dimanche 26 juin 2022
AccueilActualitésSantéCovid-19, variole du singe, urgences : le CHPG prêt à relever tous les...

Covid-19, variole du singe, urgences : le CHPG prêt à relever tous les défis de l’été ?

Publié le

Nouvelle hausse des contaminations au Covid-19, variole du singe, réintégration des soignants non vaccinés, crise des urgences… À l’occasion de la remise du trophée de l’OMS récompensant le CHPG pour sa gestion de la pandémie, Monaco Hebdo a interrogé le conseiller de gouvernement-ministre pour les affaires sociales et la santé, Christophe Robino, et la directrice de l’hôpital, Benoîte de Sevelinges, sur les dossiers chauds auxquels l’établissement public monégasque doit faire face.

Alors que les hôpitaux français s’apprêtent à vivre un été 2022 chaotique, nous avons voulu savoir comment le centre hospitalier princesse Grace (CHPG) envisageait cette période de l’année habituellement chargée en termes d’activité. Petit tour d’horizon.

La situation aux urgences de Monaco

En France, c’est le dossier brûlant du moment. La crise des urgences couvait depuis un certain temps déjà, elle a fini par exploser après deux années de mobilisation sans relâche face au Covid-19. Manque de personnel, fermeture de lits… Au moins 120 services d’urgences ont été contraints de limiter leur activité, ou s’y préparent, selon l’association Samu-Urgences de France. Et la situation pourrait encore s’empirer au cours de l’été, à en croire certains spécialistes, qui redoutent des difficultés d’accès aux soins et des retards de prise en charge. Un tel effondrement peut-il aussi se produire en principauté ? Pas vraiment, selon le conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé, Christophe Robino : « À Monaco, le gouvernement a toujours eu une politique extrêmement favorable vis à vis des établissements de santé, et des établissements publics en particulier. Il n’y a donc pas de tension particulière sur les urgences en principauté », tient à rassurer cet ancien conseiller national de la majorité Priorité Monaco (Primo !). Avant de poursuivre : « Cette situation dans les urgences hospitalières en France préexistait à la crise Covid. Elle s’est accentuée à l’occasion de la pandémie, parce que malheureusement, cette crise sanitaire a conduit un certain nombre de professionnels de santé à se réorienter vers d’autres activités professionnelles, et à quitter le milieu de la santé ». Résultat, certains services sont aujourd’hui confrontés à un manque de personnel qui les oblige à réduire leur activité, voire à fermer quelque temps. Face à ce ras-le-bol général, le gouvernement français a décidé d’adopter, mercredi 8 juin 2022, une série de mesures censées aider l’hôpital à surmonter « un été difficile ». Les heures supplémentaires vont être payées double et les élèves infirmiers seront « immédiatement » employables, a notamment annoncé la ministre de la santé française, Brigitte Bourguignon. À Monaco, le CHPG est aussi confronté à cette crise de vocation et d’attractivité, exacerbée par une pandémie de Covid-19 sans précédent. Mais selon Christophe Robino, la situation n’est en rien comparable avec ce qu’il se passe de l’autre côté de la frontière : « La principauté a toujours fait grand cas des conditions de travail au CHPG, et a toujours été très attentive au bon fonctionnement de son établissement public. Bien sûr, avec le temps, le différentiel d’attractivité qui pouvait exister entre l’hôpital de Monaco et les établissements des communes voisines, en particulier de la région niçoise, a eu tendance à s’éroder. C’est la raison pour laquelle nous avons pris le parti, pour maintenir cette attractivité, d’intégrer une grande partie des mesures qui ont été mises en place dans le Ségur [de la santé — NDLR]. L’ambition du gouvernement princier étant de toujours faire mieux », insiste le conseiller-ministre.

