mercredi 29 avril 2026
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Le « post-fouille » ou l’étude des restes découverts

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Étape cruciale dans le travail d’archéologue, le « post-fouille » permet de mieux saisir la nature des objets et des restes découverts. Le musée d’anthropologie de Monaco possède son propre service, qui a ouvert ses portes à Monaco Hebdo.

La salle est jonchée de restes d’animaux exposés derrière des vitres. Lynx, loups, bouquetins, ossements humains… La faune du passé semble revivre, dans un espace où le temps s’est arrêté. Derrière leurs bureaux, des salariés, des étudiants et des bénévoles s’affairent à brosser les restes découverts récemment : « Après avoir passé les seaux au tamis et sous l’eau, on nettoie tout ce qu’on a extrait de la grotte [de l’Observatoire — NDLR]. » Les restes de terre s’entremêlent à une masse d’objets blancs énorme. Dans l’ensemble qui s’apprête à passer sous la main d’Olivier Notter, on retrouve des sédiments, des éclats de galets, des ossements et des cartilages. L’expérience du chargé de recherche au musée d’anthropologie préhistorique de Monaco est précieuse. D’un simple coup d’œil, il devine les traits d’un bouquetin, d’un rongeur, ou d’un lapin. La lampe abaissée sur le bureau, il retourne les os débarrassés de la terre et les examine.

© Photo Monaco Hebdo

À chaque indice son histoire

Un peu plus loin, derrière son bureau, la directrice du musée d’anthropologie de Monaco, Elena Rossoni-Notter explique le procédé : « La première étape du « post-fouille », c’est le tamisage. On va enlever le maximum de sédiments, et on va apercevoir un ensemble de micro-objets, des micro-ossements que l’on va étudier au laboratoire, au microscope. » S’ensuit la phase de tri : ossements d’un côté, coquillages de l’autre, etc. Au total, ce sont des dizaines de milliers d’objets qui sont passés sur les tables en bois de cette salle si particulière du musée. Pour s’y retrouver, le référencement est capital. Chaque objet est numéroté, placé dans un sachet plastique, accompagné d’une fiche descriptive. Dans un second temps, des spécialistes de chaque objet s’attellent à une analyse approfondie. Et chaque objet découvert peut révéler un pan de l’histoire du lieu, comme, par exemple, les petits éclats de galet. Ces fragments, qui peuvent paraître sans intérêt, racontent parfois une autre histoire : « C’est peut-être que la personne a réaffûté son outil sur place. Pour nous, c’est un renseignement. Ça veut dire que la personne est restée sur place pour tailler cette pierre, qu’elle avait emmené sa matière première avec elle, et donc, qu’il y a eu une activité in situ. »

© Photo Monaco Hebdo

Des spécialistes du monde entier

Si ce musée possède sa propre équipe de spécialistes, d’autres professionnels du monde entier viennent en renfort pour travailler sur l’étude des objets découverts à Monaco. « On fait appel à des spécialistes des lapins, des rongeurs, des oiseaux, des sédiments, des coquillages… », indique Elena Rossoni-Notter. Une fois dans les mains du spécialiste, l’objet subit une analyse poussée. Sexe, espèce, âge, maladie ou cause de la mort… Tout est analysé. « L’archéologue est compétent en tout. Il doit reconnaître ce qu’il sort au moment de la fouille, mais le spécialiste est là pour affiner cette analyse », glisse-t-elle.

Le travail d’archivage est d’une importance capitale, puisqu’encore aujourd’hui, les archéologues consultent les rapports écrits des fouilles de 1916 ou des années 1980, pour comparer les découvertes, et faire avancer le récit

Un travail d’archives capital

Puis, vient le moment de construire un récit, une histoire avec les restes trouvés. L’ensemble des éléments et des constats sont mis en commun, et les carnets de fouilles sont consultés. On y retrouve l’emplacement de l’objet au moment de sa découverte. « A partir de là, on va pouvoir interpréter l’occupation », souligne la directrice du musée d’anthropologie de Monaco. L’étape du « post-fouille » permet de créer, au fur et à mesure des découvertes, une histoire qui tend à évoluer en fonction des nouveaux éléments en possession des archéologues. Le travail d’archivage est donc d’une importance capitale, puisqu’encore aujourd’hui, les archéologues consultent les rapports écrits des fouilles de 1916 ou des années 1980, pour comparer les découvertes, et faire avancer le récit. « Plus on a d’éléments, plus on peut aller loin dans l’interprétation de l’occupation du sol. Est-ce qu’ils étaient nombreux, est-ce qu’ils ont chassé, pourquoi ils ont consommé tel animal et pas un autre, est-ce qu’ils ont fait une autre activité ? A partir de là, on va discuter de cette couche qui va être comparée avec d’autres sites dans le monde, pour savoir s’ils retrouvent les mêmes comportements, ou non », détaille Elena Rossoni-Notter. Les comportements de l’époque de certains Hommes pouvaient se rapprocher d’un continent à l’autre, puisqu’il « n’y avait pas de frontière à l’époque, et certains individus du même groupe pouvaient vivre à des milliers de kilomètres d’écart, tout en ayant les mêmes comportements », ajoute cette spécialiste.

Comment dater un objet ?

Pour aller plus loin dans la précision, le musée d’anthropologie de Monaco a accès au séquençage ADN, ainsi qu’à toutes les analyses biochimiques et de datation qui existent. La plus connue, l’analyse au carbone 14, permet une datation précise des objets remontant jusqu’à 50 000 ans. Au-delà, ce musée utilise la technique de l’uranium-thorium, qui permet une datation précise, jusqu’à 500 000 ans. La science continue d’évoluer et, désormais, les laboratoires peuvent, à partir d’un extrait de sédiments, savoir si l’Homme est passé par là, via le séquençage ADN. Science en perpétuelle évolution, l’archéologie est tributaire des outils à sa disposition pour raconter l’histoire d’un lieu. Nul doute que les recherches effectuées à Monaco actuellement, se révéleront encore plus complètes dans les années à venir. De leur côté, Elena Rossoni-Notter et Olivier Notter souhaitent « faire de leur mieux avec [leurs — NDLR] appareils et laisser un travail de la meilleure des qualités possible », pour que « plus tard, d’autres personnes perpétuent [leur — NDLR] notre tâche, qui ne s’arrêtera jamais ».

Pour lire la suite de notre dossier « Monaco, terre d’archéologie et de mystères », cliquez ici.

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