Avant le Grand Prix de Monaco, Charles Leclerc s’est exprimé à l’occasion d’une conférence de presse (1). Il revient sur le début de saison de Ferrari et il livre ses objectifs pour la course de dimanche, mais aussi pour le reste de cette saison 2024.
Après sept courses, vous êtes deuxième du championnat des pilotes, avec 113 points : quel premier bilan faites-vous ?
Après l’année dernière, on ne pouvait pas s’attendre à être premier du championnat. Il faut être réaliste. On sait que l’on a encore pas mal de boulot. Mais on sait aussi que l’on a beaucoup progressé. Depuis les deux derniers Grands Prix, McLaren est très fort aussi, et ça, on s’y attendait un petit peu moins. Par contre, de notre côté on est satisfait, parce qu’on a fait les pas en avant qu’on attendait. On doit attendre encore quelques courses avant de juger les améliorations que l’on a mis sur la voiture à Imola [le Grand Prix d’Emilie-Romagne, à Imola, s’est déroulé le 19 mai 2024 — NDLR]. Monaco ne sera certainement pas le meilleur circuit pour juger ses améliorations. Il faudra attendre un petit peu plus tard dans la saison. Mais il sera primordial de bien les utiliser, et d’optimiser le “package”, parce que Red Bull, McLaren et nous, on est très proches en course. Comparé à McLaren et Red Bull, on est un peu derrière en qualification. C’est vraiment là-dessus qu’il faut qu’on travaille. Mais sur cette première partie de saison, on a maximisé le potentiel de la voiture. Maintenant, il faut que l’on fasse en sorte que le potentiel de la voiture soit assez bon pour aller chercher des victoires.
Imola a permis de tester de nouvelles évolutions sur la voiture : quelles sont vos impressions ?
Pour les améliorations sur la voiture, Imola, comme Monaco, comme malheureusement le Canada, sont des pistes assez difficiles pour juger. Monaco, c’est très spécifique. C’est surtout le réglage qui va faire la différence. Imola et le Canada sont des circuits où la façon dont la voiture se comporte sur les vibreurs fait énormément de différence. Par contre, le positif c’est qu’avec les données que nous avons, on a pu voir que les chiffres qui étaient attendus au niveau « aéro » ont été réalisés sur la piste. C’est bon signe. L’amélioration est là. Il n’y a pas de mauvaise surprise.
« A Monaco, on sait à quel point la qualification est importante. C’est la qualification de l’année, c’est la plus excitante pour nous, les pilotes »
Votre ingénieur de course, Xavi Marcos, a été remplacé par Bryan Bozzi : comment cela s’est-il passé avec lui à Imola ?
Avec Bryan, ça s’est bien passé. C’était une situation un peu compliquée, parce que changer d’ingénieur de piste en plein milieu de la saison, ce n’est jamais facile. Mais Bryan était mon « ingénieur performance » [depuis l’arrivée de Charles Leclerc chez Ferrari, en 2019 — NDLR]. Il était donc numéro deux jusqu’à maintenant. On se connaissait bien. Ça s’est super bien passé, dès le début. Il était prêt. Et il a fait un super bon boulot.
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Cette saison, Red Bull est toujours devant, mais McLaren et Ferrari sont assez proches ?
Il ne faut pas se laisser emporter, car c’est seulement une course. Comme je l’ai dit, Imola a des caractéristiques très spécifiques, comme Monaco ou le Canada, ce qui pourrait brouiller un petit peu les pistes. Mais c’est super si on peut avoir trois équipes aussi proches que ce qu’on a vu en course à Imola. Les fans ne demandent que ça, d’aller à une course sans savoir qui en sera le vainqueur. Pour l’instant, Red Bull a toujours l’avantage sur toutes les autres équipes. McLaren est très fort en qualification, et en course aussi. Nous, il faut qu’on bosse. Mais ça se resserre de plus en plus. Et ça, c’est bon signe et c’est bon pour la Formule 1 (F1).
Après le Grand Prix d’Emilie-Romagne à Imola, Frédéric Vasseur a dit que c’est « en leur mettant la pression que les Red Bull commettront des erreurs » : comment comptez-vous leur mettre la pression à Monaco ?
Si on peut être devant, c’est une bonne chose. Parce qu’à Monaco, on sait à quel point la qualification est importante. C’est la qualification de l’année, c’est la plus excitante pour nous, les pilotes. Parce que sur un circuit comme Monaco, c’est juste incroyable. Si on part derrière, après en course c’est plus compliqué, parce qu’à Monaco il n’y a pas énormément d’opportunités pour doubler. Mais on mettra la pression à Red Bull en étant les plus proches possible et les plus compétitifs possible le vendredi et le samedi. Plus globalement, sur l’ensemble de la saison, il va falloir que l’on fasse tout parfaitement, et que l’on soit le plus proche possible d’eux, pour les mettre dans une situation où ils ne peuvent pas se permettre de faire d’erreurs. Ce qui n’était pas le cas l’année dernière.