Le 13 juin 2022, le taux d’incidence a encore augmenté, passant à 467. Un rebond des contaminations au Covid-19 qui ne surprend pas vraiment le conseiller-ministre, Christophe Robino : « Nous avons eu un grand événement sportif [le Grand Prix de Formule 1 (F1) — NDLR] qui a amené énormément de gens »

Covid-19 : l’épidémie repart à l’approche de l’été

Est-ce le début d’une nouvelle vague ? Alors que la situation sanitaire s’était nettement améliorée en principauté ces dernières semaines, ce qui avait conduit le gouvernement princier à alléger son dispositif, le taux d’incidence (1) est violemment reparti à la hausse au cours de la semaine du lundi 30 mai au dimanche 5 juin 2022, passant de 148 une semaine plus tôt à 347. Une semaine plus tard, le 13 juin 2022, le taux d’incidence a encore augmenté, passant à 467. Un rebond des contaminations qui ne surprend pas vraiment le conseiller-ministre, Christophe Robino : « Nous avons eu un grand événement sportif [le Grand Prix de Formule 1 (F1) — NDLR] qui a amené énormément de gens. Et nous savons habituellement que dans les quinze jours-trois semaines qui suivent, il y a une augmentation du taux d’incidence ». Même constat chez la directrice du CHPG, Benoîte de Sevelinges, qui rappelle toutefois que la situation reste sous contrôle à l’hôpital : « Si le taux d’incidence remonte, le nombre de patients hospitalisés, lui, ne remonte pas [à l’heure où Monaco Hebdo bouclait ce numéro, mardi 14 juin 2021, 16 personnes dont 12 résidentes étaient hospitalisées au CHPG. Aucune d’entre elles ne se trouvait en réanimation — NDLR]. Cela signifie que nous n’avons pas une évolution des formes graves, qui saturent les lits et qui nous obligent à déprogrammer des patients ». Si les autorités se veulent donc rassurantes à l’approche des grandes vacances, Christophe Robino garde malgré tout un œil attentif sur la situation de l’autre côté de la frontière, où les sous-variants BA.4 et BA.5 continuent de gagner du terrain. « En France, on assiste à une nouvelle augmentation de ce qu’on appelle le R zéro, qui est en fait le nombre de personnes contaminées à partir d’une personne atteinte par le virus. Ce qui aurait tendance à laisser penser que nous sommes dans une petite reprise de l’épidémie ». De là à imaginer un retour du port du masque obligatoire à Monaco ? « Il convient de rester vigilant, mais il n’y a pas de signes d’alarme importants qui nous encourageraient à modifier les mesures actuellement en place », conclut cet ancien élu. Compte tenu de la situation, les autorités ont d’ailleurs décidé de modifier les horaires du centre d’appels Covid-19, bien moins sollicité ces derniers temps. Ainsi, depuis lundi 13 juin 2022, le centre est joignable au +377 92 05 55 00 entre 9 heures et 17 heures, 7 jours sur 7 y compris les jours fériés. Les centres de dépistage et de vaccination conservent les mêmes horaires d’ouverture au public. À savoir pour le centre de dépistage : du lundi au vendredi de 8 h 30 à 18 heures, et de 8 heures à 10 heures le samedi. Et pour le centre de vaccination : de 9 heures à 12 h 30 et de 13 h 30 à 16 heures le lundi, le mercredi et le vendredi.

Le CHPG est aussi confronté à cette crise de vocation et d’attractivité, exacerbée par une pandémie de Covid-19 sans précédent. Mais selon Christophe Robino, la situation n’est en rien comparable avec ce qu’il se passe de l’autre côté de la frontière

La réintégration des soignants non-vaccinés à l’étude

La mesure avait suscité la controverse. Le 30 octobre 2021, l’obligation vaccinale des soignants entrait officiellement en vigueur à Monaco, provoquant la colère des professionnels qui n’avaient pas hésité à descendre dans la rue pour exprimer leur mécontentement. Sept mois plus tard, face à une situation sanitaire « maîtrisée » et une crise de vocation affectant l’hôpital public, la question de la réintégration du personnel non-vacciné semble faire son chemin jusqu’aux plus hautes sphères de l’État monégasque. « Très clairement, c’est une question qui se pose, confirme Christophe Robino. Les conditions de réintégration ont été fixées dans la loi, qui a une durée d’application de 18 mois avec une clause de revoyure qui permet à la fin de ces 18 mois de revoir le dispositif, quoi qu’il arrive. La deuxième clause qui permet de réintégrer ces personnes serait que soit levé l’état d’urgence. Et donc, que ces restrictions exceptionnelles soient enlevées », précise le conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé. Avant de conclure : « En France, ce sujet suscite quelques controverses. À savoir, est-ce qu’il est légitime de revenir en arrière sur une mesure qui était nécessaire pour la protection des personnes hospitalisées et pour les établissements de santé ? Au regard de l’évolution de la crise, il y a à la fois une question pratique et une question symbolique qui s’affrontent. Les discussions et les réflexions sont en cours. Je pense que très prochainement nous pourrons définitivement statuer sur le sujet. » En attendant, la directrice du CHPG, Benoîte de Sevelinges, reste suspendue aux décisions du gouvernement : « Pour l’instant, la loi reste en vigueur. Je n’ai pas de rôle politique, ni de législateur. Moi, j’applique la loi. » À ce jour, une vingtaine d’agents sont suspendus pour défaut de vaccination contre le Covid-19.

