Le directeur de la maison d’arrêt de Monaco, Olivier Richaud, a reçu Monaco Hebdo. Il évoque les travaux réalisés à la prison de Monaco pour un peu plus de trois millions d’euros, et leur origine. Il dresse aussi un véritable état des lieux de cet établissement, qui a ouvert ses portes en 1897. Interview.
Pourquoi avoir réalisé des travaux à la prison de Monaco ?
L’objectif de ces travaux est de répondre aux dispositions de la loi de 2019, qui concerne les aménagements de peine, et, en l’occurrence, le régime de semi-liberté. En effet, il était hors de question de mélanger les personnes détenues bénéficiant d’un aménagement de peine, avec les détenus de droit commun. Nous avions donc besoin d’une coursive bien spécifique, avec des règles propres. Nous avons donc créé une coursive de trois cellules pour les personnes détenues bénéficiant du régime de semi-liberté. Ces cellules sont équipées de petites douches et de kitchenettes. Ces détenus bénéficiant de cet aménagement de peine auront la possibilité de se présenter avec des denrées alimentaires pour confectionner leurs repas. Cette coursive est complètement autonome. Nous avons aussi créé une petite salle d’activité, et une buanderie, pour permettre à ces détenus de laver leur linge.
Quoi d’autre ?
Toujours dans le cadre de ce projet d’extension, nous avons créé une nouvelle coursive de quatre cellules pouvant accueillir des personnes détenues de droit commun, parce que la maison d’arrêt était systématiquement soumise à des problèmes que l’on peut qualifier « d’hôtellerie ». Ensuite, nous avons mis en place une nouvelle cour de promenade, ainsi qu’une salle d’activité dans la coursive réservée aux femmes.

Était-il vraiment nécessaire de réaliser ces travaux ?
Ces travaux étaient vraiment nécessaires, parce que nous n’avions pas de structure pour mettre en application les dispositions de la loi de 2019, qui prévoit donc le régime de semi-liberté. Comme je l’ai dit, pour assurer la sécurité des enquêtes, il était impensable de mélanger les détenus qui relèvent d’un régime aménagé d’exécution de peine, avec les détenus de droit commun.
« L’objectif de ces travaux est de répondre aux dispositions de la loi de 2019, qui concerne les aménagements de peine, et, en l’occurrence, le régime de semi-liberté. En effet, il était hors de question de mélanger les personnes détenues bénéficiant d’un aménagement de peine, avec les détenus de droit commun »

Quel est le coût de ces travaux ?
Ces travaux ont coûté un peu plus de trois millions d’euros.
D’autres travaux sont-ils prévus en 2023 ou en 2024 ?
Pour le moment, aucun autre projet n’est à l’étude. Sur le long terme, il faudra peut-être réfléchir à étendre la superficie de la maison d’arrêt. Mais ce n’est pas à l’ordre du jour, actuellement.
Comment étendre la superficie de la maison d’arrêt, alors que les m2 manquent à Monaco ?
Il faudra peut-être créer d’autres niveaux, tout en gardant l’emprise au sol existante. La difficulté est que la maison d’arrêt est installée dans le fort Antoine, une ancienne forteresse, qui est aussi un site protégé. Nous ne serons donc pas certains d’obtenir les autorisations nécessaires.

