mardi 28 avril 2026
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« Chirurgie, chimiothérapie… L’amélioration des soins permet aux animaux de vivre plus longtemps »

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Depuis le début des années 2 000, la qualité des soins pour les animaux est à la hausse, se rapprochant désormais de ceux déployés pour les humains. Docteurs vétérinaires en principauté à La Petite Clinique Vétérinaire, Célia Ossona-Mondon et Lara Janowski, évoquent pour Monaco Hebdo ce phénomène, qui voit aussi les coûts s’envoler pour les propriétaires d’animaux.

Depuis une dizaine d’années, on assiste à une montée en puissance de la technicité et de la qualité des soins pour les animaux, qui rattrape presque celle de la médecine humaine ?

Célia Ossona-Mondon : Les vétérinaires ont bénéficié des progrès de la médecine humaine. Nous utilisons les scanners depuis les années 1980, et l’IRM depuis 2010. Forcément, ça n’était pas démocratisé, mais dans chaque grande ville française, il y a un scanner et un IRM. Au fil du temps, ce sont devenus des outils essentiels pour nous. On ne peut plus faire un diagnostic en neurologie ou en oncologie sans faire appel à ce genre de matériel. En orthopédie, pour « voir » un ligament, on travaillait avec le toucher. Il n’y a pas que l’imagerie qui a progressé.

Petite Clinique Vétérinaire
© Photo La Petite Clinique

Quels sont les autres progrès ?

Célia Ossona-Mondon : Le matériel de chirurgie est beaucoup plus pointu, avec de la fusion tissulaire, et avec des techniques que l’on a hérité de la médecine humaine. Le matériel d’anesthésie a progressé aussi, avec notamment l’anesthésie gazeuse. Avant, on utilisait des appareils venus de la médecine humaine. Aujourd’hui, nous disposons de matériel calibré pour les animaux. Car anesthésier un humain de 80 kg, ce n’est pas pareil qu’anesthésier un furet de 1,5 kg. Les appareils de surveillance, le “monitoring”, ont aussi beaucoup progressé.

Les vétérinaires bénéficient aussi de l’apport de l’intelligence artificielle (IA) ?

Célia Ossona-Mondon : En radiologie, l’IA est automatiquement intégrée dans les nouveaux appareils. Pour un diagnostic de dysplasie [une malformation des tissus ou des organes — NDLR], il y a toujours des mesures et des calculs à faire : il suffit de faire la bonne radio et l’ordinateur se charge ensuite de faire le reste. Pour les dysplasies, l’IA n’est utile que pour les dysplasies osseuses.

« Les vétérinaires ont bénéficié des progrès de la médecine humaine. Nous utilisons les scanners depuis les années 1980, et l’IRM depuis 2010. […] Au fil du temps, ce sont devenu des outils essentiels pour nous »

Célia Ossona-Mondon. Docteur vétérinaire

Ces apports matériels signifient que, depuis une dizaine d’années, plutôt que l’euthanasie, les gens envisagent davantage le traitement pour leurs animaux ?

Célia Ossona-Mondon : Ce n’est pas une question d’euthanasie ou de traitement. C’est plutôt qu’aujourd’hui, on peut proposer davantage de possibilités, et aller plus loin. Le choix de l’euthanasie est toujours lié à la pathologie, au rapport du propriétaire à l’animal, et à la gestion du rapport à la mort par le propriétaire. Ces avancées ont permis aux vétérinaires d’affiner leur travail, et de faire moins d’errances de diagnostic. Pour l’oncologie, il n’est plus question d’une chimiothérapie si on n’a pas fait un bilan d’extension complet, c’est-à-dire une échographie du thorax, de l’abdomen, et un scanner pour tour vérifier. On ne se fie plus à un rapport d’histologie [une branche de la biologie et de la médecine qui étudie les tissus biologiques — NDLR] uniquement, on doit l’intégrer à un bilan d’extension.

Petite Clinique Vétérinaire Monaco Bien être animal Célia Ossona-Mondon
« Il existe des diplômes universitaires en oncologie vétérinaire. Il faut dire que nous avons hérité de tout l’historique humain en oncologie. » Célia Ossona-Mondon. Docteur vétérinaire. © Photo La Petite Clinique

Ce phénomène s’explique aussi parce que les animaux sont mieux nourris et mieux soignés, donc ils vieillissent suffisamment pour avoir le temps de développer un cancer ?

