Après des semaines d’inquiétude, les commerçants du marché de la Condamine ont découvert avec soulagement leur nouveau cadre de travail provisoire. Si l’organisation et l’écoute de la mairie sont saluées, la perspective d’une année économiquement difficile persiste, tout comme les incertitudes sur l’après. Par Mélicia Poitiers
Il y a encore quelques semaines, l’appréhension dominait largement. À l’approche de leur déménagement forcé hors de la halle historique, les commerçants du marché de la Condamine redoutaient une désorganisation totale, une chute brutale de la fréquentation et des conditions de travail dégradées. Après les premiers jours d’exploitation du village provisoire installé place d’Armes, le ton est plus mesuré et le soulagement palpable. Il y a encore quelques semaines, l’appréhension dominait largement. À l’approche de leur déménagement forcé hors de la halle historique, les commerçants du marché de la Condamine redoutaient une désorganisation totale, une chute brutale de la fréquentation et des conditions de travail dégradées. Après les premiers jours d’exploitation du village provisoire installé place d’Armes, le ton est plus mesuré et le soulagement palpable.
Certains professionnels notent tout de mêmes des contraintes nouvelles. À la Maison des Pâtes, on évoque notamment le froid et une ergonomie dégradée liée à l’étroitesse des chalets. Les frigos, placés en partie basse, nécessitent par ailleurs de se baisser constamment
« On est satisfaits et les clients aussi »
« C’est très bien, les chalets sont très beaux, bien optimisés, ils ont été à l’écoute de nos besoins », témoigne Virginie Vassallo, responsable de la boutique A Roca. Comme beaucoup, elle a dû composer avec une surface réduite, mais elle se dit soulagée d’avoir pu, contre toutes attentes, conserver la même gamme de produits. Céline Ferrandico, qui tient une épicerie fine Glad10 depuis un peu plus d’un an, observe même un regain de curiosité autour de cette nouvelle configuration. « Ça a attisé l’intérêt des gens », assure-t-elle. Même satisfaction du côté d’Anthony Rinaldi, dont la poissonnerie a été relogée dans l’ancien pavillon Topaze. « C’est super bien fait. On est satisfaits et les clients aussi », assure-t-il.
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Quant à José Maestra, président de l’association des commerçants, il souligne la bonne organisation du réaménagement et il se réjouit que l’aspect convivial du marché a pu être préservé. Certains professionnels notent tout de même des contraintes nouvelles. À la Maison des Pâtes, on évoque notamment le froid et une ergonomie dégradée liée à l’étroitesse des chalets. Les frigos, placés en partie basse, nécessitent par ailleurs de se baisser constamment.
L’absence d’activité pendant le Grand Prix de Monaco cristallise les craintes des commerçants. La mairie a besoin d’une place d’Arme totalement vidée pour la louer à l’Automobile Club de Monaco (ACM), qui y installe chaque année une “fan zone“

Et les maraîchers ?
Chez les maraîchers, l’espace plus resserré est globalement bien accepté. « On est un peu plus entassés qu’avant, mais c’est ça un marché : ça doit être un peu foisonnant. Ca nous convient », sourit Michèle Croesi, présente sur le site depuis dix ans. Elle souligne, par ailleurs, l’implication de Marjorie Crovetto, adjointe au maire déléguée au domaine communal – commerces, halles et marchés, venue à plusieurs reprises s’assurer que tout se déroulait correctement.
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Seule ombre au tableau : les horaires. « On aimerait vraiment pouvoir rester jusqu’à 12 h 30, au moins le week-end, car on perd les clients qui arrivent sur le tard », explique-t-elle.
Des chiffres déjà en baisse
Au-delà des ajustements du quotidien, une inquiétude plus structurelle domine : l’impact global de cette année de transition sur la santé financière des commerçants. Pour Anthony Rinaldi comme pour José Maestra, une baisse du chiffre d’affaires a déjà été constatée. Ils préfèrent toutefois attendre quelques semaines avant de dresser un bilan définitif, la météo maussade des premiers jours d’exploitation ayant pu jouer un rôle dans cette chute. Notons que pour booster la fréquentation, la mairie de Monaco organise, tous les premiers jeudis du mois, une soirée avec de la musique “live”.