Dès le départ, votre parcours universitaire et professionnel était tourné vers une carrière dans le secteur judiciaire ?
Je suis né en 1978. J’ai fait mes études de droit à Nice, et après l’obtention d’une maîtrise en droit privé, d’un DEA de droit privée, et d’un DESS de gestion des contentieux, j’ai intégré en 2005 le greffe de la maison d’arrêt de Monaco. J’ai été chargé d’établir et de réformer les textes réglementaires pour les harmoniser avec les règles pénitentiaires européennes. En août 2010, j’ai été nommé directeur adjoint, puis directeur en novembre 2021.
Devenir directeur d’une maison d’arrêt, c’était un objectif de carrière ?
Devenir directeur de la maison d’arrêt de Monaco a été une question d’opportunité professionnelle. Quand on dit que le droit mène à tout, c’est vrai.
De 2012 à novembre 2021, c’était Jean-Yves Gambarini, ancien commissaire de la police judiciaire de la sûreté publique, qui était directeur de la maison d’arrêt : à votre arrivée, quelles ont été vos premières décisions en tant que nouveau directeur ?
A mon arrivée, en novembre 2021, j’ai suivi quatre axes de réflexion. Le premier a été de procéder à un “lifting” des textes réglementaires, tout en les harmonisant avec les règles pénitentiaires européennes, et avec les recommandations du comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants du Conseil de l’Europe. Le deuxième a consisté à humaniser les conditions de détention des personnes détenues, car il faut savoir qu’à Monaco, les conditions de détention sont extrêmement difficiles. Le troisième axe a été d’améliorer les conditions de travail du personnel pénitentiaire. Enfin, mon dernier axe a été de commencer à moderniser les systèmes de sécurité de l’établissement.
« Dans les anciennes coursives, et uniquement dans quelques cellules, les personnes détenues peuvent distinguer un peu le bleu de la mer. En revanche la nouvelle coursive accueillant les personne détenue bénéficiant d’un aménagement de peine et la salle d’activité de la coursive femme, ont une vue sur la mer »
Cette prison existe depuis 1897 : aujourd’hui, en 2023, combien de salariés sont nécessaires à son fonctionnement ?
La maison d’arrêt de Monaco fonctionne, toutes catégories confondues, avec une cinquantaine de personnels, dont un tiers sont des femmes.

Comment est organisée votre prison ?
Nous pouvons accueillir 87 détenus pour 35 cellules. Nous avons trois coursives pour les personnes détenues hommes majeurs, une coursive pour les personnes détenues femmes, une coursive séparée pour les personnes détenues hommes mineurs et pour les personnes détenues femmes mineures. Dans le quartier femmes, nous avons une cellule qui permet d’accueillir une mère et son enfant jusqu’à 18 mois, avec la possibilité de prolonger cette durée avec l’autorisation du directeur des services judiciaires. Enfin, nous avons un quartier pour les personnes détenues qui bénéficient d’un aménagement de peine, et plus particulièrement la peine fractionnée ou le régime de semi-liberté.
La prison de Monaco est souvent décrite comme un univers carcéral avec une « vue sur la mer », ce qui laisse supposer un certain confort : c’est exact ?
Je ne connais pas l’origine de cette rumeur. Dans les anciennes coursives, et uniquement dans quelques cellules, les personnes détenues peuvent distinguer un peu le bleu de la mer. De plus, la nouvelle coursive accueillant les personne détenue bénéficiant d’un aménagement de peine et la salle d’activité de la coursive femme, ont une vue sur la mer. En ce qui concerne nos équipements de confort, la maison d’arrêt est équipée de la climatisation, ce qui était la volonté du prince Rainier III, afin d’assurer le confort du personnel et des personnes détenues. Les murs faisant plus de six mètres d’épaisseur, le taux d’hydrométrie était extrêmement important. Il faisait très chaud l’été, et très froid l’hiver. Mais il faut savoir qu’à Monaco, les conditions de détention sont extrêmement difficiles. Même si, en principauté, il n’y a pas la promiscuité que l’on peut connaître dans les prisons françaises.

Qu’est-ce qui rend la détention à Monaco difficile ?
Ce qui rend la détention difficile à la maison d’arrêt de Monaco, c’est sans aucun doute l’omniprésence de l’éclairage artificiel. Notre gymnase n’est pas à l’air libre, il est souterrain. Le seul moment où les personnes détenues peuvent avoir un peu de lumière du jour, c’est dans la cour de promenade, à laquelle ils peuvent accéder une heure et demie par jour.
A quoi ressemble une cellule de la prison de Monaco ?
Nos cellules font entre 12 et 15 m2. Elles sont équipées d’un lit, d’étagères, d’une petite table, d’une télévision, d’un frigo, d’une bouilloire, d’une chaise, et du paquetage nécessaire, que l’on distribue aux personnes détenus lors de leur incarcération.
En 2018, la prison de Monaco était sécurisée à l’aide d’un système de vidéosurveillance composé de 74 caméras : en 2023, ce système a été étendu ?
Suite au projet d’extension, nous avons dépassé les 80 caméras, fin 2022. Cette sécurité passive est indispensable. Un établissement implantée sur le Rocher, ayant à proximité plusieurs hélisurfaces, un cinéma d’été, un skate park, et qui peut accueillir du public sur son toit et ses abords, nécessite un déploiement important de caméras de vidéosurveillance.

