Le forum économique mondial de Davos a été l’occasion pour le prince Albert d’évoquer l’urgence autour d’une économie bleue, qu’il appelle de ses vœux.
« Trop souvent, l’économie bleue est considérée comme une préoccupation secondaire ; quelque chose de réservé aux défenseurs de l’environnement et à une poignée de pays côtiers. Cette façon de considérer l’océan comme un problème mineur, ou d’importance locale seulement, n’est pas propre à l’économie. La même ignorance et le même déni sont à l’œuvre dans d’autres secteurs… », a lancé le prince Albert II à l’occasion du forum économique mondial de Davos (Suisse), qui s’est déroulé du 15 au 19 janvier 2024.
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« Depuis des années, je milite pour que les questions océaniques reçoivent la place qu’elles méritent sur l’agenda international. Et je suis conscient du temps qu’il faut pour sensibiliser », a-t-il ajouté. Cela fait en effet moins de 10 ans que les conférences sur le climat, les COP, consacrent des travaux spécifiques à l’océan. « Et pourtant on connaît l’importance de son rôle dans la régulation du climat », a regretté le prince Albert, tout en constatant que « malgré les progrès récents, la plupart des mers de la planète — près de la moitié de sa surface totale — sont encore pratiquement toutes exemptées de toute réglementation visant à les protéger ». Il reste encore beaucoup à faire. Et ce qu’il reste à faire passera par les océans, a estimé Albert II : « Cela démontre à quel point l’attention accordée ici aux questions océaniques est précieuse. Qu’il s’agisse d’énergie, de transports, d’alimentation, de santé ou de chimie, les ressources océaniques sont au cœur de notre avenir. »
« Cette façon de considérer l’océan comme un problème mineur, ou d’importance locale seulement, n’est pas propre à l’économie. La même ignorance et le même déni sont à l’œuvre dans d’autres secteurs… »
Le prince Albert II
« Partenariats »
Pour justifier cette affirmation, deux raisons ont été avancées par Albert II : « D’abord parce que nous aurons besoin de leur potentiel pour répondre à nos besoins, à une époque où les ressources terrestres sont de plus en plus surexploitées, saturées et épuisées. Deuxièmement, parce qu’il faut appréhender ces ressources dans une approche responsable et durable. » La question de la biodiversité est toute aussi cruciale, a insisté le prince, « puisque la majorité des espèces marines nous sont encore inconnues. Et il en va de même en ce qui concerne le respect de nombreux écosystèmes, si fragiles et si nécessaires à l’atténuation des effets du changement climatique ». Désormais, deux objectifs se dressent devant nous, a-t-il glissé : « Nous devons avancer dans la construction d’une économie bleue, afin de continuer à créer les progrès qu’exigent nos contemporains. Et nous devons également progresser dans la protection de l’océan et de ses ressources. » Pour cela, il sera nécessaire de miser sur un travail en collaboration : « Nous devons apprendre à travailler ensemble plus étroitement et plus efficacement, entre acteurs environnementaux et acteurs économiques, entre experts scientifiques et politiques. C’est le sens de mon action, avec la principauté de Monaco, ainsi qu’avec ma fondation, puisque nous intensifions les partenariats, les échanges et les collaborations visant à construire ensemble cet avenir commun. »
« Nous devons avancer dans la construction d’une économie bleue, afin de continuer à créer les progrès qu’exigent nos contemporains. Et nous devons également progresser dans la protection de l’océan et de ses ressources »
Le prince Albert II
« Verdissement » de l’industrie
C’est pour cette raison qu’en 2010, la Monaco Blue Initiative a été créée, « un forum annuel d’échange entre scientifiques, décideurs politiques, acteurs économiques et société civile sur ces questions ». De son côté, le président Emmanuel Macron a estimé dans une intervention le 17 janvier 2024 que l’Europe devait « investir beaucoup plus » pour faire face au volontarisme affiché par les Etats-Unis et la Chine au sujet de l’intelligence artificielle et du « verdissement » de l’industrie, qui passe notamment par une réduction de ses émissions de carbone. Pour atteindre cet objectif, il a appelé l’Union européenne (UE) à se lancer dans « plus d’investissements publics européens […], peut-être en osant à nouveau des eurobonds […], sur des grandes priorités d’avenir ».