« Avec le temps, le différentiel d’attractivité qui pouvait exister entre l’hôpital de Monaco et les établissements des communes voisines, en particulier de la région niçoise, a eu tendance à s’éroder. C’est la raison pour laquelle nous avons pris le parti, pour maintenir cette attractivité, d’intégrer une grande partie des mesures qui ont été mises en place dans le Ségur [de la santé — NDLR] »

Christophe Robino. Conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé

La variole du singe, nouveau Covid-19 ?

Après le Covid-19, faut-il craindre une nouvelle pandémie ? Les experts avaient prévenu que la fréquence et la gravité des épidémies mondiales pourraient bien s’accélérer dans les années à venir, et la récente arrivée de la variole du singe semble leur donner raison. S’il est pour le moment trop tôt pour parler d’épidémie, cette maladie rare tropicale continue de gagner du terrain. Après un premier cas détecté le 7 mai 2022 au Royaume-Uni chez un individu revenant du Nigéria, de nouveaux cas sont apparus un peu partout dans le monde. Au 24 mai 2022, quelque 260 cas, dont 177 confirmés, avaient été recensés dans dix-huit pays parmi lesquels l’Espagne, le Portugal, le Canada, les États-Unis, mais aussi l’Italie et la France. Cette croissance visiblement exponentielle de la contagion commence quelque peu à inquiéter l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a récemment encouragé les pays à redoubler de vigilance. Un appel entendu par Monaco, où l’évolution de la situation est scrutée avec attention, comme l’explique la directrice de l’hôpital, Benoîte de Sevelinges : « Un vendredi soir, le docteur Olivia Keïta-Perse [cheffe du service épidémiologie et hygiène hospitalière au CHPG – NDLR] m’a appelée pour me demander si j’avais entendu parler de cette nouvelle maladie. J’ai préparé une note pour informer le personnel. Cette note est parue le lundi suivant. Donc, on s’informe, on surveille. Pour l’instant, nous n’avons pas d’inquiétude majeure à ce sujet ». Après une pandémie de Covid-19 particulièrement ravageuse, la prudence reste donc de mise. À l’heure où Monaco Hebdo bouclait ces lignes, mardi 14 juin 2022, aucun cas de variole du singe n’avait été recensé sur le territoire de la principauté.

