lundi 20 avril 2026
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OGM?: «?Une aberration écologique, économique et humaine?»

Publié le

couv du nouvel Obs

L’étude a fait l’effet d’une bombe. Pendant deux ans, une équipe de chercheurs français dirigée par le biologiste Gilles-Eric Séralini a nourri deux cents rats avec un maïs génétiquement modifié commercialisé par la firme Monsanto. Les résultats de l’étude sont édifiants, mais remis en cause par certains spécialistes.

Conduite dans un secret total, l’étude du biologiste Gilles-Eric Séralini (université de Caen) publiée le 19 septembre dans la revue américaine Food and Chemical Toxicology a déclenché une véritable tempête médiatique et a relancé une nouvelle fois l’affrontement entre pro et anti-OGM. Il faut dire que les travaux menés par ces spécialistes français — dont le budget s’est élevé à 3,2 millions d’euros — ont de quoi faire froid dans le dos. Pendant deux ans, 200 rats nourris avec le maïs OGM traité ou non au Roundup, l’herbicide de la grande firme Monsanto, ont été frappés de lourdes pathologies au 13ème mois de l’expérience. En substance?: développement de tumeurs mammaires chez les femelles, troubles hépatiques et rénaux chez les mâles et une espérance de vie réduite chez les deux sexes. Des résultats qui n’ont pas surpris Jean-François Tripodi, militant anti-OGM convaincu et président de l’association Agribio 06. « Cette étude, on l’attendait depuis longtemps. Imaginez que ces chercheur ont dû travailler dans des conditions de quasi-clandestinité. Je tire mon chapeau à Séralini car il a pris de gros risques », indique le président, pour qui les OGM sont tout bonnement « une aberration à la fois écologique, économique et humaine. »

Protocole
Le plus gros scandale selon lui?: que les agences sanitaires n’aient jamais exigé des industriels une étude de toxicité longue durée sur l’impact physiologique des OGM. « Ce n’est pas un hasard. Il faut savoir que ce ne sont pas les autorités sanitaires des pays qui mettent en place les protocoles pour les autorisations de mise sur le marché mais les fabricants eux-mêmes. Ils les soumettent aux autorités sanitaires qui font confiance aux fabricants, explique-t-il. Or, en ce qui concerne les OGM, les problèmes apparaissent généralement au bout du 4ème mois. Les protocoles de Monsanto ont eux été bloqués à 3 mois. » Jean-François Tripodi rappelle d’ailleurs que les fermiers américains, qui, les premiers ont planté des OGM, reviennent aujourd’hui de plus en plus aux cultures traditionnelles. « Car la nature elle-même résiste désormais à ces fameux herbicides. Ils sont donc obligés de revenir à ce qui se faisait il y a 100 ans en arrière, c’est-à-dire, passer dans leur champs et arracher manuellement. »

Etudes indépendantes
Dans une interview accordée à l’hebdomadaire français Le Nouvel Observateur, Séralini rappelle de son côté que « 450 millions d’Européens consomment des produits alimentaires à base d’OGM, sans toujours le savoir et tout au long de leur vie. » Ces OGM destinés essentiellement à nourrir le bétail et dont on peut retrouver la trace dans la viande, les œufs ou encore le lait, sont produits en grande majorité aux Etats-Unis, au Brésil et en Argentine. Mais c’est désormais une bataille entre experts qui s’engage.
Après la publication de cette étude choc, certains spécialistes ont remis en cause les résultats. Principale objection?: pour les expérimentations, l’équipe de chercheurs aurait choisi une espèce de rats naturellement fragiles, qui développeraient donc spontanément des tumeurs. De son côté, l’écologiste Corinne Lepage a exigé dans son dernier livre publié quelques jours après l’étude La vérité sur les OGM (éditions Charles Léopold Mayer) que « des études indépendantes soient engagées » et que les politiques, les experts sanitaires et la commission de Bruxelles rendent des comptes.

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