mercredi 29 avril 2026
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Projet de métro Nice-Monaco-Vintimille : Philippe Tabarot dit « non »

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Alors que le projet de métro Nice-Monaco-Vintimille avait été évoqué pour la première fois par le gouvernement monégasque en octobre 2020 devant les élus du Conseil national, le ministre des Transports français Philippe Tabarot a décidé de mettre un terme à cette initiative. Trop cher, pas viable financièrement ni techniquement, ce dossier comporte aussi des incertitudes au niveau foncier, a estimé Philippe Tabarot.

L’idée d’un métro entre Nice, Monaco et Vintimille aura donc existé cinq ans. Evoqué pour la première fois à l’occasion d’une séance budgétaire devant les élus du Conseil national le 8 octobre 2020 par la conseillère-ministre pour l’équipement, l’environnement et l’urbanisme, Marie-Pierre Gramaglia, ce dossier a donc vécu [à ce sujet, lire notre article Bientôt un métro entre Nice et Monaco ?, publié dans Monaco Hebdo n° 1169 — NDLR]. En effet, dans une interview accordée à Nice-Matin le 22 novembre 2025, le ministre français des transports, Philippe Tabarot, a balayé d’un revers de la main ce projet.

2020

En octobre 2020, Marie-Pierre Gramaglia avait évoqué devant les conseillers nationaux un métro souterrain qui relierait Nice Riquier et l’îlot Charles III, tout en passant par la Brasca, à Eze, où un parking devrait être livré. Cette annonce avait surpris les élus. L’idée aurait alors été de laisser sa voiture à la Brasca et d’emprunter ce métro pour entrer ensuite dans Monaco. Il avait aussi été envisagé que le tracé soit prolongé jusqu’à Saint-Roman, et cela, toujours en souterrain. « Ce projet a déjà bien avancé au niveau des études, avait alors expliqué Marie-Pierre Gramaglia. Bouygues et Vinci travaillent déjà sur ce sujet. Ils ont des projets structurés, qui doivent nous être présentés. » Si, à l’époque, les élus avaient été stupéfaits par cette annonce, ils se sont ensuite montrés séduits par ce projet, capable d’apporter, selon eux, une solution durable face aux embouteillages qui paralysent Monaco le matin et le soir aux heures de pointe. A son tour, la Fédération des entreprises monégasques (Fedem) a appuyé ce projet, avant de le faire officiellement et publiquement lors d’une conférence de presse organisée en septembre 2025 [à ce sujet, lire notre article La Fedem creuse l’idée d’un métro transfrontalier pour désengorger Monaco, publié dans Monaco Hebdo n° 1390 — NDLR]. Prenant pour exemple Lausanne, qui a réalisé 52 kilomètres de tunnels pour créer son métro alpin, le président de la Fedem, Philippe Ortelli avait alors estimé le coût de ce chantier à 4 milliards d’euros, sans livrer ses sources, jugeant ce dossier amortissable « sur un siècle, comme partout dans le monde pour ce type d’infrastructure », avec l’aide de subventions européennes et un recours à la dette.

Tremie Cap d'Ail
C’est aussi vers des projets plus locaux que le ministre des transports français a renvoyé Monaco. […] Comme la trémie de Cap d’Ail, à double sens, sur la moyenne corniche [notre photo — NDLR] ou celui de la Brasca, un dossier estimé à 1,2 milliard d’euros, qui repose sur un parking de dissuasion de 3 500 places et un métro pour desservir Fontvieille et la place d’Armes. © Photo DR

Le ministre des transports français, Philippe Tabarot,
a mis un terme à ce projet, le jugeant, entre autres, « pas réaliste », « impossible », et « pas raisonnable », et cela « aussi bien en termes de coûts que d’emprise foncière. Ce n’est pas viable financièrement, techniquement »

2025

En octobre 2025, à l’occasion des débats budgétaires au Conseil national, le ministre d’Etat, Christophe Mirmand, avait temporisé : « Le train est une solution d’avenir […]. La France, via le ministre démissionnaire des Transports, Philippe Tabarot, ne priorise pas ce projet, et nous ne pouvons pas imposer seuls des tracés ou gares à nos voisins. » Pas convaincu du tout, le président du Conseil national, Thomas Brezzo, avait répondu : « Le TER Sud-Azur est une punition pour les pendulaires. Un train supprimé, c’est l’engorgement assuré, car il y a trop peu de rames longues. Penser que deux rames et l’ERTMS [European rail traffic management system, le système européen de gestion du trafic ferroviaire qui sera déployé progressivement sur la ligne Marseille–Ventimille, avec la mise en service d’une première section fin 2027 — NDLR] suffiront, est illusoire. » De son côté, le vice-président du Conseil national, Jean-Louis Grinda, a insisté : « Refuser une simple étude est inacceptable. » Dans Monaco-Matin,  le 17 novembre 2025, le prince Albert II s’est montré très prudent à l’égard de cette idée de métro : « Tout le monde veut que nous accélérions, mais cela ne peut se faire qu’avec la France comme partenaire essentiel [l’Italie aurait aussi été sollicitée, le projet évoquant de relier Vintimille à ce métro — NDLR]. Et avoir une certaine responsabilité en phase avec la réalité économique. Si ce n’est pas une priorité, pour l’instant, pour l’Etat français, il faut que nous attendions. On ne peut pas prendre l’initiative. Et peut-être commencer par faire des études plus sérieuses, mais qui les paiera ? Ce n’est pas forcément à la Principauté de le faire. Notre priorité d’abord, c’est d’améliorer les systèmes de transports existants : la desserte ferroviaire, les parkings-relais, les lignes de bus, etc. » Finalement, dans une interview à Nice-Matin publiée le 21 novembre 2025, le ministre des Transports français, Philippe Tabarot, a mis un terme à ce projet, le jugeant, entre autres, « pas réaliste », « impossible », et « pas raisonnable », et cela « aussi bien en termes de coûts que d’emprise foncière. Ce n’est pas viable financièrement, techniquement ». Comme l’avait souligné Albert II et Christophe Mirmand avant lui, Philippe Tabarot a avancé le rail comme réponse immédiate : « Il y a des solutions en passe de pouvoir aboutir et qui sont plus réalistes à court terme. Comme la Ligne Nouvelle SNCF, qui va permettre par sa modernisation d’avoir moins d’incidents. On a déjà un train au quart d’heure aujourd’hui, on pourra encore rajouter des trains demain pour venir en Principauté avec une robustesse beaucoup plus importante. » C’est aussi vers des projets plus locaux que le ministre des Transports français a renvoyé Monaco. A commencer par le projet de trémie de Cap-d’Ail à double sens, sur la moyenne corniche. Ou bien celui de la Brasca, un dossier estimé à 1,2 milliard d’euros, qui repose sur un parking de dissuasion de 3 500 places et un métro pour desservir Fontvieille et la place d’Armes. Philippe Tabarot en est convaincu : « Je pense que c’est avec plusieurs projets comme ceux-ci que l’on peut avancer, plutôt qu’avec un projet à horizon vingt ou trente ans, qui me paraît totalement illusoire aujourd’hui. » Monaco devra donc se tourner vers des solutions locales, et en assumer seule, ou presque, la charge financière.

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