mardi 14 avril 2026
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Davos — Prince Albert II : « Nous devons encourager l’engagement des entreprises »

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À l’occasion du forum économique mondial de Davos du 15 au 19 janvier 2024, le prince Albert II a milité pour que les décideurs économiques s’unissent, afin de prendre en compte l’environnement et la santé des populations.

Réunis à Davos (Suisse) pendant une semaine, environ 2 800 dirigeants politiques, grands patrons et intellectuels se sont réunis pour échanger sur l’etat de la planète. Et le contexte est plutôt sombre. En effet, les inconnues sont nombreuses, que ce soit sur le plan géopolitique, avec la guerre en Ukraine et à Gaza, ou en ce qui concerne le climat. Parmi les absents, la Russie, sur décision de l’Europe et des Etats-Unis. En revanche, du côté ukrainien, Volodymyr Zelensky était présent. Le président français, Emmanuel Macron, a aussi fait le déplacement, en compagnie de présidents de quatre régions françaises et d’une vingtaine de patrons de start-up. Du côté de la principauté, le prince Albert II s’est également rendu sur place, avec notamment son délégué interministériel à l’attractivité et à la transition numérique, Frédéric Genta. Ce dernier a évoqué l’intelligence artificielle et son impact pour les différents pays impliqués dans ce sujet.

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Davos Forum économique
À l’occasion du forum de Davos, le 17 janvier 2024, le prince Albert II était accompagné par son délégué interministériel à l’attractivité et à la transition numérique, Frédéric Genta (à gauche sur notre photo) qui a évoqué l’impact de l’intelligence artificielle pour les Etats. Il a aussi pu rencontrer Anastasios Economou, président du conseil d’administration des Young Presidents’ Organization (YPO), une communauté mondiale de dirigeants d’entreprise. © Photo DR

Le permafrost, ou pergélisol en français, a été l’objet d’alertes multiples de la part des scientifiques, mais cela n’a « pas suffi à inverser une tendance qui semble bel et bien aller dans le sens d’une catastrophe annoncée », a estimé Albert II

Peuples indigènes

Pour sa part, le prince Albert a évoqué la protection de l’environnement et le changement climatique, en centrant l’un des quatre discours prononcés en 48 heures sur le permafrost, c’est-à-dire les sols dont la température reste sous le seuil de 0 °C pendant au moins deux années consécutives. Le permafrost, ou pergélisol en français, a été l’objet d’alertes multiples de la part des scientifiques, mais cela n’a « pas suffi à inverser une tendance qui semble bel et bien aller dans le sens d’une catastrophe annoncée », a estimé Albert II. Evoquant « une forme de négligence » et même d’« indifférence » face à ces alertes, le prince a estimé que l’on retrouvait ces postures devant d’autres périls : « La situation de l’océan, par exemple. Certaines des menaces peuvent encore être évitées : il est donc plus que jamais nécessaire d’écouter ce que la science a à dire. »

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C’est aussi vers les populations concernées par le réchauffement climatique que sont allées les pensées du prince Albert, et notamment les peuples indigènes : « Ils ne sont pas responsables des dommages causés à leur environnement, mais ils en subissent bien plus que les autres les conséquences. Ils possèdent des connaissances qui auraient pu nous aider, et qui pourraient encore nous aider, à protéger leurs écosystèmes plus efficacement. Cela est particulièrement vrai dans les régions arctiques, où j’ai voyagé à plusieurs reprises, et où ma fondation entretient des partenariats fructueux avec plusieurs initiatives locales. Nous devons accorder davantage d’attention aux communautés qui y vivent, et qui sont directement menacées par les questions qui nous rassemblent aujourd’hui. »

Davos Forum économique
À l’occasion du forum de Davos, le 17 janvier 2024, le prince Albert II a pu échanger avec le premier ministre de Moldavie, Dorin Recean. © Photo DR

« S’il est probable que la fonte des glaces libère du méthane et du CO2, il est également probable que cela entraîne la résurgence d’anciennes bactéries et virus, contre lesquels nous ne sommes pas protégés. Ce lien entre santé et environnement est crucial. C’est crucial pour notre avenir, car des menaces inconnues pourraient bientôt survenir »

Le prince Albert II

« Humanité »

C’est enfin la connexion entre l’environnement et la santé qui a conclu le discours d’Albert II. Pour étayer son propos, il a pris un exemple concret : « S’il est probable que la fonte des glaces libère du méthane et du CO2, il est également probable que cela entraîne la résurgence d’anciennes bactéries et virus, contre lesquels nous ne sommes pas protégés. Ce lien entre santé et environnement est crucial. C’est crucial pour notre avenir, car des menaces inconnues pourraient bientôt survenir. Mais c’est aussi crucial pour notre capacité d’agir. » Toutefois, prenant appui sur la pandémie de Covid-19 et les réponses apportées par la science dans de courts délais, le prince Albert a souhaité y voir une raison d’espérer : « La crise du coronavirus nous a prouvé avec quelle rapidité et quelle efficacité l’humanité est capable de se protéger lorsque sa santé est directement menacée — bien plus efficacement que lorsque la planète est menacée. Espérons donc que la catastrophe du pergélisol, en révélant ces liens entre santé planétaire et santé humaine, nous incitera à agir rapidement et efficacement ! ».