Célia Ossona-Mondon : L’amélioration des soins permet aux animaux de vivre plus longtemps. Forcément, c’est comme pour les humains. Plus les animaux vivent longtemps, et plus certains types de cancers vont se développer. Et puis, plus on cherche, plus on trouve.

Désormais, les vétérinaires sont formés aux spécialités de l’oncologie ?

Célia Ossona-Mondon : Il existe des diplômes universitaires en oncologie vétérinaire. Il faut dire que nous avons hérité de tout l’historique humain en oncologie. Il est important d’avoir ces spécificités vétérinaires, ces progrès et des discussions avec la médecine humaine. En cas de tumeur, grâce à la médecine humaine, on sait que certains marqueurs spécifiques permettent de savoir qu’une chimiothérapie va mieux marcher qu’une autre. Les marqueurs utilisés en médecine vétérinaire ne sont pas identiques aux marqueurs humains, mais nous nous en sommes inspirés. Et maintenant, nous avons des marqueurs spécifiques pour animaux, et pour certaines molécules également spécifiques des animaux.

« L’amélioration des soins permet aux animaux de vivre plus longtemps. Forcément, c’est comme pour les humains. Plus les animaux vivent longtemps, et plus certains types de cancers vont se développer. Et puis, plus on cherche, plus on trouve »

Célia Ossona-Mondon. Docteur vétérinaire

Est-il exact qu’environ 25 % des animaux de compagnie sont victimes d’un cancer au cours de leur vie, ce qui est un peu plus que chez les humains ?

Célia Ossona-Mondon : Je ne sais pas, mais on voit beaucoup de cancers chez l’animal. Ce n’est pas quelque chose que l’on voit une fois par semaine. C’est devenu très fréquent. Certains propriétaires refusent toute chirurgie invasive et la chimiothérapie, ce qui peut s’entendre. A côté de ça, on a des propriétaires qui envisagent une opération chirurgicale pour sauver leur animal. J’ai l’exemple d’un animal qui souffre d’un cancer de la mâchoire, et sa propriétaire songe à lui enlever une partie de la mâchoire pour le sauver.

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Face au cancer chez l’animal, quel est votre rôle ?

Célia Ossona-Mondon : Face au cancer, notre rôle, c’est d’offrir les différents traitements qui existent aux propriétaires : chirurgie, chimiothérapie, et la radiothérapie qui se développe aussi beaucoup chez les animaux. La décision de faire de la chimiothérapie sur un animal n’est pas systématiquement curative. C’est plutôt pour le confort de l’animal, et pour prolonger son espérance de vie.

Pour lutter contre le cancer chez l’animal, on retrouve à peu près les mêmes armes que chez l’humain ?

Célia Ossona-Mondon : Biopsie osseuse, échographie, IRM, scanner, radiologie interventionnelle, bilan d’extension de tumeur, chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie et même immunothérapie, sont possibles pour les animaux. Cependant, cette offre n’est pas proposée par tous les vétérinaires et toutes ces avancées nous obligent à nous former régulièrement. J’ai participé à mon dernier congrès en oncologie en octobre 2024. A chaque fois, il y a tellement de progrès qui ont été accomplis en un an, que l’on a l’impression de ne rien savoir.

Pour lutter contre un cancer chez un animal, quelle palette de soins déployez-vous, en priorité ?

Célia Ossona-Mondon : Face au cancer chez un animal, on propose de la chirurgie quand elle peut être utile pour être curative ou pour faire une analyse. En revanche, certains cancers ne sont détectés, et traités, qu’après analyse de sang ou cytologie [l’étude des cellules isolées — NDLR], par exemple pour un lymphome ou une leucémie. Dans ce cas, la chirurgie n’est pas nécessaire. Ensuite, on peut faire de la chimiothérapie, et même de l’électrochimiothérapie [une technique qui permet de délivrer à l’intérieur de la cellule des produits ou des médicaments qui ont des cibles intracellulaires — NDLR]. Sur certaines tumeurs des oreilles ou du nez chez le chat, on va mettre des produits de chimiothérapie, avec de l’électricité, ce qui va améliorer l’effet.

Quels sont les résultats avec l’immunothérapie pour les animaux ?

