vendredi 27 mai 2022

COP ou pas cap ?

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Alors que Paris est encore sous le choc des attentats du 13 novembre, la conférence de Paris sur les changements climatiques aura bien lieu du 30 novembre au 11 décembre. Près de 120 chefs d’Etats, dont le Prince Albert, seront présents. Après l’échec du sommet de Copenhague en 2009, un accord pourra-t-il être trouvé ?

 

Le doute concernant l’organisation de la 21ème Conférence des Parties (COP21) sur les changements climatiques n’aura pas duré longtemps. Après les terribles attentats du 13 novembre à Paris, le premier ministre français, Manuel Valls, a très vite indiqué qu’elle ne serait pas remise en question, mais que les manifestations citoyennes prévues en marge de la COP21 seraient annulées. Le gouvernement français souhaite éviter toute prise de risque mais les acteurs de la société civile sont forcément déçus et essaient de trouver des parades. Mathieu Orphelin, porte-parole de la fondation Nicolas Hulot s’est confié à Rue89 et à L’Obs’ : « On n’a pas le droit de baisser les bras, mais là, ce sont plusieurs mois de boulot avec toutes les associations qui tombent à l’eau. On en était à un niveau d’organisation collective colossal. »

 

« Inquiétude »

Anne-Sophie Novel, journaliste, spécialiste des questions de développement durable, de l’économie collaborative et des médias sociaux, se prépare aussi depuis longtemps à cette COP21. Pour son projet Place to B, elle voulait proposer un espace de résidence et de “coworking” avec une programmation d’événements autour du climat et des solutions à la transition écologique. Une journée consacrée aux océans était prévue. « On avait prévu un système d’accréditation et de sécurité, explique cette jeune femme. Mais à Paris, l’ambiance est encore triste. Si on n’a pas été touché directement par ces attentats, on a quelqu’un dans notre entourage qui connaît une personne qui a été tuée ou blessée. C’est une génération entière qui a été touchée. Et puis, il y a aussi une forme de peur. Même si on dit qu’on reste en terrasse pour boire du champagne, il reste une vraie inquiétude. Avec en plus un contexte politique assez tendu. » Il n’empêche. Environ 20 000 acteurs de la société civile devraient être à Paris pour cette COP21. Ils seront cantonnés au Bourget dans un lieu de 27 000 m2 où une centaine d’organisations devraient être réunies. En dehors de cet espace, c’est plus compliqué. Les rassemblements seront possibles « dans les espaces fermés et aisément sécurisables », a indiqué le secrétariat de la COP21 dans un communiqué. En revanche, les marches du 29 novembre et du 12 décembre, en clôture des négociations, ont été annulées. Il faut rappeler qu’en France l’état d’urgence a été prolongé de 3 mois par l’Assemblée nationale, Manuel Valls a évoqué le 19 novembre un risque d’attaques chimiques ou bactériologiques. La présence de près de 120 chefs d’Etats, dont le Prince Albert, ne peut que pousser à l’inquiétude. S’attaquer à la COP21 serait symboliquement fort et donnerait aux terroristes une caisse de résonance mondiale. Mais les observateurs interrogés par Monaco Hebdo sont tous d’accord : annuler cette COP21 reviendrait à donner un signal fort aux jihadistes : la victoire de la peur et de l’obscurantisme sur la raison et la tolérance.

Anne-Sophie Novel. © Photo DR

« Engagement »

Cette année, le principal enjeu, c’est de prolonger les accords de Kyoto et de parvenir à un accord contraignant qui permette de limiter le réchauffement climatique à seulement 2°. Les Etats qui ont signé la convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) adoptée en 1992 en clôture du sommet de la terre à Rio, sont tous appelés à se prononcer et donc à décider. Cette convention insiste sur l’existence « d’un changement climatique d’origine humaine et donne aux pays industrialisés le primat de la responsabilité pour lutter contre ce phénomène », rappelle le site officiel de la COP21. Les Conférences des Parties (COP) se déroulent donc chaque année pour réajuster et définir les mesures à prendre par les Etats signataires, pour qu’ils puissent parvenir à faire baisser leur impact sur le réchauffement climatique. Les décisions doivent être votées à l’unanimité des parties, c’est-à-dire des pays présents, ou par consensus. Cette année, l’objectif est donc d’arriver à un accord « universel et contraignant » qui prendra effet à partir de 2020. « Chaque pays, quelle que soit sa taille, dispose d’une voix », rappelle Anne-Sophie Novel. Ce qui donne donc à Monaco le même poids que n’importe quel autre pays. Il faut aussi prendre en considération l’influence des lobbies. Car la décision n’appartient pas uniquement aux politiques, aux industriels et aux ONG. Et certains dénoncent d’ailleurs l’affairisme qui pèserait sur cette COP21. « Une entreprise spécialisée dans les énergies propres aura forcément envie d’être présente pendant cette COP21 pour vendre ses produits, explique Anne-Sophie Novel. Mais il ne faudrait pas que ça enferme ces négociations dans une vision bilatérale qui soit dommageable à d’autres alternatives qui existent, mais qui sont moins considérées. »

 

Fonds vert

C’est surtout le financement de ces mesures qui risque de tendre les débats. Estimé à 100 milliards de dollars par an pour l’ensemble des pays, ce financement pourrait être un point de blocage pour certains. « Au sommet de Copenhague en 2009, les pays s’étaient engagés à mobiliser dans un fonds vert 100 milliards de dollars par an d’ici 2020. Il faudra confirmer cette mesure, voire même l’augmenter », nous a indiqué le Prince Albert dans l’interview que nous publions dans ce numéro. Ce fonds vert pour le climat est destiné à aider les pays pauvres à lutter contre le réchauffement climatique. « La Principauté a mis en place un fonds vert national qui sera crédité de 5 millions d’euros en 2016 », a expliqué Albert II. Est-ce que les tensions internationales liées notamment aux attentats peuvent peser négativement sur cette COP21 ? Pas si sûr, espère Anne-Sophie Novel qui rappelle que « le processus de négociation est étendu dans le temps et des équipes travaillent sur des textes depuis plusieurs années. » Une pause. Puis elle reprend : « Ce qui a posé problème à Copenhague en 2009, ce sont les Etats-Unis et la Chine, deux gros pays qui avaient refusé de s’engager. Mais cette fois, la donne a changé. » Car cette fois, tout le monde semble persuadé : il faut agir. Anne-Sophie Novel insiste : « Depuis 2000, on enregistre des records de température. Désormais, chaque année risque d’être l’année la plus chaude que l’on ai jamais vécue. »

 

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Monaco Hebdo