Risques de surdiagnostics pour les uns, survie renforcée pour les autres?: les bénéfices des dépistages généralisés font débat parmi les experts. De récentes études appellent à revoir plusieurs cadres de prescription. Eclairages…
Sein, prostate, col de l’utérus et demain poumon ou estomac?: de plus en plus de cancers bénéficient d’un dépistage organisé. S’il permet de traiter au plus tôt les tumeurs et de réduire d’autant la mortalité, la généralisation de ces dépistages suscite de plus en plus de débats — voire même de frondes — parmi les médecins. Qu’il s’agisse du cancer du sein ou de la prostate, certains praticiens n’hésitent plus à remettre en cause l’efficacité-même de ces tests qui entraînent leurs lots de faux diagnostics et d’interventions chirurgicales parfois aussi lourdes qu’inutiles. Il y a quelques jours, une étude américaine montrait ainsi qu’une généralisation du dépistage du cancer des ovaires avec les outils actuels entraînerait en moyenne 10 % de surdiagnostics. Autrement dit?: une patiente sur dix se retrouverait à traiter un cancer… qu’elle n’a pas. Avec pour un tiers d’entre elles des interventions chirurgicales pontentiellement invalidantes…
« Touche pas à ma prostate »
Pour le cancer de la prostate, le constat n’est pas plus rassurant?: les surdiagnostics pourraient représenter 30 % des mesures selon certaines études. Depuis plusieurs années, un collectif de professionnels de santé au titre évocateur — « touche pas à ma prostate » — milite d’ailleurs pour une révision de la stratégie de dépistage de masse. Même le sacro-saint dépistage du cancer du sein s’est trouvé récemment remis en question par les professionnels de la SFSPM (Société française de sénologie et de pathologie mammaire), pointant un taux de surdiagnostics de plus de 10 % et des ablations de seins non-justifiées.
Ces frondes répétées inquiètent d’autant plus les autorités qu’elles entament la confiance des patients vis-à-vis d’outils de prévention jugés indispensables. Il y a dix jours, la Haute Autorité de santé française s’est fendue d’une communication officielle pour rappeler la valeur d’un dépistage organisé du cancer du sein qui sauve chaque année 3?000 vies et pour lequel « il n’y a pas de signal permettant de remettre en cause le bénéfice risque ».
Dépistage ciblé
Il n’empêche?: la difficulté récurente d’interprétation de certains de ces tests interroge. Aux USA, les autorités ont restreint le dépistage du cancer de la prostate aux patients de moins de 75 ans — la découverte d’une tumeur au-delà de cet âge ne débouchant souvent pas sur un cancer du vivant du patient?! Il y a quelques mois, l’équivalent de la Haute autorité de santé américaine est allée plus loin, recommandant de limiter les tests aux seuls patients présentant les « signes les plus visibles » de cancer?! En France, de nouvelles préconisations sont à l’étude.
L’enjeu en réalité est moins de limiter l’accès au dépistage que de mieux en cibler les préconisations — en l’état de la science. Pour le cancer de la prostate, on sait ainsi que 10 % des tumeurs sont héréditaires, que la consommation de tabac ou de viande transformées augmentent les risques — de même que l’origine afro-antillaise. Plusieurs équipes de recherche travaillent sur l’identification de « groupes à risques » sur différentes grandes familles de tumeurs. Les données devraient permettre d’adresser plus efficacement les dépistages auprès des populations les plus exposées, tout en les proposant à l’ensemble des générations concernées « en toute connaissance de cause ». Une optimisation de la balance bénéfices-risques d’autant plus importante que d’ici cinq ans de nouvelles générations de diagnostics molléculaires devraient considérablement améliorer la fiabilité des tests de dépistage. Et permettre une généralisation plus sécurisée.