« Une année en perte, dans tous les cas »
L’absence d’activité pendant le Grand Prix de Monaco cristallise les craintes des commerçants. La mairie a besoin d’une place d’Arme totalement vidée pour la louer à l’Automobile Club de Monaco (ACM), qui y installe chaque année une “fan zone”. Entre démontage des installations, “fan zone”, puis remontage des structures, les commerçants se retrouveront sans activité pendant trois longues semaines. « Beaucoup d’entre nous travaillent aussi en dehors du marché pour le Grand Prix, avec des livraisons dans les paddocks, sur les yachts, etc. Mais là, on ne pourra pas, non plus, effectuer ces activités annexes, puisque nous n’avons même pas d’ateliers pour préparer », regrette José Maestra qui anticipe un gros manque à gagner. À cela s’ajoutent les deux jours de fermeture qui ont eu lieu lors de l’installation des chalets et les jours de pluie pendant lesquels la fréquentation sera logiquement très réduite. « La prise en charge des loyers par la mairie représente un soutien non négligeable — environ 15 000 euros par an pour ma part —, près de vingt jours sans activité suffisent déjà à dépasser ce gain financier, poursuit-il. Ce sera une année à perte dans tous les cas. ».
Les commerçants ont sollicité le gouvernement
À ce jour, les commerçants n’ont toujours pas reçu de réponse officielle de la municipalité concernant une éventuelle indemnisation spécifique relative à ces trois semaines sans activité. Mais les signaux ne sont guère rassurants. Comme une bouteille à la mer, ils ont alors adressé une lettre au département des finances et de l’économie, afin de solliciter une aide de l’État monégasque, en prenant soin de mettre les élus du Conseil national en copie. Le gouvernement monégasque n’a pas encore donné sa position, mais les propos récemment tenus par le conseiller-ministre des finances, Pierre-André Chiappori, dans le cadre de l’étude du budget primitif 2026 ne laissent rien présager de bon. « Le cas de Fontvieille est extraordinaire. Le gouvernement en a conscience, et il a donc mis en place une aide exceptionnelle et contextuelle. Cette aide est vraiment liée à la situation particulière de Fontvieille. Il ne faut donc pas en conclure que cette aide va s’appliquer à tous les commerçants », avait-il prévenu. De son côté, Corinne Bertani, élue du Conseil national en charge des commerces, assure suivre le dossier de près, sans pour autant vouloir interférer sur ce point.

Incertitudes sur l’après
Autre source d’angoisse latente : l’après-travaux. Les concessions des commerçants se sont, de manière très pratique, terminées le 31 décembre 2025. Tous ont obtenu une concession provisoire le temps des travaux, sauf le bar le Zinc, qui a ainsi été écarté du futur projet [à ce sujet, lire notre encadré, par ailleurs]. Si la mairie a publiquement promis aux commerçants actuels qu’un emplacement dans la halle rénovée leur serait réservé, certains commerçants regrettent le flou concernant le montant des futurs loyers. Seront-ils revus à la hausse du fait de la montée en gamme de la halle ? Interrogé sur ce point fin 2025, Georges Marsan avait botté en touche, indiquant qu’il était « trop tôt pour répondre à cette question ». De son côté, José Maestra prévient : « On sortira d’une année déjà compliquée financièrement et on aura probablement quelques frais pour se réinstaller dans les halles. Si les loyers augmentent de manière conséquente, on sera obligés d’adapter nos offres et nos prix… et ce sont les locaux qui y perdront ».
« Beaucoup d’entre nous travaillent aussi en dehors du marché pour le Grand Prix, avec des livraisons dans les paddocks, sur les yachts, etc. Mais là, on ne pourra pas, non plus, effectuer ces activités annexes, puisque nous n’avons même pas d’ateliers pour préparer »
José Maestra. Président de l’association des commerçants
Le Zinc, une disparition qui continue de faire débat
Le 15 janvier 2026, alors que les commerçants quittaient leurs locaux pour s’invstaller dans les nouvelles structures éphémères mise en place par la mairie de Monaco, le bar Le Zinc, lui, fermait définitivement ses portes. Cet établissement n’a pas poursuivi son activité dans un autre lieu, ses dirigeants ont en effet estimé que leur offre était indissociable de son implantation historique à la Condamine. Pour rappel, cette fermeture fait suite à la décision de la mairie de ne pas renouveler la convention d’occupation du domaine public accordée à cette institution locale, installée depuis les années 1970. Pour expliquer ce choix, elle s’est appuyée sur la consultation publique qui a été menée auprès des usagers. « Au regard des attentes de la population, il semblerait que ce type d’établissement ne soit plus en phase avec les ambitions du projet. Il existe toutefois une véritable demande pour un commerce qui proposerait des vins fins, avec une activité de caviste », avait assuré Marjorie Crovetto, deuxième adjointe au maire, chargée notamment du cadre de vie, de l’environnement et du développement durable. Une justification qui a du mal à passer chez certains commerçants et clients. Ces derniers dénoncent notamment l’absence de vérification de l’identité des répondants, ainsi que la possibilité de participer plusieurs fois à la consultation. Au total, 1 027 participants ont été enregistrés. Au moment de l’annonce de la fermeture du Zinc, une pétition lancée en ligne pour tenter de sauver l’établissement a recueilli 2015 signatures qui, elles, étaient nominatives. La pétition était hébergée sur la plateforme Change.org, qui, de son côté assure « vérifier que les signatures proviennent de personnes réelles et qu’il n’y ait pas de doublon ».M.P.



