Un homme de 51 ans comparaissait, mardi 4 février, pour avoir volé des mouvements de montres à son ancien employeur en principauté.
En horlogerie, un mouvement caractérise l’ensemble des pièces permettant à une montre de fonctionner. Hervé, horloger de 51 ans, est soupçonné d’en avoir dérobé entre 2011 et 2012 à son ancien employeur, François Caronia, PDG de la joaillerie Ciribelli. Et pas n’importe lesquels, des mouvements ETA, mécanismes qui font tourner la majorité des montres de luxe. L’unité vaut au minimum 250 euros. Le 4 février, à la barre du tribunal correctionnel, l’artisan n’a pas joué la montre en admettant rapidement le vol de 30 à 40 mouvements, d’abord « en plusieurs fois » puis « en une fois ». Mais selon son ex-patron, après inventaire, le nombre serait bien plus élevé. 1 244 exemplaires manqueraient à l’appel pour un préjudice dépassant les 300 000 euros.
Vente sur Internet
Le dirigeant de Ciribelli a découvert le larcin en juin 2012, par le biais d’un collaborateur à la recherche de mouvements ETA, réputés difficiles à obtenir, pour la création de nouvelles montres. « Il a fallu trois ans pour que ma commande soit traitée par la manufacture ETA et que je les reçoive », a expliqué François Caronia. En surfant sur Internet, son collaborateur s’est aperçu qu’Hervé en proposait à la vente sur le site d’enchères en ligne eBay et bien en dessous du prix du marché. L’ex-employé a déclaré avoir volé ces mouvements « pour fabriquer les montres de sa propre société », évoquant cependant « des pièces détachées. » Il a également indiqué avoir touché 5 600 euros de gain, via les ventes sur eBay. Une affirmation mise à mal par le président du tribunal, Jérôme Fougeras-Lavergnolle. « Vous avez vendu 238 mouvements sur Internet. D’où proviennent les 200 autres ? », a demandé le magistrat. « Il y a des mouvements ETA que j’ai acheté dans des bourses horlogères en Suisse pour 50 euros pièce », a rétorqué le prévenu, précisant qu’il ne disposait d’aucune facture pouvant en attester. « Des mouvements à 50 euros pièce, ça n’existe pas », a contesté François Caronia.
Un an de prison avec sursis requis
Me Salvia, conseil de la partie civile, a demandé au total 423 000 euros de dommages et intérêts. « Le prévenu affirmait toucher des revenus modestes de son entreprise, son compte Paypal sur eBay était créditeur de 87 000 euros en 2011 selon l’enquête menée par la police. Si l’on regroupe la totalité des mouvements bancaires enregistrés, on arrive à plus de 210 000 euros », a-t-il plaidé. L’avocat général Jean-Jacques Ignacio a requis un an de prison avec sursis à l’encontre du quinquagénaire. « A l’évidence, il y a de sa part une série d’actes malhonnêtes commis pendant la période où il était salarié en principauté. Il a vendu plusieurs centaines de mouvements sur Internet », a souligné le ministère public. Ce dernier a raillé au passage l’explication des bourses horlogères suisses du prévenu : « Le travail sans facture, c’est une grande tradition suisse, tout le monde le sait. » La défense de l’ancien salarié a dénoncé « une soustraction basique » réalisée lors d’« un inventaire effectué sur la période 2007-2012 » alors que son client n’a travaillé à Monaco qu’entre 2010 et 2012. « La partie civile n’a fourni aucun inventaire annuel », a-t-elle dit, ajoutant que « 1 244 mouvements volés, c’est un préjudice qui ne tient pas la route. » Elle a aussi rappelé qu’aucun mouvement certifié COSC* n’avait été vendu par son client sur Internet. « Les bourses horlogères fonctionnent comme la bourse des diamantaires d’Anvers. Il n’y a pas de facture, tout se paye en espèces et la parole est d’or », a-t-elle répondu au parquet. Temps mort jusqu’au 25 février, date à laquelle le tribunal rendra sa décision.



