Alors que les commerçants du marché de la Condamine ont pris leurs marques dans leur nouvelle installation provisoire, Marjorie Crovetto, deuxième adjointe au maire en charge notamment du cadre de vie, revient sur les choix opérés par la municipalité et les solutions envisagées pour limiter les conséquences de cette année hors les murs. Elle évoque aussi les tarifs des cabines rénovées, qui seront facturées environ une fois et demie de plus qu’auparavant. Propos recueillis par Mélicia Poitiers
Quel bilan tirez-vous des premières semaines d’installation provisoire ?
Globalement, un bilan très satisfaisant. Je tiens d’ailleurs à remercier les commerçants et les maraîchers, car tout le monde a joué le jeu et y a mis du sien. Un véritable travail de fond a été mené en amont : lorsque l’installation a débuté nous avons essayé de répondre à l’ensemble de leurs attentes, de régler leurs petits tracas. Nous avons fait du sur-mesure, avec beaucoup d’adaptations en temps réel. Globalement, un bilan très satisfaisant.
« Nous étudions la possibilité de recréer un petit marché ailleurs […]. Nous sommes actuellement à la recherche d’un lieu à Monaco. En parallèle, certains commerçants pourront être accueillis sur le marché de Monte-Carlo pendant les trois semaines »
Et du côté de la clientèle, quels retours avez-vous eus ?
Ils sont très positifs. Les clients ont retrouvé leurs commerçants, parfois au terme d’un petit « jeu de piste » puisque les habitudes ont été bousculées. Mais cela a aussi permis à certains de découvrir ou redécouvrir des stands. Au final, c’est une belle surprise pour beaucoup : la population a conservé son marché, et les commerçants leur outil de travail.
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La météo a-t-elle pesé sur la fréquentation ?
C’est probable, malheureusement. On a essayé de tout anticiper, mais pour le temps nous n’avons rien pu faire… La semaine dernière, par exemple, les conditions étaient particulièrement mauvaises. Cela dit, les kiosques permettent aux clients d’être abrités lorsqu’ils attendent, et nous avons été agréablement surpris de voir qu’à l’heure du déjeuner, sous les parasols, c’était plein. Le soir, en revanche, c’est un peu plus compliqué, c’est notamment pour ça que l’on essaie d’organiser des événements pour booster un peu la fréquentation, mais le marché fait toujours partie des “place to be” [lieu incontournable — NDLR] et c’est l’essentiel.
Certains commerçants évoquent néanmoins une baisse d’activité ?
C’est précisément pour ça que la mairie a décidé de les exonérer de loyers, ainsi que des charges d’eau et d’électricité pendant toute la durée des travaux.
« Les commerçants ont compris qu’il n’y aurait pas probablement pas d’indemnité financière, à proprement parler. Nous souhaitons surtout faire en sorte qu’ils ne soient pas sans activité »

Entre le 24 mai et le 14 juin 2026, les commerçants n’auront aucune activité, à cause de l’installation de la “fan zone”, l’espace réservé aux fans, du Grand Prix de Monaco : est-ce qu’il n’aurait pas été possible de la mettre ailleurs, cette année ?
Bien sûr, nous aurions préféré qu’elle soit installée ailleurs, dans le cadre de cette année particulière, mais aucune alternative satisfaisante n’a été trouvée. La mairie loue chaque année la place d’Armes à l’Automobile Club de Monaco (ACM) dans le cadre d’une convention d’occupation. Ce n’est pas un choix, mais une obligation : le Grand Prix va de pair avec la “fan zone”.
Combien l’ACM paie-t-il à la commune dans le cadre de cette convention d’occupation ?
C’est un forfait pour les trois semaines qui convient aux deux parties. Je ne préfère pas en divulguer le montant.
« Lors des rendez-vous individuels, nous leur avons communiqué le montant des loyers des futures cabines. Il y aura trois tailles différentes, pour un tarif de 70 euros TTC par mètre carré et par mois, soit environ une fois et demie le loyer précédent, qui était de 45 euros TTC par mètre carré et par mois. Cela reste raisonnable »
Quand la mairie donnera-t-elle une réponse officielle concernant leur demande d’indemnisation pour ces trois semaines sans activité ?
