Desmond Tutu, Jerry Bruckheimer et Les Feux de l’Amour ont entre autres marqué la 54ème édition du festival de télévision de Monte-Carlo.
Par Adrien Paredes.
Ils partirent cinq cents mais par un prompt renfort, les fans des Feux de l’Amour se virent bien plus en arrivant au niveau -2 du Grimaldi Forum, lundi 9 juin au matin. Pour s’assurer un paraphe des acteurs du feuilleton dans lequel tout le monde couche avec tout le monde, mieux valait avoir une des deux cartes OMG ou OMG+, lancées cette année par l’organisation, en plus des e-tickets. Un peu à la manière d’une salle d’embarquement à l’aéroport, les détenteurs d’une carte et d’un e-ticket étaient prioritaires et bénéficiaient d’un coupe-file pour les séances de dédicaces. La carte seule sans e-ticket, du moins celle à 49 euros, ne garantissait pas l’accès.
En ce lundi de Pentecôte, on pouvait soupçonner le célèbre producteur de télévision et de cinéma américain Jerry Bruckheimer d’être branché sur le mode « jour férié » lors de sa conférence de presse. Ou de vouloir pitcher ses réponses comme il le ferait pour les séries et les films qu’il produit. Pas plus de quatre phrases maximum par réplique.
« L’âge d’or de la télévision »
A Jerry Bruckheimer, récompensé d’une Nymphe d’honneur, le public doit notamment Les Experts, Les Experts Miami, Les Experts Manhattan, FBI : Portés disparus ou encore Cold Case. Des Cluedo télévisuels de portée internationale qui font recette et dans lesquels les enquêteurs finissent irrémédiablement par trouver le coupable, presque toujours une âme tourmentée. Et les franchises n’ont pas fini d’être exploitées. « Le monde a tellement changé. Il y a de nouvelles manières de commettre des délits. Nous sommes très enthousiastes à l’idée d’adapter ces nouveaux types de délits à l’écran », a dit le producteur. Il serait néanmoins réducteur de limiter Jerry Bruckheimer à ces seules séries car il demeure également un des plus gros pourvoyeurs de blockbusters très grand public au cinéma (entre autres Pirates des Caraïbes 1,2,3 et 4, Bad Boys 1 et 2, La Chute du faucon noir, Top Gun, Armaggedon, Flashdance ou encore Pearl Harbor). Le producteur a d’ailleurs indiqué qu’il espérait débuter la production d’un cinquième épisode de Pirates des Caraïbes début 2015. « Nous sommes dans un âge d’or de la télé. Ça a explosé en termes de talent et d’écriture », a-t-il expliqué. Selon Jerry Bruckheimer, « il y avait avant un gros fossé entre la télé et le cinéma. Maintenant, tout se mélange. Les séries sont produites comme du cinéma. »
La durée de production est aussi différente : moins d’un an pour une série, « dix ans » pour le dernier film qu’il a produit Délivre-nous du mal, dont la sortie est prévue en juillet. Quel type de producteur est-il ? « Je lis tous les scénarios et regarde tous les épisodes. Je prends beaucoup de temps sur les pilotes, la distribution, le choix des acteurs pour le casting. Je ne suis pas à longueur de journée sur les plateaux. J’envoie des notes quand c’est nécessaire. » Pourquoi n’a-t-il jamais réalisé de film ? « Parce que je sais à quoi je suis bon », a-t-il rétorqué, indiquant qu’il produisait ce qu’il aimait et ce qu’il avait envie de voir au cinéma et à la télévision.

Fight Aids
Juste avant Bruckheimer, l’archevêque sud-africain et prix Nobel de la paix en 1984 Desmond Tutu a évoqué son « idole » : Dieu, qui compte bien davantage de fans à travers le monde que Les Feux de l’Amour et Amour, gloire et beauté réunis. « Dieu fait des choses magnifiques partout dans le monde. Mais Dieu pleure quand il voit ce qu’il se passe en Syrie. Il pleure aussi en voyant la Birmanie, la République centrafricaine, Boko Haram et les jeunes filles au Nigéria », a déclaré celui dont la vie a fait l’objet d’un documentaire réalisé par l’organisation PeaceJam (Children of Light présenté au festival TV).
Monaco et Desmond Tutu avaient déjà tissé un premier lien. La princesse Stéphanie avait rencontré le prix Nobel de la paix en décembre 2012 dans le cadre d’une visite à Cape Town, en tant qu’ambassadrice de bonne volonté de l’ONUSIDA. L’archevêque sud-africain, dont la Fondation lutte contre le sida et la tuberculose, avait été invité par Stéphanie de Monaco à venir rencontrer les membres de l’association Fight Aids, dont elle est la présidente. Invitation qui s’est concrétisée vendredi 6 juin dans les locaux de Fight Aids. « Cette rencontre, qui a duré près d’une heure et demie, a été extrêmement chaleureuse. Tout le monde a été touché par sa simplicité, sa gentillesse naturelle. Les affiliés qui vivent avec le VIH étaient très heureux de rencontrer Desmond Tutu. Il a évoqué avec eux l’importance de la non-discrimination et les souvenirs de la visite de la princesse à Cape Town. Il a été très impressionné par les courtepointes (oeuvres peintes sur des grands tissus blancs) confectionnées en mémoire des personnes disparues à cause du VIH », raconte Nicolas Saussier, de Fight Aids.
Paix
En conférence de presse, Desmond Tutu a aussi parlé de paix. « Que répondez-vous aux jeunes enfants qui vous demandent ce qu’est la paix ? », lui a demandé un journaliste. Réponse de l’archevêque : « Les gens pensent souvent à la paix comme opposition à la guerre mais ce n’est pas que cela. La paix, c’est un aspect positif avant tout. C’est beaucoup plus une attitude, une capacité à être entier, qui se propage. C’est vivre sans s’inquiéter. C’est être capable de boire de l’eau sans avoir peur de mourir. C’est aussi être capable de tomber amoureux et d’être créatif. »