Célia Ossona-Mondon : L’immunothérapie pour les animaux se matérialise par certains médicaments qui sont disponibles aujourd’hui. On peut aussi fabriquer des vaccins contre certains types de cancer. Il n’y a pas 100 % de réussite. Mais cela peut s’avérer efficace. La radiothérapie conventionnelle est une autre solution, avec, en plus, la radiothérapie interventionnelle. Cela revient à utiliser un effet de micro-onde directement sur la tumeur. Cela s’utilise notamment sur les cancers des os des grands chiens. On dispose aussi de la radiothérapie stéréotaxique, une radiothérapie avec des ondes très fortes, qui vont détruire jusqu’à 80 % du tissu tumoral de façon ultra localisée.

Quoi d’autre ?

Célia Ossona-Mondon : Après tout cela, on peut faire appel, et parfois avec des résultats étonnants, toutes les médecines alternatives et complémentaires, avec, par exemple, la phytothérapie, qui est un traitement thérapeutique fondé sur les plantes, leurs extraits et les principes actifs naturels. Certains champignons ont un effet anti-prolifération tissulaire. Le panel est donc très large.

Petite Clinique Vétérinaire Monaco Bien être animal
© Photo La Petite Clinique

Pour un cancer chez un animal, quelle est la durée moyenne du traitement ?

Célia Ossona-Mondon : Les chimiothérapies métronomiques ne sont pas quotidiennes, et elles peuvent être administrées pendant toute la vie de l’animal. Il s’agit de faibles doses, dispensées à domicile, sous la forme de gélules. Mais on peut aussi avoir des chimiothérapies qui vont durer six mois, avec des prolongations d’espérance de vie de 18 mois ou de deux ans sur certains lymphomes. En cas de rechute, on peut relancer une nouvelle chimiothérapie, avec un autre protocole. En général, une fois que l’on a fait la série de séance de radiothérapie qui va s’étaler sur un à deux mois, on arrête. Pour les propriétaires qui refusent les soins un peu lourds, on peut mettre l’animal sous corticoïdes, ou anti-inflammatoires non steroïdiens : ça soulage bien, et cela diminue la vascularisation de certaines tumeurs. On donne ensuite ces corticoïdes tout le restant de la vie de l’animal.

Finalement, aujourd’hui, les protocoles de traitement pour les animaux sont proches de ceux déployés pour les humains ?

Célia Ossona-Mondon : Comme l’animal a tendance à ne pas toujours rester tranquille, on a davantage recours à l’anesthésie que chez l’homme. Pour la chimiothérapie, cela va dépendre si l’animal est conciliant ou non. En revanche, la radiothérapie se fait systématiquement sous anesthésie. En médecine humaine, on fait des protocoles toutes les trois semaines de chimiothérapie. Les vétérinaires se sont à peu près calés sur ces protocoles-là. Nous avons l’obligation légale de garder l’animal hospitalisé pendant 24 heures. C’est pour protéger les propriétaires et les vétérinaires des produits de chimiothérapie.

Pourquoi ?

Célia Ossona-Mondon : Paradoxalement, un produit de chimiothérapie est lui-même cancérigène. Les vétérinaires doivent donc se protéger. On dédie une salle à ce type de soins et on utilise une double casaque, on double les gants, on porte des lunettes, un masque… Pour éviter la diffusion du produit de chimiothérapie dans l’air, on travaille à vase clos. Nous devons aussi récupérer les excrétions des animaux, car elles vont contenir ces produits. Nous mettons ensuite ces excrétions dans un bac d’incinération pour éviter tout contact avec les humains. C’est assez curieux que l’on nous ait imposé tout cela, car un humain qui va faire une chimiothérapie à l’hôpital rentre ensuite chez lui, et urine dans ses toilettes.

Lorsqu’une chimiothérapie est pratiquée chez l’animal de compagnie, quel est l’objectif ?

Célia Ossona-Mondon : Il y a trois objectifs. D’abord, il y a le confort de l’animal. Selon les produits utilisés, on diminue la gestion de la douleur et la vascularisation. Ensuite, la chimiothérapie peut être curative. La chirurgie très invasive, avec, par exemple, l’amputation d’une patte, suivie d’une chimiothérapie, peut aussi être curative. Enfin, et c’est majoritairement le cas, la chimiothérapie peut permettre de prolonger l’espérance de vie. La chimiothérapie métronomique, qui peut être faite à domicile avec des prises de gélules, ça marche super bien, notamment pour les lymphomes à petites cellules chez le chat. Ils vivent cinq ou six ans de plus, en prenant des cachets un jour sur deux, ou trois fois dans la semaine.