© Photo Stéphane Danna / Direction de la Communication

Covid-19 : le CHPG récompensé par l’OMS pour sa gestion de la pandémie

Le directeur régional de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’Europe, le docteur Hans Kluge, avait promis de rendre hommage aux professionnels de la santé engagés depuis deux ans dans une lutte sans merci contre le Covid-19. Et il a tenu parole. Après avoir désigné 2021 comme étant l’« année internationale des travailleurs de la santé et des soins », l’OMS Europe a décidé de remettre un trophée à tous ses pays membres, dont Monaco, pour les récompenser de leur gestion de la crise sanitaire. Vendredi 10 juin 2022, le conseiller de gouvernement-ministre pour les affaires et la santé, Christophe Robino, l’a symboliquement remis à la directrice du centre hospitalier princesse Grace (CHPG), Benoîte de Sevelinges, au cours d’une cérémonie réunissant les représentants des principaux acteurs de la lutte anti-Covid-19 en principauté. Le successeur de Didier Gamerdinger, grand absent de cette cérémonie, en a profité pour leur adresser ses plus sincères remerciements pour leurs efforts et pour leur implication sans faille pendant cette crise sans précédent dans l’histoire récente de la principauté. « Ce trophée symbolise la gratitude de la communauté européenne et internationale pour votre travail, votre engagement et votre soutien constant pendant cette période de pandémie », a déclaré Christophe Robino qui y a associé également la reconnaissance de l’État monégasque. « Je crois que Monaco a eu une gestion particulièrement efficace et pertinente de la crise. Et ce symbole qui nous est remis concrétise tout le travail et tous les efforts qui ont été développés tant par le gouvernement que par les établissements et les différents acteurs de la santé en principauté mais aussi toutes les associations », a ajouté l’ancien élu du Conseil national. Avant de conclure : « Cette solidarité qui s’est créée au sein de la population est une belle illustration de l’unité des résidents de Monaco autour de nos institutions. Et je pense en premier lieu, autour de notre souverain ». De son côté, la directrice du CHPG Benoîte de Sevelinges a confié son sentiment de « fierté » après deux années de dur labeur : « C’est surtout une fierté pour le personnel de l’établissement. Moi, je suis très fière de les diriger. C’est un plaisir d’avoir une reconnaissance d’un organisme international qui est reconnu ».

Le professeur Patrick Rossignol © Photo DR

CHPG : le remplaçant du docteur Robino déniché à Nancy ?

Le centre hospitalier princesse Grace (CHPG) devrait bientôt accueillir un nouveau chef de service des spécialités médicales-hémodialyse. À la recherche d’un remplaçant au docteur Christophe Robino, qui a rejoint les rangs du gouvernement en avril 2022, l’hôpital de Monaco a semble-t-il trouvé la « perle rare », comme l’a confirmé à Monaco Hebdo la directrice de l’établissement, Benoîte de Sevelinges, en marge de la remise du trophée de l’OMS. « Son nom sera annoncé dans quinze jours suivant les formalités administratives nécessaires. Mais je crois que nous avons trouvé la perle rare », nous a-t-elle indiqué, sans toutefois dévoiler l’identité de l’heureux élu. Mais selon nos informations, il s’agirait du professeur Patrick Rossignol. Âgé de 53 ans, ce néphrologue était auparavant en poste au Centre d’investigation clinique (CIC) du CHRU de Nancy. Dans une interview accordée à nos confrères du magazine lorrain La Semaine, il est revenu sur les raisons qui l’ont poussé à rejoindre la principauté : « C’est une opportunité de faire les choses différemment. J’ai la possibilité d’être à la tête d’une équipe médicale multidisciplinaire, qui gère les malades au quotidien. Je peux être au plus près des patients et faire de la recherche. Alors qu’à Nancy, je faisais de l’enseignement-recherche, avec des consultations. Je vais me retrouver plus proche des malades, ce qui va m’amener à me poser de multiples questions pour la recherche et pour les soins ». Car Patrick Rossignol est aussi un chercheur connu et reconnu. Auteur de plus de 370 publications, il a participé, et participe encore, à de nombreux programmes de recherche internationaux. Il est notamment le coordinateur de la première étude clinique internationale « randomisée » en double aveugle, spironolactone contre placebo, en hémodialyse, Alchemist, et fait partie de « boards » scientifiques et de nombreuses autres études cliniques. En principauté, Patrick Rossignol ne débarque d’ailleurs pas en terre inconnue, puisque depuis 2013, ce spécialiste de l’hypertension coordonne avec l’hôpital de Monaco, un essai clinique pour prévenir les problèmes cardiovasculaires chez les patients en hémodialyse. En l’enrôlant, le CHPG s’est donc attaché les services d’une pointure, qui a pu bénéficier d’une disponibilité de deux ans offerte par la fonction hospitalo-universitaire, nous apprend La Semaine. En plus de ses nouvelles fonctions à l’hôpital, Patrick Rossignol endossera également le costume de directeur médical du centre d’hémodialyse privé de Monaco, dont Christophe Robino assurait la fonction jusqu’alors. N.G.

1) Le taux d’incidence correspond au nombre de cas positifs enregistrés sur les 7 derniers jours, rapporté à 100 000 habitants. Le seuil d’alerte est fixé à 50.

Publié le

Monaco Hebdo