« Il y a plus de dix ans, les infractions financières dominaient à Monaco. […] Mais la nouveauté que l’on constate depuis plusieurs mois, c’est une augmentation des personnes détenues présentant des troubles psychiatriques, psychiques et d’addiction »
Les nouvelles technologies, dont la reconnaissance faciale, pourraient être utilisées à la maison d’arrêt de Monaco ?
Non. En revanche, en 2023, nous avons sollicité l’obtention d’un scanner corporel à ondes millimétriques. L’objectif est de régler le problème délicat des fouilles corporelles des personnes détenues. Le comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants du Conseil de l’Europe, et le Haut-Commissariat avaient fait des recommandations pour limiter les fouilles à corps et les exécuter à l’encontre des personnes détenues uniquement s’il existait des présomptions ou des faisceaux d’indices graves et concordants. Or la maison d’arrêt de Monaco est un établissement unique où toutes les catégories pénales sont mélangées. Il était inconcevable de se passer des fouilles corporelles. La mise en place de ce scanner corporel est la solution qui nous permettra de répondre aux instances de contrôles, mais aussi de garder une exigence en matière de sécurité.
Comment fonctionne ce scanner ?
Ce sont les mêmes scanners que l’on trouve dans les aéroports. On positionne la personne dans une sorte de cylindre. Des ondes millimétriques permettent ensuite de détecter sur la personne détenue, sans qu’elle se déshabille, aussi bien les objets métalliques, céramiques, drogues, explosifs, et toute autre matière organique pouvant constituer une menace.
Aujourd’hui, quel est le profil des détenus de la prison de Monaco ?
Ces dernières années, le profil de nos personnes détenues se rapproche de celui que l’on trouve dans les prisons françaises. Il y a plus de dix ans, les infractions financières dominaient à Monaco. Et puis, on a évolué vers davantage d’infractions contre les biens, de blessures volontaires, de vols à mains armées, etc. Mais la nouveauté que l’on constate depuis plusieurs mois, c’est une augmentation des personnes détenues présentant des troubles psychiatriques, psychiques et d’addiction.

Comment prendre en charge ces détenus qui souffrent de problèmes psychiatriques et d’addictions ?
L’individualisation de la prise en charge de cette catégorie pénale, qui est assez nouvelle pour nous, est complètement différente. C’est pour cela que nous misons sur des formations internes dispensées par des spécialistes, comme des psychiatres, notamment. Ces formations pourront être également dispensées par nos collègues de la pénitentiaire française, et ils rentreront dans le champ d’application de la convention de coopération signée entre la direction des services judiciaires et l’administration pénitentiaire française. L’objectif est de former le personnel pénitentiaire à la prise en charge individuelle de ces nouvelles personnes détenues.
En France, l’étude Santé mentale en population carcérale sortante (SPCS) montre que deux-tiers des détenus libérés souffrent de troubles psychiatriques (1) : ce contexte est inquiétant ?
C’est un sujet complexe, car la prise en charge de ces détenus est complètement différente. La problématique de la réinsertion se pose aussi pour les personnes détenues libérées. Dans les missions pénitentiaires qui nous incombent, vous avez la réinsertion, en plus de la garde et de l’entretien de la personne détenue. Or, il est très difficile d’assurer un suivi social et médical d’une personne détenue étrangère libérée. Chaque année, notre établissement compte entre 20 et 40 nationalités différentes au sein de la population pénale. Une bonne réinsertion nécessite, forcément, un accompagnement à l’extérieur. Même si cet accompagnement existe pour les résidents et les nationaux, il est utopique de penser que toutes les personnes détenues étrangères qui sortent de l’établissement sont suivies dans le cadre de leur réinsertion à leur libération. C’est une réalité, et il faut faire avec.
« En général, les primo-délinquants ont très peur des conditions de détention françaises. À l’inverse, les délinquants d’habitude ont plus tendance à solliciter un transfert vers la France »
Des années 1980 à aujourd’hui, comment a évolué la nationalité des détenus incarcérés à Monaco ?
La nationalité des personnes détenues n’a pas forcément évolué. Les Français et les Italiens sont toujours les plus nombreux. Néanmoins, on constate une forte augmentation de personnes détenues provenant des pays de l’Est.
Quelle est la durée moyenne de détention ?
La durée moyenne de détention à la maison d’arrêt de Monaco est d’environ 90 jours. Ces dernières années, cette durée moyenne a un peu augmenté. Elle est la conséquence, à mon sens, de délai d’instruction plus long pour les inculpés. Les affaires sont devenues beaucoup plus complexes, elles nécessitent de nombreuses commissions rogatoires internationales, ce qui rallonge ainsi les délais de détention.
Actuellement, vous avez combien de détenus ?
Actuellement, nous avons 25 personnes détenues hommes majeurs. Nous n’avons pas de femmes, ni de mineurs.
Le nombre de détenus de la maison d’arrêt de Monaco a suivi quelle évolution ?
Le pic le plus haut que j’ai connu, c’était une cinquantaine de personnes détenues en 2012. Mais nous sommes très loin de la surpopulation pénale que connaît, par exemple, la France.

