vendredi 2 décembre 2022
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COP27 — Prince Albert II : « Les défis les plus importants sont concentrés dans la Méditerranée »

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À l’occasion de la 27ème conférence mondiale sur le climat qui se déroule à Charm El-Cheikh en Egypte jusqu’au 18 novembre 2022, le prince Albert II a appelé à réagir face au dérèglement climatique. Le ministre d’État, Pierre Dartout, a fait de même.

Depuis le 6 novembre 2022, et jusqu’au 18 novembre 2022, la 27ème conférence mondiale sur le climat, la COP 27, se tient à Charm El-Cheikh, en Egypte. Une délégation monégasque s’est rendue sur place, avec, à sa tête, le prince Albert II. Le 10 novembre 2022, le prince a pris la parole à deux reprises. D’abord sur le pavillon Science4ClimateAction, lors d’un panel consacré aux aires marines protégées. Puis, dans le cadre d’un événement mis en avant par sa fondation et par l’Union pour la Méditerranée, qui s’est aussi déroulé dans le cadre du pavillon Méditerranée, au sein de cette COP27. Rappelant le rapport spécial du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) dévoilé à Monaco en 2019, Albert II a rappelé combien ce document a démontré que l’océan était « la première victime du changement climatique », et qu’il était aussi primordial d’avoir un « océan en bonne santé dans notre combat pour limiter et atténuer ce changement. C’est ce qui nous réunit aujourd’hui ». Et pour le prince Albert, la Méditerranée constitue un modèle qu’il faut regarder attentivement : « Les défis les plus importants sont concentrés dans la Méditerranée. Les défis environnementaux et climatiques ne font pas exception, bien au contraire. Ils sont davantage accentués dans la Méditerranée que dans la plupart des autres régions du monde, avec de sérieuses menaces sur la biodiversité, et avec une hausse de la température estimée à 20 % de plus que la moyenne mondiale. »

« Hier, la Méditerranée était le symbole de l’avancement de la civilisation. Aujourd’hui, c’est le symbole du dysfonctionnement et de la tension mondiale. Demain, elle doit être le symbole de nouvelles solutions »

Le Prince Albert II

Medfund et Bemed

Face à ces « défis », les solutions à mettre en place sont nécessairement « collectives » et « audacieuses », a ajouté le prince Albert. Pour évoquer les mesures à lancer, un groupe de scientifiques et de professionnels a échangé à l’occasion d’une table ronde soutenue par la fondation prince Albert II, qui est à l’origine d’un certain nombre de projets et d’actions en Méditerranée. Il en a alors cité deux. D’abord Medfund, un fonds fiduciaire destiné à favoriser le bon fonctionnement des aires marines protégées en Méditerranée. « Son principe et sa gestion sont axés sur l’idée de promouvoir des zones de protection spéciale. L’objectif de la démarche est de favoriser la mobilisation de ressources financières à l’échelle méditerranéenne, en facilitant localement les opérations, ainsi que la mise en réseau et la promotion de la coopération entre les aires marines protégées soutenues », a expliqué Albert II. Puis, il a cité Bemed, une deuxième action qui lui tient particulièrement à cœur, et dans laquelle Monaco est impliqué depuis plusieurs années : « Son objectif est de soutenir des projets innovants de lutte contre la pollution plastique et ses effets en Méditerranée. BeMed travaille à deux niveaux. Le premier, très local, consiste à soutenir l’action sur le terrain. Le second, à l’échelle méditerranéenne, consiste à partager les expériences et à promouvoir les solutions qui ont prouvé leur efficacité auprès des entreprises concernées. »

Les solutions à mettre en place sont nécessairement « collectives » et « audacieuses », a ajouté le prince Albert. Pour évoquer les mesures à lancer, un groupe de scientifiques et de professionnels a échangé à l’occasion d’une table ronde soutenue par la fondation prince Albert II, qui est à l’origine d’un certain nombre de projets et d’actions en Méditerranée

Pierre Dartout COP27
« Face aux défis, multiples et interconnectés, auxquels nous nous trouvons confrontés, la principauté renouvelle sa totale confiance dans le multilatéralisme. » Pierre Dartout. Ministre d’État © Photo DR

« Ensemble »

Ensuite, c’est à nouveau sur la notion « d’actions collectives » qu’Albert II a insisté, estimant que rien ne sera possible si cela ne « s’inscrit pas dans une vision plus large ». Chaque apport compte, si minime soit-il, a jugé le chef d’État monégasque. Face à l’ampleur de la tâche, il ne faut négliger aucune contribution, a, en substance, avancé le prince Albert : « Nos actions isolées ne suffiront pas à sauver la planète. Mais nous savons aussi que chacune d’entre elles est utile, voire indispensable. D’autre part, nous avons besoin de travailler ensemble, de manière à favoriser la cohérence et la complémentarité entre nos initiatives. » Avec un objectif simple : optimiser les effets de chacune de ces initiatives. C’est sur une note volontariste et politique qu’Albert II a conclu son intervention. Estimant que la Méditerranée « peut et doit être à nouveau un laboratoire pour notre monde », il a rappelé que « hier, c’était le symbole de l’avancement de la civilisation. Aujourd’hui, c’est le symbole du dysfonctionnement et de la tension mondiale. Demain, elle doit être le symbole de nouvelles solutions ».