Pourquoi ?
L’année dernière, Red Bull avait une telle avance sur nous qu’ils pouvaient se permettre de faire parfois un arrêt au stand en plus, et ils gagnaient quand même la course. Quand on est dans une situation comme ça, c’est plus facile pour le pilote, pour l’équipe, et on ne pousse pas forcément jusqu’à la limite. Comme on l’a vu à Imola, aujourd’hui c’est plus difficile pour eux. On va donc essayer de continuer à pousser pour le reste de la saison.
Cette saison, il y a eu peu d’occasion pour vous de remporter une course : est-ce que c’est difficile à accepter ?
Sur le moment, ça fait mal. Parce qu’une victoire, c’est tout ce que je veux. La deuxième, la troisième, la quatrième place, ce ne sont pas des places qui m’excitent particulièrement. Je veux absolument la victoire. Malheureusement, depuis l’Autriche en 2022 [Charles Leclerc a remporté le Grand Prix d’Autriche le 10 avril 2022 — NDLR], on n’a pas réussi à en décrocher une. Il faudra faire les comptes à la fin de la saison. Quand il y a une victoire à la clé pour l’équipe, et qu’en tant que pilote on n’a pas fait le meilleur “job” possible, comme en Australie [victoire de son co-équipier Carlos Sainz Jr. le 24 mars 2024 — NDLR] ou à Singapour [victoire de Carlos Sainz le 17 septembre 2023 — NDLR], ça fait plus mal que lorsque c’est un Grand Prix banal, où on finit troisième et quatrième. A moi d’être concentré sur moi-même, à moi de faire le meilleur “job” possible, et d’être là à la prochaine opportunité qui se présentera. Sur ces deux week-ends, j’ai été un petit peu moins bon, donc je tâcherai d’être là la prochaine fois.
En 2018, vous avez disputé votre premier Grand Prix de Monaco en F1 : si on vous avez dit qu’il allait falloir patienter cinq ans avant d’espérer pouvoir monter sur le podium en principauté, comment auriez-vous réagi ?
En 2018, ça ne m’aurait pas forcément choqué, parce que je n’avais aucune idée de comment ma carrière allait évoluer. Je ne savais pas encore que j’allais être un pilote Ferrari en 2019. Il faut avoir un petit peu de la chance et de la réussite, aussi. Mais gagner à Monaco n’a jamais été une fixation. Et ça ne l’est toujours pas. Monaco est un Grand Prix particulièrement spécial pour moi, parce que c’est à la maison. Gagner à Monaco serait incroyable. En revanche, finir à la deuxième ou à la troisième place ne me rendra pas particulièrement heureux dimanche. Par contre, la victoire, on y pense, mais ça n’est pas du tout une fixation. La fixation est davantage sur la méthode pour fair en sorte que le travail effectué pendant le week-end soit le meilleur possible. Avec mon nouvel ingénieur de piste, on a pas mal de boulot pour faire un pas supplémentaire depuis Imola, qui était notre première course ensemble. J’ai aussi Johannes [Hatz] qui est mon ingénieur performance, qui a repris la place de Bryan. J’ai donc deux personnes qui sont dans de nouvelles positions. C’est vraiment sur ça qu’on se concentre. Ensuite, je suis persuadé qu’une fois que le boulot sera bien fait, la victoire peut être jouable à la fin du week-end. Mais il faut surtout se concentrer sur la méthode pour en arriver là, plus que de penser à la victoire et basta.
« Monaco est un Grand Prix particulièrement spécial pour moi, parce que c’est à la maison. Gagner à Monaco serait incroyable. En revanche, finir à la deuxième ou à la troisième place ne me rendra pas particulièrement heureux dimanche »
Il vous a fallu quatre Grands Prix de Monaco pour parvenir à atteindre l’arrivée, et vous avez fini quatrième en 2022 et sixième en 2023 : est-ce que ça a été un soulagement ?
Honnêtement, pas vraiment, non. Quatrième ou sixième, ce ne sont pas des places intéressantes ou qui m’excitent. Ça n’a pas été un moment particulièrement spécial.
Après sept Grands Prix, Max Verstappen et sa Red Bull occupent la première place et il compte 48 points d’avance sur vous : la première place du championnat des pilotes est déjà gagnée pour Verstappen ?
