lundi 16 février 2026
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Laurence Albertini : « On stimule l’instinct de protection de notre vie »

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L’hypnose peut-elle vraiment permettre d’arrêter de fumer ? Les réponses de Laurence Albertini, docteur en psychologie clinique et hypnothérapeute au centre hospitalier princesse Grace.

Quelles sont les aides avec les meilleurs taux de réussite que vous pouvez proposer pour arrêter de fumer ?

Je propose une aide psychologique basée sur la thérapie cognitivo-comportementale avec des entretiens motivationnels et de l’hypnose. Les entretiens motivationnels consistent à renforcer la motivation et l’engagement vers le changement, surtout pour les fumeurs ambivalents. La motivation doit être personnelle. Si le patient est envoyé par son médecin, son entourage familial ou professionnel, la réussite est moins certaine. La motivation du patient, ainsi que ses attentes propres vis-à-vis de l’hypnose, jouent un rôle déterminant dans la thérapie.

Qu’apporte la thérapie cognitivo-comportementale ?

La thérapie cognitivo-comportementale aide la personne à développer des stratégies pour faire face aux situations à risque de type contextuel (soirées, fêtes, consommations d’alcool, contact avec d’autres fumeurs…), et mieux gérer les facteurs de type émotionnel (stress, ennui, angoisse) souvent associés à cette dépendance. Il s’agit d’aider le patient à changer ses croyances, ses comportements vis-à-vis du tabac et créer de nouvelles habitudes : pratiquer une activité physique, avoir des loisirs, apprendre à se détendre…

L’hypnose peut vraiment aider à lutter contre l’addiction au tabac ?

Oui, c’est une aide complémentaire qui s’inscrit dans un cadre thérapeutique. Cette technique produit un état modifié de conscience alors propice aux suggestions permettant la modification des perceptions et des comportements.

Comment se déroulent les différentes séances ?

Je pratique l’hypnose éricksonienne qui est une méthode douce, non directive, basée sur des suggestions dites « hypnotiques », des métaphores activant les ressources psychiques et imaginaires du patient. Une séance dure environ 30 minutes, voire plus selon le thérapeute, précédée d’un entretien préliminaire et d’un test de suggestibilité pour évaluer la « réceptivité » du patient. Puis, celui-ci est invité à s’installer confortablement, à fermer les yeux et à se détendre. Il faut accepter le lâcher prise.

Que se passe-t-il ensuite ?

Je procède à une phase d’induction hypnotique, avec des suggestions thérapeutiques aversives, liées à l’odeur par exemple, valorisantes avec la capacité de s’en débarrasser, et renforçatrices avec le plaisir de retrouver le souffle, de se sentir libre ou de refaire du sport, par exemple. Des suggestions sont proposées : comme l’association tabac-nausées, ou encore le plaisir de respirer, le désir de se débarrasser d’un produit toxique, de vaincre une dépendance. L’hypnose permet de modifier notre système de pensées, les images et gestes liés au tabac et de se projeter dans l’avenir sans. En fin de séance, le patient revient doucement à la réalité. Chaque séance est adaptée au patient, c’est-à-dire personnalisée en fonction de ses attentes.

Le patient ne dort pas ?

Effectivement, en état d’hypnose le patient ne dort pas, il entend ce qu’il se passe autour de lui. Il garde toujours le contrôle de lui-même, tout en étant moins présent, l’esprit ailleurs.

L’idée générale est donc de dévaloriser le tabac ?

Il s’agit aussi de valoriser les avantages de l’arrêt du tabac, de renforcer la motivation et l’envie que beaucoup de fumeurs expriment « de pouvoir se libérer de cette dépendance » et de prendre soin d’eux, évoquant parfois un comportement d’auto-destruction. Beaucoup de fumeurs sont ambivalents : ils savent que le tabac est dangereux, qu’ils doivent arrêter, mais le plaisir persiste. L’hypnose active cette part d’eux qui rejette le tabac. On stimule en quelque sorte l’instinct de conservation, de protection de notre vie et de notre santé, que nous avons tous.

Combien de séances sont nécessaires ?

C’est très variable. Pour certains, une seule séance d’hypnose peut suffire. Pour d’autres il en faudra deux ou trois, voire plus. Dans tous les cas, un suivi régulier, une ou deux fois par mois au moins, est très important. Parfois d’autres séances sont nécessaires comme des piqures de rappel, pour renforcer la motivation et les acquis du patient. Le suivi est aussi très important. C’est pourquoi nous demandons aux patients de revenir régulièrement, que cela soit avec le pneumologue ou la diététicienne.

L’hypnose peut vraiment permettre de faire disparaître la dépendance physique à la cigarette ?

L’hypnose agit sur les composantes cognitives et émotionnelles. Elle permet donc aux patients, lors du sevrage, de mieux supporter le manque. Elle permet en fait de mieux le supporter, en modifiant les perceptions et les ressentis, tout en étant plus détendu.

Avec l’hypnose, le taux de réussite au bout d’un mois, puis de 6 mois, est de combien, en moyenne ?

Difficile de répondre précisément, car les études donnent des résultats variables. Cependant, dans ma pratique, j’observe des résultats efficaces. Certains arrêtent définitivement la première fois. Pour d’autres, le processus est plus long, voire progressif. L’important, c’est le suivi que l’on propose aux patients. Le fait d’être « encadrés » les motive et les rassure. Ce sont des facteurs de réussite.

Comment éviter les arnaques et les mauvaises surprises ?

Je conseille de consulter un professionnel de santé, comme un tabacologue, un psychiatre ou un psychologue formé à la technique. Ou de consulter un service de tabacologie qui propose des consultations, comme c’est le cas au centre hospitalier princesse Grace (CHPG). Il faut aussi se méfier bien sûr des « recettes miracles » des annonces prometteuses, pas toujours réalistes, et souvent associées à un coût très élevé.

Combien coûte une séance ?

Le prix d’une séance d’hypnose est très variable. En général, une séance d’hypnose est facturée entre 50 et 120 euros en ville. Dans le cadre des consultations de tabacologie proposées à l’hôpital, les séances sont gratuites pour le patient, car elles rentrent dans une prise en charge globale, associée avec le suivi du médecin et de la diététicienne.


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