Les prisonniers peuvent décider d’effectuer leur peine en France ?
Le transfert vers les prisons françaises ne peut se faire qu’avec le consentement de la personne détenue. De plus, il faut qu’il lui reste plus de six mois de peine à purger en France, sur la totalité de sa condamnation prononcée par l’autorité judiciaire compétente. Cette mesure permet de soulager la maison d’arrêt de Nice. En général, les primo-délinquants ont très peur des conditions de détention françaises. À l’inverse, les délinquants d’habitude ont plus tendance à solliciter un transfert vers la France.
Pourquoi ?
Parce que le règlement intérieur de la maison d’arrêt de Monaco est, à mon sens, beaucoup plus dur.
Vous disposez de combien de parloirs ?
Nous avons cinq parloirs, dont un avec une séparation vitrée, qui fonctionne avec un combiné téléphonique. Suite à la pandémie de la Covid-19, nous avons installé des séparations en plexiglass. Cette mesure a permis à l’établissement de poursuivre l’activité des parloirs, sans interruption, pendant la crise sanitaire. Ces séparations ont été remises au début de l’été 2022, suite à un “cluster” en détention. Les personnes détenues ont droit à deux parloirs de 45 minutes par jour.
« Chaque année, notre établissement compte entre 20 et 40 nationalités différentes au sein de la population pénale. Une bonne réinsertion nécessite, forcément, un accompagnement à l’extérieur. […] il est utopique de penser que toutes les personnes détenues étrangères qui sortent de l’établissement sont suivies dans le cadre de leur réinsertion à leur libération »
Quels équipements et activités sont proposés aux prisonniers ?
Notre établissement est équipé d’une salle de musculation, d’un gymnase, d’une bibliothèque, et de téléviseurs. Chaque coursive est équipée d’une salle d’activité où l’on peut trouver des jeux de société et du matériel de sport. En 2023, nous allons déployer deux nouvelles activités : l’art thérapie et la sophrologie. Un visiteur de prison propose aussi des cours d’échecs. Mais, comme dans toutes les prisons, l’activité phare reste la musculation. Cette activité est dispensée par un professeur contractuel. Des séances de sport sont également dirigées par un professeur détaché de l’éducation nationale. Enfin, des cours de français et d’anglais sont également proposés.
A quoi ressemble la journée type d’un prisonnier à Monaco ?
L’ouverture des cellules s’effectue à 7h30. La personne détenue a alors la possibilité de se lever et d’aller en promenade ou au gymnase. Elle peut aussi accéder aux parloirs le matin et l’après-midi. Les repas sont distribués à 11h30, en coursive. Les personnes détenues mangent seules, en cellule. Les portes des cellules sont ouvertes à partir de 13h30. L’après-midi, les personnes détenues ont la faculté de se rendre à nouveau en promenade ou au gymnase. De plus, des activités comme le sport dirigé, la musculation, le yoga, les échecs, et la bibliothèque sont proposées certains jours. Les visiteurs de prison peuvent aussi venir tous les jours s’entretenir avec les personnes détenues. Des bornes d’arcade de jeux vidéo ont été installées dans les salles d’activité des coursives. L’avantage de cette activité, c’est que l’on peut y jouer avec un codétenu, même si on ne parle pas la même langue. Elle participe donc à la lutte contre l’isolement. Ensuite, les cellules sont fermées à 18h15, jusqu’au lendemain 7h30.