Non, absolument pas. Plus que Max, c’est surtout Red Bull qu’il faut que l’on essaie d’aller chercher, surtout le dimanche. Le samedi, ils sont atteignables. Le dimanche, ils ont encore quelque chose qu’ils font, avec les pneus surtout, et que l’on n’arrive pas complètement à comprendre. Sur la longueur de toute une course, ils sont encore plus forts que nous. A Imola, on était très proches d’eux, mais ça n’était pas suffisant. Et sur d’autres circuits, Red Bull était vraiment bien devant. Donc, c’est vraiment en course que nous devons trouver ce qu’ils réussissent à faire avec les pneus. Après, c’est vrai que Max est très constant. Mais on n’arrive pas le week-end en se disant que la deuxième place, c’est la meilleure position possible. On arrive avec la mentalité pour gagner. Toute l’équipe travaille pour essayer de comprendre ce que fait Red Bull en course, pour les rattraper le plus rapidement possible. Une fois qu’on aura fait ce “step”, surtout au niveau de la dégradation des pneus, on pourra, je pense, se battre beaucoup plus souvent pour les premières positions.
Cette saison, Red Bull semble parfois prenable : qu’est-ce qui a changé par rapport à la saison 2023 ?
En 2022, il y a eu un grand changement de réglementation. Or, il est toujours important de partir du bon pied sur ces changements de réglementation. On était pas trop mal. Red Bull était alors 15 ou 17 kg au dessus du poids. Une fois qu’ils ont enlevé ces 15 ou 17 kg, ils étaient bien sûr beaucoup plus rapides que nous. Depuis, on essaie de les rattraper. Ce que l’on fait plutôt bien, puisque, petit à petit, l’écart se resserre. Surtout, jusqu’en 2026, il y aura une opportunité, parce que pendant quatre ans, nous aurons les mêmes réglementations. Tout le monde travaille, mais Red Bull arrive sur un plateau d’amélioration, et nous, avec McLaren, on est encore un petit peu dans la phase montante. Donc, on les rattrape, naturellement. J’espère ne pas me tromper, et j’espère que 2025 sera la saison où les équipes de devant seront les plus proches. Cette année, même si on en est seulement à la huitième course, le championnat est encore long, et les “upgrades” [les améliorations sur les voitures — NDLR] vont être très importantes. Elles vont faire une grande différence. Il était important pour nous d’essayer de prendre le plus de points possibles en début de saison. C’est ce qu’on a fait. Maintenant, on va se concentrer sur le reste de la saison, avec les améliorations sur la voiture, pour essayer d’aller chercher Red Bull.
Quelle place occupe le circuit de Monaco pour vous ?
Le circuit de Monaco est mon préféré. Pas seulement parce que je suis à la maison, mais tout simplement parce que je suis un grand fan des circuits en ville. Le fait de ne pas avoir droit à l’erreur, d’aller à 200 % en qualification, et ne pas forcément réfléchir aux risques, c’est vraiment un sentiment incroyable, qui donne pas mal d’adrénaline. Monaco est un circuit que j’adore, et qui, je pense, est apprécié par tous les pilotes.
Pour la course dimanche, il devrait faire beau : vous regardez beaucoup la météo avant une course ?
En 2022, la pluie ne nous a pas forcément réussie. Il faudra faire un bon travail le samedi. Parce qu’en principauté, comme je l’ai dit, la qualification est primordiale. Après, on fera en sorte d’essayer de finaliser en course le dimanche. Ici, on a une seule chose en tête : la préparation pour les qualifications. La préparation de la course arrive finalement en second plan, bien loin de la préparation des qualifications. Parce que si on part premier à Monaco, c’est ensuite toujours plus facile. C’est sur ça qu’il va falloir qu’on se concentre.
« Plus que Max [Verstappen — NDLR], c’est surtout Red Bull qu’il faut que l’on essaie d’aller chercher, surtout le dimanche. Le samedi, ils sont atteignables. Le dimanche, ils ont encore quelque chose qu’ils font, avec les pneus surtout, et que l’on n’arrive pas complètement à comprendre »
Mais cette saison, Ferrari a plus de difficultés en qualification ?
C’est vrai que depuis le début d’année 2024, on a eu un peu plus de mal en qualification que les autres années. Normalement, c’est vraiment notre point fort. Mais en course, on a progressé, comme on l’attendait. L’an dernier, c’était vraiment un point faible, il y avait une énorme différence entre la qualification et la course. En qualification, on était souvent la deuxième voiture la plus rapide. Et en course, on était la troisième ou la quatrième voiture la plus rapide, ce qui rendait les choses beaucoup plus compliquées. Cette année, les qualifications et la course sont beaucoup plus proches, donc c’est positif. Maintenant, il faut continuer à travailler, car Red Bull est encore devant, en course surtout. Mais on a fait de beaux progrès, et on a surtout compris quelle était la direction dans laquelle il fallait pousser à l’avenir, pour améliorer nos performances en course.

Avez-vous identifié ce qui ne fonctionne pas en qualification cette année ?
