Le Monaco Press Club a accueilli le nouveau directeur des services judiciaires de la principauté, Samuel Vuelta Simon. A cette occasion, il a pu revenir sur plusieurs sujets au cœur de l’actualité, notamment la lutte contre la délinquance financière et le blanchiment.
« Lutter contre le financement du terrorisme, lutter contre la fraude fiscale et lutter contre le trafic de drogue. » Le ton est donné. Devant une assemblée de journalistes et de communicants, le secrétaire d’Etat à la justice de Monaco, Samuel Vuelta Simon, semble motivé à l’idée de se plonger dans la réalité judiciaire monégasque.
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Il était l’invité du Monaco Press Club, le club de la presse de la principauté, le mardi 26 novembre 2024. Le nouveau directeur des services judiciaires de Monaco est longuement revenu sur la situation actuelle en Europe et notamment en France et à Monaco. Arrivé à la tête du pôle judiciaire le 16 septembre 2024, il semble notamment avoir été choisi pour son expérience dans la lutte contre les bandes organisées et la délinquance financière : « J’étais en concurrence avec d’autres candidats pour ce poste. J’ai transmis mon CV sur le bureau du prince, et après des entretiens, j’ai été retenu. » Passé par Boulogne-sur-Mer en 1992, l’Espagne, Paris, Bayonne et Toulouse, où il était procureur général de 2021 à 2024, Samuel Vuelta Simon ne sous-estime pas l’ampleur de la tâche qui l’attend.
Samuel Vuelta-Simon a évoqué quelques projets. Notamment la volonté de créer une section financière dès 2025, pour qu’une partie des ressources soient consacrées uniquement à la lutte contre la délinquance financière et le blanchiment
« Menace »
Lorsqu’un membre de l’assemblée pose la question de la présence de la corruption à Monaco, c’est l’affaire Sky ECC qui remonte à la surface. En 2023, ce dossier avait révélé l’implication supposée d’une policière de la brigade financière de Monaco dans une puissante organisation mafieuse, spécialisée dans le trafic d’armes et de drogues : « On s’est rendu compte qu’à chaque fois qu’un gros trafiquant européen tombe, ce sont 5, 10, 15, ou 20 agents du domaine public ou privé qui chutent avec lui. » La corruption, fléau indomptable donc ? Pas facile en tout cas, estime Samuel Vuelta Simon, qui s’explique : « Nous sommes face à des sommes d’argent astronomiques. Il est difficile pour nous de lutter avec les moyens dont nous disposons, afin de ralentir ce fléau. Comment rester sobre face à ces énormes montants ? Il faut être pourvu d’un grand sens moral. » La corruption est dans le viseur de Samuel Vuelta-Simon, mais aussi un trafic de drogue qui « évolue ». Celui qui était chef adjoint de l’Office anti-stupéfiants (Ofast) à Paris de 2019 à 2021, a mis en avant sa connaissance de l’évolution du schéma mondial : « On s’est rendu compte de la menace que représente le trafic de drogue à l’échelle mondiale. La situation actuelle est dix crans au-dessus des fantasmes les plus forts des policiers de la brigade des stups. » Alors, comment lutter ? « C’est notre mission de tenter de trouver les solutions », annonce, sans plus de détail, ce fonctionnaire. Mais de sa malle à idées, il a évoqué quelques projets. Notamment la volonté de créer une section financière au parquet général dès 2025, pour qu’une partie des ressources soient consacrées uniquement à la lutte contre la délinquance financière et le blanchiment.
« Il incombe au procureur général en place de communiquer ou non. Je ne peux pas prendre la décision à sa place. Et il le fera toujours dans le respect de l’instruction »
Samuel Vuelta-Simon. Directeur des services judiciaires
Désengorger les tribunaux
Samuel Vuelta-Simon souhaite aussi désengorger les tribunaux. Pour y remédier, il a notamment dit vouloir instaurer une nouvelle adaptation de peine dans le domaine financier. Objectif : favoriser les médiations entre les avocats des partis pour troquer les peines de prisons les plus minimes en amendes : « Ce système a déjà fait ses preuves en France », a-t-il assuré. Cette idée devrait, selon lui, permettre de limiter le nombre d’affaires relevant du domaine financier devant la cour, et ainsi permettre l’accélération du traitement des autres affaires qui elles, nécessitent l’intervention d’un tribunal. Le dernier relevé par Samuel Vuelta Simon devant la presse, c’est sa volonté de favoriser le dialogue entre la justice et les médias. Il a semblé optimiste sur ce point, tout en précisant, néanmoins : « Il incombe au procureur général en place de communiquer ou non. Je ne peux pas prendre la décision à sa place. Et il le fera toujours dans le respect de l’instruction. »