« La communauté humaine se trouve à un carrefour. Le chemin que nous prendrons, ensemble, au cours des prochaines années, dessinera la trajectoire de l’humanité »

Pierre Dartout. Ministre d’État

Efforts

Quelques jours plus tôt, lors de l’ouverture de cette COP27, le 9 novembre 2022, c’est le ministre d’État de Monaco, Pierre Dartout, qui a pris la parole. Évoquant une « période mouvementée », marquée par la poursuite de la pandémie de Covid-19 et par la guerre en Ukraine, il a appelé à ne pas « négliger le combat climatique qui doit rester l’une des priorités pour les gouvernements du monde entier ». Avant d’ajouter : « Cette conférence est annoncée comme la COP de la mise en œuvre. Après l’ère des négociations, nous entrons dans l’ère du « faire ». Et il va sans dire que nous devons, en tant que communauté humaine, faire plus, faire mieux, et surtout, faire vite, pour que nos sociétés respectent la trajectoire fixée par l’accord de Paris ». Pour Pierre Dartout, l’objectif de plafonnement du réchauffement climatique à hauteur de 1,5 degré est une priorité qui doit être portée par chaque pays, du plus grand au plus petit : « Il s’agit, ni plus ni moins, de saisir la dernière opportunité qui nous est offerte de construire un avenir durable pour les générations futures ». Le ministre d’État a rappelé qu’à son échelle, Monaco fait sa part. Des objectifs ont été pris par la principauté : « -55 % d’émissions de gaz à effet de serre en 2030 pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Aujourd’hui, 65 % de l’énergie consommée à Monaco est d’origine renouvelable. » Pierre Dartout a aussi rappelé que le fioul a été interdit dans les bâtiments de la principauté, et que le gouvernement déploie de nouvelles boucles thalassothermiques, afin de « garantir la fourniture d’une énergie thermique renouvelable pour alimenter les bâtiments en chauffage, climatisation et en eau chaude ». Mobilité douce, transports en commun, limitation de l’utilisation de produits en plastique à usage unique, dispositif de subventions renforcées pendant la crise du Covid-19 pour faciliter la transition énergétique des particuliers comme des entreprises, injection de 25 millions d’euros de plus dans le fonds vert national, investissements dans la production d’énergies renouvelables à Monaco et à l’étranger, accélération de la décarbonation du fonds souverain de la principauté… Le ministre d’État a détaillé et mis en avant les efforts réalisés par Monaco.

COP 27 pavillon méditerranéen
Évoquant une « période mouvementée », marquée par la poursuite de la pandémie de Covid-19 et par la guerre en Ukraine, Pierre Dartout a appelé à ne pas « négliger le combat climatique qui doit rester l’une des priorités pour les gouvernements du monde entier. » © Photo Union pour la Méditerranée / FPA

« Outils »

Quant au nouvel objectif collectif de financement post-2025 pour les pays en développement, c’est un sujet extrêmement important a jugé Pierre Dartout, qui a souhaité que ce financement soit « ambitieux et adapté aux réels besoins des communautés vulnérables ». Tout en rappelant qu’en principauté, « la majorité des financements climatiques internationaux, entièrement délivrés sous forme de dons, est dédiée à l’adaptation et à la construction de la résilience des populations ». Canicules à répétition, sécheresses, inondations, érosion côtière… Le dérèglement climatique fait en effet grandir les inégalités entre les pays en voie de développement et les pays développés. La dette climatique du Nord vis-à-vis du Sud reste un sujet de tension. Alors que les pays en développement ont un poids très limité dans le réchauffement climatique, ils doivent en assumer les effets de façon très lourde. La sécheresse et la famine qui menacent en Afrique de l’Est ou les inondations au Pakistan, l’ont récemment démontré. Nommé « pertes et dommages », ce dossier reste sensible, alors que les chiffres alarmants se multiplient. Dans un rapport publié le 24 octobre 2022 (1), Oxfam a indiqué qu’en moyenne 189 millions de personnes ont été concernées, chaque année, par des événements extrêmes dans les pays en développement depuis 1991. Au niveau mondial, pour avancer et pour peser réellement, il faut nécessairement que la prise de conscience et l’effort soient collectifs, a souligné à son tour le ministre d’État : « Face aux défis, multiples et interconnectés, auxquels nous nous trouvons confrontés, la principauté renouvelle sa totale confiance dans le multilatéralisme. » Puis, regardant devant, Pierre Dartout a plaidé pour qu’un « accord ambitieux et transformateur » soit adopté à l’occasion de la COP15 de la convention sur la diversité biologique, qui se déroulera à Montréal du 7 au 19 décembre 2022. Pour le ministre d’État de la principauté, les travaux dans ces deux forums ne peuvent et ne doivent être considérés « qu’en symbiose. Et notre réussite dans l’adoption d’un cadre mondial de la biodiversité pour l’après-2020 nous donnerait, de fait, de formidables outils pour lutter contre les effets du changement climatique ». Pour conclure son intervention, Pierre Dartout a estimé que « la communauté humaine se trouve à un carrefour. Le chemin que nous prendrons, ensemble, au cours des prochaines années, dessinera la trajectoire de l’humanité ».

1) Le rapport d’Oxfam est à lire ici.

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Monaco Hebdo