Le plus gros problème depuis le début de l’année, c’est la préparation des pneus, c’est-à-dire la façon dont on monte les pneus en température, juste avant le tour rapide. A la dernière course à Imola, on a eu quelque chose de différent. Red Bull et McLaren utilisaient le moteur sur la première ligne droite, où on a pratiquement tout perdu. Il va falloir qu’on regarde ça plus en détail. Mais cela s’est uniquement produit à Imola.
Aujourd’hui, quand vous croisez Lewis Hamilton, vous parlez déjà de son arrivée chez Ferrari en 2025 ?
Avec Lewis Hamilton, on parle un petit peu de 2025. On parle surtout des intérêts qu’on partage ensemble, comme la musique, par exemple. On le faisait déjà avant. Mais maintenant que tout le monde sait que Lewis va rejoindre la Scuderia en 2025, ça fait plus de bruit quand on parle ensemble. On a toujours eu beaucoup de respect l’un envers l’autre. On a une bonne amitié.
Travailler avec Lewis Hamilton pourrait être déterminant pour votre carrière ?
A chaque fois qu’on change de coéquipier, c’est un moment déterminant pour la carrière d’un pilote. Parce que le coéquipier est toujours la première référence pour chaque pilote. Mais c’est ce que j’aime avec la F1 : avoir l’opportunité de se battre contre les meilleurs. Aujourd’hui, Carlos [Sainz Jr. — NDLR] est l’un des meilleurs pilotes sur la grille. Seb [Sebastian Vettel — NDLR] a été un multiple champion du monde, et j’ai beaucoup appris avec lui. Lewis est le pilote qui a eu le plus de succès dans l’histoire de la F1. Donc j’ai hâte d’avoir Lewis à côté de moi, dans l’équipe. Il fait les choses extrêmement bien, et je pourrai beaucoup apprendre à côté de lui. Mais clairement, l’objectif sera de le battre.
« Avec Lewis Hamilton, on parle un petit peu de 2025. On parle surtout des intérêts qu’on partage ensemble, comme la musique, par exemple. On le faisait déjà avant. Mais maintenant que tout le monde sait que Lewis va rejoindre la Scuderia en 2025, ça fait plus de bruit quand on parle ensemble. On a toujours eu beaucoup de respect l’un envers l’autre »
Vous avez lancé une marque de glace à faibles calories, appelée « Lec » pour les trois premières lettres de votre nom de famille : vous avez d’autres projets, liés ou pas à la F1 ?
Pas forcément à court terme. Le projet de glace s’est bien goupillé avec deux amis à moi (2) qui étaient dans la glace avant. C’est un produit que j’ai toujours beaucoup aimé. Il manquait sur le marché un produit que j’aimais, mais que je pouvais me permettre de manger un petit peu plus. On a donc créé Lec. Ça a été un projet assez marrant et qui ne m’a pas pris beaucoup de temps, car, malheureusement, le temps que j’ai est assez limité. Et bien sûr la priorité, c’est d’être le plus performant en piste. Pour l’instant, je n’ai pas d’autres projets en ligne de mire. Je me concentre sur mon projet principal qui est de devenir champion du monde le plus rapidement possible.
Licencié à l’Automobile Club de Monaco, votre cousin, le Monégasque Andréa Manni, 11 ans, espère piloter un jour une F1, et il a déclaré « je veux dépasser Charles » : qu’est-ce que cela vous inspire ?
C’est ce que je lui souhaite. Il est au tout début de sa carrière. Ce sont les toutes premières courses. Je me rappelle de ces moments-là. C’est vraiment les plus beaux moments d’une carrière. Quand on commence, c’est que du plaisir. Il voyage avec son papa, Thierry. J’étais dans la même situation moi aussi, quand j’étais plus jeune. Ce sont des moments dont on se souvient toute une vie. Je lui souhaite de me rejoindre en F1. Ça serait incroyable. La route est encore longue, il faut qu’il se concentre “step by step” [pas à pas — NDLR] sur ce qu’il est en train de faire aujourd’hui. Mais comme ça se passe bien, c’est vraiment cool.
Chiffres : Charles Leclerc à Monaco
Grands Prix disputés : 5
Victoire : 0
Podium : 0
Pole positions : 2
Points marqués : 20
Meilleur tour : 0
Chiffres : Charles Leclerc en Formule 1
Grands Prix disputés : 130
Victoires : 5
Podiums : 34
Points marqués : 1 187
Meilleurs tours : 9
Pole positions : 23
1) Cette conférence de presse s’est déroulée le lundi 20 mai 2024.
2) Pour lancer Lec, Charles Leclerc s’est associé à son agent, Nicolas Todt, et aux spécialistes de la crème glacée en Italie, Guido Martinetti et Federico Grom. Selon le site Internet de Lec, leur glace contiendrait 32 % de calories en moins que la moyenne des autres glaces en pots.