Cela ne devrait plus tarder, mais les commerçants ont compris qu’il n’y aurait probablement pas d’indemnité financière à proprement parler. Nous souhaitons surtout faire en sorte qu’ils ne soient pas sans activité.
Comment ?
Nous étudions la possibilité de recréer un petit marché ailleurs, avec au minimum le fleuriste, les maraîchers et Solis Bio. Nous sommes actuellement à la recherche d’un lieu à Monaco. En parallèle, certains commerçants pourront être accueillis sur le marché de Monte-Carlo pendant les trois semaines. Il est un peu excentré, mais il reste de la place, et c’est toujours préférable à une interruption totale d’activité. Comme nous gérons également ce marché, la mise en place est simple en interne.
Quoi d’autre ?
Par ailleurs, un espace de stockage sec sera mis à disposition de l’ensemble des commerçants et maraîchers à l’espace Léo Ferré. Un espace de stockage froid est aussi prévu pour les maraîchers et les commerçants installés sous le barnum [3 Tapas, le fromager, le boucher et l’épicerie fine — NDLR]. En revanche ils ne pourront pas y faire de préparations. Le poissonnier est, quant à lui, moins impacté, puisqu’il se trouve dans une structure pérenne qui ne sera pas démontée. Il pourra donc rester ouvert pendant les phases de démontage et de remontage.
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Pendant le Grand Prix, où seront stockés les chalets des commerçants ?
L’ACM mettra à disposition de la mairie l’une de ses zones de stockage en Italie.
Au total, que représente l’enveloppe de soutien financier mise en place pour les commerçants dans le cadre des travaux de la halle ?
Cette enveloppe représente moins d’un quart du coût total du projet. En 2026, 13,3 millions d’euros seront prélevés sur le fonds de réserve de la mairie pour cette opération. Mais le coût total des travaux est supérieur à ce montant. Le montant de l’enveloppe de soutien est d’environ 2,5 millions. Elle comprend notamment la location et l’équipement des structures provisoires.
Quel est le coût total de ce chantier ?
Nous n’avons pas le montant définitif, car certains lots n’ont pas encore été évalués. Il serait donc prématuré de vous donner un montant total : 13,3 millions, c’est uniquement sur l’exercice 2026 et sans l’indemnisation des commerçants.
« Nous avons réalisé des projections pour voir ce que ça donnerait si les commerçants reportaient l’augmentation du prix des loyers sur les produits. L’impact serait infime, de l’ordre de dix centimes par article »
Les commerçants s’inquiètent aussi des montants des futurs loyers dans la halle rénovée ?
Ils les connaissent déjà. Lors des rendez-vous individuels, nous leur avons communiqué le montant des loyers des futures cabines. Il y aura trois tailles différentes, pour un tarif de 70 euros TTC par mètre carré et par mois, soit environ une fois et demie le loyer précédent, qui était de 45 euros TTC par mètre carré et par mois. Cela reste raisonnable. Aucun commerçant ne nous a fait part d’une inquiétude ou d’un refus.
Craignez‑vous que la hausse des loyers se répercute sur les prix chez les commerçants ou comptez‑vous, au contraire, viser une offre plus haut de gamme ?
Ça n’est absolument pas ce que nous voulons. C’est précisément pour cela que nous avons choisi de conserver les mêmes commerçants dans la future halle. Sinon, nous aurions fait d’autres choix. Nous sommes pleinement satisfaits de leur offre et nous souhaitons maintenir les mêmes produits. Pour conserver une clientèle locale, il est important de ne pas trop s’en éloigner. Nous avons réalisé des projections pour voir ce que ça donnerait si les commerçants reportaient l’augmentation du prix des loyers sur les produits. L’impact serait infime, de l’ordre de dix centimes par article. La fixation des prix reste libre, bien entendu, et nous ne pourrons pas intervenir là-dessus. Mais nous sensibilisons les commerçants à cette question, car nous entendons parfois que les prix sont trop élevés.
En revanche, le bar le Zinc a définitivement fermé ?
Oui, mais un appel d’offres sera lancé fin mars-début avril 2026 pour l’installation d’un bar, avec une activité de caviste au sein de la future halle. J’ai personnellement rencontré les exploitants du Zinc juste avant la fermeture et je les ai invités à y participer.



