
Plusieurs études scientifiques récentes mettent en garde contre certains filtres utilisés dans les crèmes solaires suspectés d’avoir des effets sur la santé à long terme. Eléments de réponse avec Marie-France Corre, ancienne responsable des essais à l’UFC-Que Choisir et consultante sur les questions de consommation.
Monaco Hebdo : Depuis quand on se pose des questions sur la possible toxicité de certaines crèmes solaires ?
Marie-France Corre : Les premières études soulevant des doutes remontent à une dizaine d’années. Jusqu’alors, les crèmes solaires ne faisaient pas vraiment débat car les fabricants assuraient qu’elles restaient à la surface de la peau, sans pénétrer dans l’organisme. Or, les études ont montré que ce n’est pas toujours le cas. D’une part, des chercheurs ont découvert dans des eaux où la baignade est fréquente, que certaines espèces de poissons étaient victimes de malformations sexuelles probablement liées aux filtres. Il y a donc une contamination possible de la chaîne alimentaire. Surtout, des études plus récentes ont montré que les composants de certains filtres de crèmes solaires pouvaient se retrouver dans du lait maternel ou dans le sang. C’est donc le signe qu’il peut y avoir pénétration dans l’organisme.
M.H. : Quels sont les risques ?
M-F.C. : C’est toute la question ! On sait que certaines crèmes solaires utilisent comme conservateurs ou comme filtres anti-UV des composants qui peuvent agir comme des perturbateurs endocriniens au sein de l’organisme – en mimant ou en accentuant l’effet d’hormones sexuelles. Mais avec quels effets réels ? Et à partir de quelles doses ? On n’en sait encore rien. Il est donc très difficile de spécifier le risque comme le niveau d’exposition.
M.H. : Les crèmes avec des filtres minéraux, c’est-à-dire sans composants chimiques, sont plus sûres ?
M-F.C. : Pas forcément. Ces filtres minéraux utilisent comme composant du dioxyde de titane sous une forme inerte. Donc, pas de risque à priori. Seulement, ce dioxyde est employé dans les crèmes solaires sous forme de nanoparticules. Or, à l’échelle de l’infiniment petit, la réactivité des éléments est différente. D’ailleurs, certaines études évoquent le risque de production de radicaux libres associé à ces nanoparticules de dioxyde de titane. Mais, là encore, il ne s’agit que de premières études à confirmer.
M.H. : Comment choisir si ni les filtres chimiques ni les filtres minéraux ne sont sûrs ?
M-F.C. : En ayant avant tout une exposition raisonnée au soleil. On oublie trop souvent que les crèmes constituent des outils de protection contre les coups de soleil et le vieillissement de la peau. Pas des accessoires de bronzage ! En abusant des crèmes et des séances au soleil qui vont avec, on s’expose d’autant plus aux risques de toxicité des composants, mais aussi aux effets des UV. Car les filtres et écrans ont un effet qui reste limité ! Et on l’oublie vite une fois sous le soleil…
Votre santé, en bref
Parfums de stars : pas si sûr…
Halle Berry, Britney Spears ou Jennifer Lopez ne sont pas venues cette année faire la promo cannoise des derniers parfums siglés de leurs noms. Et pour cause : selon une étude menée par un laboratoire indépendant de Californie, les fragrances de ces dames contiendraient plusieurs substances susceptibles de perturber le système endocrinien, et notamment la thyroïde. On y trouverait également des phtalates qui, à doses élevées, perturbent la production de spermatozoïdes. Les études complètes de ces parfums de stars sont consultables (en anglais) sur www.toxicnation.ca.
Jambes sans repos : la piste génétique se confirme…
C’est l’une des principales maladies affectant le sommeil, particulièrement chez les femmes. Le fameux syndrome des jambes sans repos aurait bel et bien une composante génétique, selon une récente étude menée au Canada. 250 Québécois atteints du mal ont été suivis : chez les frères et sœurs atteints, le risque de souffrir du syndrome serait multiplié par 3,6. Selon les chercheurs, différents facteurs environnementaux contribueraient à l’apparition du syndrome. Comme la carence en fer ou le nombre élevé de grossesses.
Téléphones portables et cancer : pas de certitudes, mais une note salée…
Attendu par la communauté internationale, le rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur les risques de cancer du cerveau liés à l’utilisation du téléphone portable n’apporte aucune confirmation. Selon les experts, rien n’est établi. Mais rien n’est exclu. Sauf le coût de l’étude qui se chiffrerait à la bagatelle de 30 millions de dollars !