C’est aussi vers les populations concernées par le réchauffement climatique que sont allées les pensées du prince Albert, et notamment les peuples indigènes : « Ils ne sont pas responsables des dommages causés à leur environnement, mais ils en subissent bien plus que les autres les conséquences »

« Fonds innovant »

À Davos, le prince Albert a aussi tenté de mobiliser les chefs d’entreprise internationaux, afin de travailler en réseau sur les sujets environnementaux. Il a rappelé le travail réalisé par sa fondation qui travaille depuis 2006 sur des partenariats public-privé, pour aider notamment les scientifiques à travailler sur la préservation de notre environnement. La création en 2015 du fonds fiduciaire environnemental MedFund, basé à Monaco, qui propose des financements durables pour la conservation de la biodiversité, a été cité en exemple. Spécifiquement dédié au financement des aires marines protégées de Méditerranée, le MedFund s’est donné pour objectif de soutenir 7 000 km² d’aires marines protégées sur une vingtaine de sites d’ici 2025. À ce jour [Monaco Hebdo bouclait ce numéro le 23 janvier 2024 — NDLR], le MedFund soutient 15 aires marines protégées, pour une surface totale de 6 400 km². Le prince Albert a aussi évoqué une autre initiative : le fonds mondial pour les récifs coralliens, créé avec la fondation Paul Allen (1953-2018), cofondateur de Microsoft, avec l’appui d’autres Etats, mais aussi des agences des Nations Unies et des financiers. Objectif : parvenir à réunir 2 milliards en faisant appel à la solidarité internationale. « Ce fonds innovant prévoit de lever 125 millions de dollars de subventions et 500 millions de dollars d’actifs financiers, qui, ensemble, permettront de débloquer plus de deux milliards de dollars d’investissements au profit des récifs coralliens », a souligné Albert II. Parmi les autres actions à mener, le prince a également évoqué l’identification de « projets adaptés, en offrant une expertise scientifique et de terrain à tous ceux qui souhaitent s’impliquer ». La mise en place du fonds ReOcean entre dans ce cadre, a rappelé le chef d’Etat : « L’objectif est de récolter 100 millions d’euros pour le développement d’entreprises porteuses de projets positifs. Réduire la pollution des océans, protéger les écosystèmes, changer notre façon de produire des aliments dérivés des océans, ou encore développer un transport maritime plus durable… » Dans la même logique, la création de l’Ocean Innovators Platform, qui regroupe les acteurs innovants de l’économie maritime, a également été mise en avant : « Il rassemble entrepreneurs et investisseurs en leur offrant une expertise et un retour d’expérience scientifiques solides. »

« Liberté individuelle »

Le prince Albert a terminé son intervention en évoquant la dimension politique de cette action environnementale. Refusant d’opposer le monde de l’entreprise et la préservation de la nature, Albert II a estimé qu’il était important de « réhabilitater le rôle des entreprises dans la poursuite d’un objectif commun : la protection de la planète Terre. Tous ensemble, nous devons dissiper l’idée selon laquelle la sensibilité à la nature est synonyme d’hostilité à l’égard des entreprises ». Poursuivant sa démonstration, Albert II est allé plus loin. « Nous connaissons la rhétorique selon laquelle le salut n’est qu’un déclin. Lequel ne peut envisager la protection de l’environnement qu’en rupture avec l’économie de marché — et avec ce qu’elle suppose et autorise en matière de liberté individuelle et de libéralisme politique. Cette rhétorique est mortelle », a estimé le prince Albert II, avant d’expliquer pourquoi : « Cela décourage les actions efficaces de nombreuses personnes animées de bonnes intentions. Elle incite les autres à adopter les solutions les plus radicales, qui ne sont pas toujours pertinentes. Et cela prive l’humanité de perspectives de progrès indispensables, alors que des milliards de nos contemporains ont droit à une vie meilleure, tout autant qu’à un environnement sain… ». Pour lui, il n’y a donc aucune autre alternative que de lutter contre cette ce positionnement : « Il faut le combattre, a repris le chef d’Etat. Nous devons encourager l’engagement des entreprises. »

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