samedi 21 mai 2022
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Trafic de cocaïne
au Black Legend

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Six personnes ont comparu devant le tribunal correctionnel début juin pour un trafic de cocaïne au Black Legend, un établissement de nuit monégasque.

 

Après des années d’écoutes et de filatures, l’enquête menée par la sûreté publique de Monaco a permis l’interpellation de 7 personnes. Devant le tribunal correctionnel le 3 juin, six jeunes hommes, dont deux détenus, étaient jugés pour détention, offre, mise en vente, cession, achat, vente et transport de stupéfiants. Le cas du belge Yonathan, la septième personne incriminée, a été dissocié du dossier pour être jugé le 27 octobre prochain. Le jeune homme n’ayant jamais répondu aux sollicitations de la justice monégasque. « Comme bien souvent dans ce milieu, l’enquête débute suite à une dénonciation anonyme en octobre 2012 », a expliqué le président du tribunal, Jérôme Fougeras-Lavergnolle. Une affaire qui a pour cadre le Black Legend, un établissement de nuit situé sur le port Hercule. Parmi les prévenus, J. T., un jeune trentenaire, ex-chef de cuisine du Black Legend, promu à la direction.

 

43 témoins

Le complexe qui a ouvert ses portes le 29 octobre 2009 grâce à un lourd investissement de 4 millions d’euros du groupe tropézien Floirat (1), était en pleine relance, après des débuts qui n’ont pas atteint les résultats escomptés. Pour l’aider, le directeur a opté pour un de ses amis, R.C., prévenu à ses côtés devant le tribunal. Le premier dealer présumé est un Français du même âge, J.S., alors employé au restaurant Le Virage. L’un des 43 témoins auditionnés lors de l’enquête expliquera d’ailleurs aux policiers : « A Monaco, tout le monde sait que c’est un dealer. » Après une soirée en demi-teinte lors du Grand Prix 2013, J.S. ne vient plus au Black Legend. Les policiers découvrent que c’est un autre garçon, alors âgé de 27 ans, qui a pris le relais. S’il reconnaît les faits, il n’est pas capable de préciser à la cour le montant et le détail des transactions. « Si vous n’êtes pas en mesure de calculer le nombre de ventes, c’est que c’est arrivé à de très nombreuses reprises… », estime le président du tribunal. Bien connu des services judiciaires français, cet habitant de Saint-André de la Roche a un casier bien rempli : vol, violence, recel, conduite sans permis ou en état d’ivresse, blessures involontaires… A l’audience, il affirme s’être fourni à Nice pour 60 euros le gramme pour le revendre à Monaco entre 90 et 100 euros la dose. Parmi ses clients, les deux responsables du Black Legend qui deviennent des consommateurs occasionnels. Finalement, le 31 mars 2014, un incident mets un terme à cette « collaboration. » Du coup, une troisième et dernière personne prend le relais. G.P. affirme « dépanner » ses amis et ne pas être un trafiquant. La justice lui reproche la vente de 35 grammes maximum entre avril et octobre 2014.

 

Fournisseur

Le dernier prévenu, D.G., travaille aussi dans le monde de la nuit. Ex-chef de rang au Buddha Bar, il est accusé d’être un fournisseur de cocaïne. Il aurait alimenté son ami J.S., le tout premier dealer du Black Legend. En tout, ce pourrait être près de 300 grammes qui auraient transité entre les deux hommes pour être revendus ensuite. « Je n’ai jamais revendu, mais juste dépanné » affirme le prévenu, lourdement condamné en France pour des faits de coups et blessures et de conduite en état d’ivresse. « Je suis peut-être naïf, mais quel était votre intérêt ? Vous preniez des risques en allant chercher la drogue à Vintimille. Vous dépanniez et n’en récoltiez aucun bénéfice. Pourquoi ? », l’interroge le président Fougeras-Lavergnolle. Lors de la perquisition dans son studio, la police a trouvé 6 890 euros en espèces (dont 37 billets de 100 euros), une balance de précision et un document qui ressemblerait à une comptabilité. « Si on fait un peu de mauvais esprit, on peut se dire que 37 billets de 100 euros chacun, ça correspond à une dose » ironise le président devant un prévenu qui a réponse à tout. L’argent ? Les pourboires de la saison d’été. La balance ? Un sport avec régime à la clé. La comptabilité ? « Ce n’est pas un papier de trafiquant ! »

 

« Banalisation »

Avant de laisser la parole au substitut du procureur, le président s’adresse de nouveaux aux deux gérants : « Comment vous expliquez la succession de fournisseurs de cocaïne dans votre établissement qui a pignon sur rue ? » Réponse de J.T., l’ex-directeur du Black Legend : « Par stupidité… Peut-être qu’on n’était pas prêt pour ses fonctions… » Son adjoint, R.C.. admet que « c’était inadmissible d’avoir laissé faire. On s’est voilé la face. Tout le monde faisait ça dans le milieu de la nuit. » Les deux ex-responsables du Black Legend reconnaissent avoir consommé de la cocaïne dans le bureau du personnel avec leurs dealers plusieurs fois par jour. « Ils ont causé un trouble à l’ordre public et ont porté atteinte à l’image de Monaco. Cette banalisation de l’usage de la cocaïne est inquiétante » a insisté Alexia Brianti, substitut du procureur. L’objectif de ses réquisitions est clair. Il s’agit de condamner fermement et d’adresser un message aux consommateurs et aux responsables d’établissements de Monaco. Pour J.T. et R.C., les deux responsables du bar « qui ont laissé entrer les loups dans la bergerie », Alexia Brianti réclame 18 mois de prison avec sursis. « Il a été propulsé dans le monde de la nuit sans expérience et il n’a pas su gérer », soutient Me Arnaud Cheynut, pour la défense de R.C.. Le conseil de l’ex-directeur ira dans le même sens, cherchant à victimiser son client.

 

« Fusillé »

Pour les trois dealers présumés, le substitut demande 2 ans de prison ferme. « Mon client admet la revente de 88 grammes de cocaïne au lieu des 240 voire 600 grammes mis en avant par les services de police », indique Me Déborah Lorenzi, avocate de J.S., le premier dealer cité dans l’affaire. « On a essayé de le faire passer pour un dealer professionnel. Alors qu’il a vendu 50 grammes en 10 mois. Il essaie de tourner la page. Il faut lui donner une chance » estime Me Alexandre Boyer pour la défense du second dealer. Enfin, Me Nicolas Mattéi pour « l’intervention mineure » de son client G.M., le troisième dealer présumé, souhaite une peine minorée, avec du sursis : « Cela fait 7 mois et demi qu’il est en prison pour 35 grammes de cocaïne supposée ! Il a compris le message et il ne recommencera pas. » Les réquisitions les plus lourdes s’adressent finalement au sixième et dernier accusé, D.G.. « Ce n’est pas quelqu’un qui se contentait de dépanner. C’est un revendeur perfectionné. Il a joué, il a perdu » explique le substitut, tout en réclamant 3 ans de prison ferme à son encontre. « Je ne veux pas qu’il y ait un fusillé pour l’exemple » défend son avocate Me Alice Pastor. La décision du tribunal sera rendue le 16 juin.

 

(1) Contacté par Monaco Hebdo, le groupe Floirat n’a pas réagi avant le bouclage du magazine, le 9 juin.

 

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Monaco Hebdo