Comment est traitée la question de la religion dans votre prison ?
Chaque personne détenue doit pouvoir satisfaire aux besoins de sa vie spirituelle. Exercer sa religion est un droit fondamental. La maison d’arrêt dispose d’une petite chapelle. Un aumônier catholique, orthodoxe, et un rabbin se déplacent régulièrement à l’établissement pour rencontrer les personnes détenues. Fin décembre 2022, nous avons pris contact avec la maison d’arrêt de Nice pour obtenir les coordonnées d’un imam, afin qu’il puisse intervenir à Monaco.
Quelle proportion de prisonnieras se tourne vers la religion ?
Une fois qu’ils sont incarcérés, environ un quart des personnes détenues se réfugie vers la religion. J’ai l’impression que les personnes détenues sont davantage portées sur la religion pendant leur parcours carcéral, qu’il y a quinze ans en arrière. Il serait intéressant de savoir si cette foi perdure à leur libération.
A quel rythme sont organisées les cérémonies religieuses ?
Pour la religion catholique, une messe est célébrée tous les samedis.
Il y a aussi la question de la nourriture en fonction de la religion ?
Bien évidemment, les repas sont confectionnés en tenant compte de la religion des personnes détenues. C’est un droit fondamental pour la personne incarcérée. Nous élaborons donc des repas confessionnels.
Des promenades sont possibles ?
Depuis 2005, les promenades dans la cour étaient obligatoires le matin pour les personnes détenues. Peu après ma nomination, j’ai supprimé cette obligation. Pour ceux qui le désirent, les personnes détenues peuvent faire quotidiennement 45 minutes de promenade le matin et l’après-midi, ainsi qu’une heure de gymnase l’après-midi. Une réflexion est en cours quant à la possibilité pour les personnes détenues d’augmenter leur temps passé en promenade, puisque grâce aux travaux d’extension, une deuxième cour de promenade a été créée. Cette nouvelle cour de promenade a permis de mettre plusieurs catégories pénales en promenade sur les mêmes créneaux horaires. Enfin, de 7h30 à 11h45, et de 13h30 à 18h15, les portes des cellules sont ouvertes, ce qui permet aux personnes détenues de se déplacer librement dans leur coursive.
« Une fois qu’ils sont incarcérés, environ un quart des personnes détenues se réfugie dans la religion. J’ai l’impression que les personnes détenues sont davantage portées sur la religion pendant leur parcours carcéral, qu’il y a quinze ans en arrière. Il serait intéressant de savoir si cette foi perdure à leur libération »
Quels sont les moments les plus compliqués à gérer, en termes de sécurité ?
On parle de « maison d’arrêt de Monaco », mais nous ne sommes pas réellement une maison d’arrêt. Comme tout établissement unique, dans son mode de fonctionnement, la maison d’arrêt s’apparente à un centre pénitentiaire, puisque nous recevons toutes les catégories pénales qui sont mélangées en détention, à savoir les prévenus, les inculpés, et les condamnés définitifs. Les personnes détenues exécutent aussi l’intégralité de leur peine à Monaco, qu’elle soit longue ou courte. Les personnes détenues purgeant une peine pour avoir commis une infraction contre les mœurs ne sont pas séparées des autres. Donc, pour répondre à votre question, dans ce genre de structure, il n’y a pas de moments plus dangereux que d’autres. La vigilance est de tous les instants.

