Dans l’affaire du Sass Café, qui se joue sur fond de proxénétisme, trois anciens employés de cet établissement de nuit ont été condamnés le 14 mai 2024. Le gérant, Samuel T., et son ancien directeur, Pascal C., ont, quant à eux, été relaxés. Mais le parquet général a fait appel.
Le Sass Café, véritable institution des nuits monégasques de l’avenue princesse Grace, particulièrement fréquentée par une multitude de célébrités et — avant ce jugement — de prostituées, a été placé au cœur d’un procès au tribunal correctionnel de Monaco. Le gérant de cet établissement, Samuel T., dit « Samy », et son ancien directeur, Pascal C., étaient accusés d’avoir mis en place « une politique institutionnalisée » pour gérer la présence de travailleuses du sexe qui fréquentaient le Sass Café. Le parquet avait requis 12 mois de prison ferme à leur encontre, au motif qu’ils auraient sélectionné les prostituées à l’entrée de l’établissement et fiché leur présence grâce à un logiciel de réservation et d’attribution de tables sous la lettre « T », pour « travailleuse du sexe », ce qui aurait alors fait état d’un rôle de décisionnaire dans cette affaire. Ils ont finalement été relaxés par le tribunal, tout comme la SARL Sass Café qui risquait une amende de 200 000 euros. Le lendemain de cette décision, le parquet général a décidé de faire appel. L’affaire n’est donc pas encore entièrement close.
« Petit à petit, nous avons pu démontrer que la plupart des faits avaient été inventés, ou que d’autres n’étaient tout simplement pas contraires à la loi. Mais une fois lancée, la machine judiciaire paraît inarrêtable »
Maître Antoine Vey. Avocat de Samuel T.
« Tout ça pour ça »
Maître Antoine Vey, l’avocat de Samuel T., également défenseur du fondateur de WikiLeaks Julian Assange, s’est exprimé sur les réseaux sociaux (1) : « Il y a plusieurs années déjà, il [Samuel T. — NDLR] avait été mis en examen et soumis à un contrôle judiciaire strict, ce qui avait été difficile à vivre. Cependant, dans les tous premiers temps, on pouvait se dire qu’il y avait peut-être des raisons légitimes de l’interroger. Assez rapidement, il est toutefois devenu évident que l’accusation n’était ni précise, ni établie, pas plus en fait qu’en droit, écrit cet avocat des barreaux de Paris et de Genève. Petit à petit, nous avons pu démontrer que la plupart des faits avaient été inventés, ou que d’autres n’étaient tout simplement pas contraires à la loi. Mais une fois lancée, la machine judiciaire paraît inarrêtable. Devant le tribunal, les choses sont devenues encore plus claires. » Il ajoute que « les juges ont posé les bonnes questions », et qu’ils « ont permis d’apporter les bonnes réponses, qu’ils ont écoutées, jusqu’à la toute dernière minute de la plaidoirie ». Antoine Vey s’est ensuite ému du retentissement médiatique de cette affaire, qui a dépassé les frontière de la principauté : « Le premier jour de l’ouverture du procès, mon client a eu à vivre une médiatisation qui a annoncé les faits pour lesquels il était poursuivis. Cela a été dur pour lui et pour sa famille. Les possibilités de répondre dans ce type de situations sont très limitées. La presse a ensuite annoncé les réquisitions, qui ont été largement relayées. Le dernier jour du procès, les enfants de mon client n’ont pas pu aller à l’école, car la « rumeur » courrait partout dans les rues… » Suite à cette une relaxe, cet avocat pose alors la question : « Tout ça pour ça ? […] Même si cela avait été une condamnation, tout justiciable devrait être traité avec dignité et mesure. Mais quand c’est une relaxe, c’est encore plus clair. Est-ce que les choses n’auraient pas pu être évitées si elles avaient été envisagées avec moins de manichéisme, et un cadre plus respectueux des droits de la défense ? »
Des condamnations
Trois anciens employés du Sass Café ont été condamnés, quant à eux, à des peines de prison avec sursis, assorties d’amendes. Konan Thierry D., a écopé de 18 mois pour avoir servi d’intermédiaire entre un important client de l’établissement, et des prostituées. Il en avait conduit plusieurs jusqu’au domicile de ce client, à Èze, et s’était assuré du paiement de l’une d’entre elles, après un service tarifé. Assia A., ancienne hôtesse du Sass a été condamnée à 4 mois de prison pour avoir perçu 15 virements de prostituées pour un montant de 4 600 euros au total. L’accusation en a conclu qu’il s’agissait de rétributions pour leur avoir permis d’être bien attablées et introduites dans l’établissement. L’accusée s’en était défendue, expliquant que ces virements étaient des cadeaux de mariage et de naissance, accordés par liens d’amitiés avec les femmes en question. Un ex-agent de sécurité, Jérémy C., a été condamné à 12 mois de prison.
Le parquet général a décidé de faire appel. L’affaire n’est donc pas encore entièrement close
Des intermédiaires
Trois autres personnes ont été condamnées en lien à cette affaire, mais sans lien professionnel avec l’établissement. Bruno S., un Brésilien de 36 ans, poursuivi pour proxénétisme et trafic de stupéfiant, était suspecté d’avoir été le principal revendeur de stupéfiants pour le réseau de prostitution brésilien de Monaco. Il a reconnu les faits et il a été condamné à 24 mois de prison, dont 16 avec sursis, et 20 000 euros d’amende, alors que quatre ans de prison ferme avec mandat d’arrêt avaient été requis. Alessio N., un Italien de 34 ans, considéré comme l’homme à tout faire d’un important client du Sass Café, était suspecté de lui avoir mis à disposition des femmes, et de les avoir véhiculées et payées, parfois pour son compte. Il a été condamné à 6 mois de prison, dont 4 avec sursis (6 mois dont 3 avec sursis étaient requis) et 20 000 euros d’amende. Enfin, Veronika M., une gérante russe de sociétés immobilières de 54 ans, était poursuivie pour avoir loué, sans bail et en espèces, deux de ses appartements situés aux Flots d’Or, à Beausoleil, pour des prostituées qui fréquentaient le Sass Café et d’autres établissements. Elle était aussi accusée d’avoir blanchi cet argent liquide, dont 43 000 euros dans une grande enseigne de luxe. Le tribunal l’a condamnée à 18 mois de prison, dont 15 avec du sursis et une amende de 80 000 euros. Vingt-quatre mois de prison ferme avaient été requis à son encontre, avec mandat d’arrêt. Selon Monaco-Matin, cette dernière serait déterminée « à apporter la preuve de son innocence ». Elle compte donc faire appel de cette décision, elle aussi.
1) Antoine Vey n’a pas été en mesure de répondre à nos questions avant le bouclage de ce numéro, mardi 21 mai 2024.



