032. Elle aura pour objectif de rendre l’hôpital complètement opérationnel. Le bâtiment final occupera une surface de 107 000 m² avec 458 lits et des services de médecine améliorés, dont un service de neurologie.