Il y a parfois des violences entre détenus ?
Les violences entre personnes détenues existent, mais elles restent rares. Ce phénomène peut s’expliquer par l’âge de la population pénale, qui est un peu plus âgée qu’en France, par exemple. Cela participe à l’installation d’un climat beaucoup plus apaisé. En revanche, en 2022, les rapports d’incidents disciplinaires ont fortement augmenté. Cela est dû à cette nouvelle catégorie de personnes détenues qui souffrent de problèmes psychiques et psychiatriques, et qui sont très difficiles à prendre en charge. A ce titre, toujours en 2022, nous avons enregistré deux agressions sur des personnels de surveillance. Cela n’était plus arrivé depuis des années.
Vous êtes confronté à des tensions raciales et religieuses ?
Des inimitiés peuvent parfois naître après une longue détention entre personnes détenues. Il peut s’agir d’inimitiés raciales ou religieuses. Avant les travaux d’extension, nous n’avions que deux coursives réservées aux hommes majeurs. Si une altercation concernait plus de deux personnes détenues, nous étions alors obligés de placer certaines personnes détenues à l’isolement dans une autre coursive, qui accueillait une autre catégorie pénale. Désormais, cette troisième coursive va nous permettre d’avoir une meilleure gestion des conflits. Elle nous offre la possibilité d’avoir une rotation dans l’attribution des cellules.
Comment éviter la radicalisation ?
Nous sommes très attentifs au problème de la radicalisation en prison. Le milieu pénitentiaire présente aussi bien des risques, que des opportunités, en ce qui concerne les délinquants extrémistes violents. Le personnel de surveillance a été formé pour détecter tout prosélytisme exacerbé en détention. Dans le cadre de la convention de coopération avec l’administration pénitentiaire française, nous échangeons de précieux renseignements pénitentiaires. Pour le moment, la maison d’arrêt de Monaco n’est pas réellement touchée par cette problématique.
Si un détenu se rebelle, quelles sanctions risque-t-il ?
En cas de rébellion caractérisée d’une personne détenue, en plus d’éventuelles poursuites pénales, elle serait placée directement à l’isolement disciplinaire. Il existe deux sortes d’isolement réglementaire : il y a l’isolement administratif et l’isolement disciplinaire. L’isolement administratif peut être sollicité par le détenu, ou par le directeur de la maison d’arrêt, pour toutes raisons qui touchent à la sécurité des personnes ou du bâtiment. La personne détenue bénéficie alors des mêmes droits que peut avoir un détenu de droit commun, à l’exception qu’elle effectue toutes ses activités et ses mouvements seule.
« En 2022, les rapports d’incidents disciplinaires ont fortement augmenté. Cela est dû à cette nouvelle catégorie de personnes détenues qui souffrent de problèmes psychiques et psychiatriques, et qui sont très difficiles à prendre en charge. A ce titre, toujours en 2022, nous avons enregistré deux agressions sur des personnels de surveillance. Cela n’était plus arrivé depuis des années »
Et l’isolement disciplinaire ?
L’isolement disciplinaire, que l’on appelle dans notre jargon « le cachot », est prononcé par une commission disciplinaire, suite à une infraction, commise par une personne détenue, aux dispositions du règlement intérieur. La personne détenue est alors placée en cellule disciplinaire. Elle dispose uniquement de ses produits d’hygiène et de ses cigarettes. Elle ne peut plus « cantiner », ni participer aux différentes activités. Elle peut sortir en promenade quotidiennement. Elle a droit à un parloir pour sept jours de cellule disciplinaire effectués.

En cas de mutinerie, qu’est-ce qui est prévu ?
Il existe bien évidement des mesures en cas de mutinerie, que je ne dévoilerai pas ici. De plus, des formations relatives au maintien de l’ordre ont été dispensées au personnel de surveillance monégasques par les équipes régionales d’intervention et de sécurité (ERIS) françaises.
Le personnel pénitentiaire est armé ?
En détention, dans leur activité de tous les jours, le personnel de surveillance n’est pas armé. En revanche, la maison d’arrêt dispose d’un armement, pour le maintien de l’ordre en détention. Depuis les attentats de Nice, le personnel pénitentiaire s’occupe également des escortes des personnes détenues, et, à ce titre, il est armé sur la voie publique.
« Le personnel de surveillance a été formé pour détecter tout prosélytisme exacerbé en détention. Dans le cadre de la convention de coopération avec l’administration pénitentiaire française, nous échangeons de précieux renseignements pénitentiaires. Pour le moment, la maison d’arrêt de Monaco n’est pas réellement touchée par cette problématique »
Il y a eu des tentatives d’évasion à la prison de Monaco dans les années 1940, puis le 16 août 1953, avec deux truands italiens, Angelo Borin et Dario Sambucco, et enfin au début des années 2000 : à chaque fois les détenus ont été repris ?
Depuis les évasions de Ted Maher et luigi Ciardelli, en 2003, il n’y a plus eu d’évasions à la prison de Monaco. Le 22 janvier 2003, Ted Maher, 44 ans, et Luigi Ciardelli, 45 ans, sont parvenus à s’évader de la maison d’arrêt de Monaco. Le 2 décembre 2002, Ted Maher avait été condamné à dix ans de prison pour « l’incendie volontaire à des lieux habités ayant entraîné la mort de deux personnes s’y trouvant ». Cela avait entraîné en 1999 la mort du milliardaire libanais Edmond Safra (1932-1999) et de l’une de ses infirmières, Vivian Torrente. Luigi Ciardelli était un braqueur multirécidiviste italien, emprisonné depuis près d’un an pour une attaque de pharmacie en principauté.

Comment Ted Maher et Luigi Ciardelli ont-ils réussi à s’évader ?
N’étant pas en poste au moment des faits, je ne peux vous exposer que ce qui a été publié dans la presse. Ted Maher et Luigi Ciardelli ont scié les barreaux à l’aide de lames de scie. On n’a jamais pu déterminer comment elles étaient rentrées en détention. De souvenir, dans son ouvrage (2), Luigi Ciardelli a raconté que c’était dans un livre, qui lui avait été remis en détention, que les lames étaient cachées. Après avoir sciés les rangées de barreaux, les deux protagonistes les repositionnaient ensuite, avec de la cire de Babybel. Ils avaient teinté la cire avec de la cendre de cigarette, mélangée avec un peu d’eau. Pour s’échapper, ils s’étaient confectionnés une corde faite des sacs poubelles. Ils sont descendus du côté sud, le long de la contre escarpe de l’établissement. Ils avaient confectionné des sortes de mannequins pour simuler leur présence dans le lit, et ainsi tromper la vigilance des surveillants lors des rondes de nuit. Finalement, ils ont tous les deux été repris.

Selon l’Observatoire international des prisons (OIP), en France l’incarcération d’un détenu est évaluée à environ 105 euros par jour, ce qui représente le double du coût pour un régime de semi-liberté : et à la maison d’arrêt de Monaco ?
Je ne peux pas me prononcer sur le coût journalier d’une personne détenue bénéficiant d’un régime de semi-liberté, puisque nous n’avons pas assez de recul. Pour l’instant [le 15 septembre 2023 — NDLR], le régime de semi-liberté ne concerne que deux personnes sur 13 jours.En revanche, je peux vous dire que le coût journalier d’une personne incarcérée à la maison d’arrêt de Monaco est de 218 euros.

« Je ne peux pas me prononcer sur le coût journalier d’une personne détenue bénéficiant d’un régime de semi-liberté, puisque nous n’avons pas assez de recul. Pour l’instant [le 15 septembre 2023 – NDLR], le régime de semi-liberté ne concerne que deux personnes sur 13 jours. En revanche, je peux vous dire que le coût journalier d’une personne incarcérée à la maison d’arrêt de Monaco est de 218 euros »

Plus globalement, quelle est votre vision de la politique carcérale à Monaco ?
L’administration pénitentiaire participe à l’exécution des peines, et donc au maintien de la sécurité publique. Elle doit favoriser la réinsertion sociale des personnes qui lui sont confiées par l’autorité judiciaire compétente. Ainsi, il faut partir du principe que toute personne détenue sera une personne libérable. Cette réinsertion sera favorisée par une individualisation du parcours carcéral. Le suivi des personnes détenues monégasques et françaises existent. L’assistance sociale de la direction des services judiciaires fait un gros travail, en collaboration avec les services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP) français.

Comment est structurée la réinsertion à la maison d’arrêt de Monaco ?
La réinsertion d’une personne détenue passe par plusieurs interventions qui vont lui permettre d’être une personne autonome, intégrée et respectueuse des lois. Je fais parti de ceux qui pensent que la recherche d’un emploi est un élément majeur dans une démarche de réinsertion sociale. A ce titre, la maison d’arrêt de Monaco travaille sa réinsertion sur deux axes. Il y a d’abord les activités récréatives et « occupationnelles », que j’ai citées auparavant. Ensuite, il y a le travail de service général pour les personnes détenues, et aussi le travail pour le compte d’un tiers. Le travail de service général fonctionne plutôt bien. Mais nous sommes une petite structure, et c’est une activité que l’on ne peut pas proposer à tout le monde. Elle est limitée. Le travail pour le compte d’un tiers est difficile à mettre en place, car nous avons de grosses difficultés à trouver des acteurs économiques monégasques qui proposeraient un travail pour les personnes détenues, et qui serait convenablement rémunéré. Et surtout, notre établissement n’a pas d’espace pour créer des ateliers au sein de la détention.
1) Selon l’étude SPCS, en France, à leur libération, les deux tiers des hommes et les trois quarts des femmes présentent au moins un trouble psychiatrique et/ou lié à une addiction.
2) Prisonnier du Rocher de Luigi Ciardelli et Corinne Héron-Mimouni (Jacob Duvernet, 2013), 220 pages, 20 euros.