« Biopsie osseuse, échographie, IRM, scanner, radiologie interventionnelle, bilan d’extension de tumeur, chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie et même immunothérapie, sont possibles pour les animaux. Cependant, cette offre n’est pas offerte par tous les vétérinaires et toutes ces avancées nous obligent à nous former régulièrement »

Célia Ossona-Mondon. Docteur vétérinaire

Est-ce qu’il existe une véritable éthique dans la mise en place de chimiothérapies chez l’animal de compagnie ?

Célia Ossona-Mondon : Au niveau législatif, les vétérinaires doivent s’engager à se déclarer auprès de l’ordre des vétérinaires et à respecter un certain nombre de règles. On doit d’ailleurs faire signer un consentement au propriétaire de l’animal. J’ai du mal à proposer, par exemple, des chimiothérapies lourdes chez des gens qui ont des enfants en bas âge à la maison. Car il y a le risque que les enfants se jettent sur le chien dès le lendemain de la chimiothérapie. Le consentement doit être extrêmement clair pour le propriétaire.

Et d’un point de vue moral ?

Célia Ossona-Mondon : Il faut trouver où mettre le curseur. Est-ce qu’on continue de s’acharner ? Où place-t-on la limite à ne pas franchir ? C’est toujours une discussion compliquée que l’on a avec les propriétaires. Peut-être que, parfois, le vétérinaire se met des freins que le propriétaire ne voudrait pas que l’on mette. Notre rôle, c’est de proposer, et d’expliquer comment ça va se passer, ce que seront les effets secondaires, et quel sera le coût. Quand un propriétaire d’animal nous demande ce que l’on ferait à sa place, on lui dit. Pour répondre, on prend en compte l’âge de l’animal, la pathologie… Il faut aussi tenir compte de la disponibilité du propriétaire, car faire une chimiothérapie signifie qu’il faut se voir en général une fois par semaine le premier mois, puis, au minimum toutes les trois semaines, par la suite.

Quelle est l’espérance de vie moyenne chez un animal touché par un cancer ?

Célia Ossona-Mondon : Cela dépend de la localisation, du type de tumeur, s’il y a des métastases ou pas… Parfois le diagnostic est catastrophique. C’est comme chez les humains. Avec une leucémie foudroyante, en une semaine l’animal est mort. Ça nous est déjà arrivé. D’autres vont vivre cinq ou six ans de plus, tranquillement. Comme chez les humains, l’animal peut avoir un myélome ou des leucémies lymphoïdes chroniques qui évoluent très lentement. Il est donc difficile de donner un chiffre précis, car c’est très « tumeur dépendant » et cela peut aussi être « chien dépendant ». Car certains chiens vont très bien supporter les chimiothérapies. Et d’autres à la quatrième séance, avec certains produits de chimiothérapie, vont commencer à développer une pathologie cardiaque, ce qui limite les soins.

Les résultats suite à une chimiothérapie chez un animal de compagnie peuvent aussi permettre de gagner davantage de temps ?

Célia Ossona-Mondon : Cela dépend du type de cancer. Sur certains types de lymphomes qui sont les cancers que l’on retrouve le plus souvent chez les chiens et chez certains chats, et qui prennent la forme de gros ganglions, si on n’est pas sur une phase hyper agressive, avec une leucémie B classique, avec une chimiothérapie on peut avoir une espérance de vie de 18 à 24 mois.

Dix-huit à 24 mois, c’est beaucoup à l’échelle de la durée de vie moyenne d’un animal ?

Célia Ossona-Mondon : Exactement. Bien sûr, ce n’est jamais assez. Mais 18 à 24 mois d’espérance de vie, c’est effectivement beaucoup à l’échelle de la durée de vie d’un animal. Chez l’humain, pour les chimiothérapies, on met de fortes doses, car on travaille en chambre stérile. Chez l’animal, on ne peut pas se permettre cela. Car, si on détruit complètement la moelle osseuse avec des produits de chimiothérapie, et que l’animal n’a plus aucune défense immunitaire, il va partir, non pas de son cancer, mais à cause de surinfections, suite à la chimiothérapie. On est donc toujours sur un fil. Il faut des doses suffisantes, mais pas exagérées, pour ne pas tuer l’animal.

Dans les cas de cancers agressifs chez un animal, que peut-on espérer ?

Célia Ossona-Mondon : Dans le cas de cancers agressifs, on discute avec le propriétaire. Est-ce qu’on va se lancer dans une chimiothérapie lourde, si on sait que l’animal va vivre trois semaines ? Certains propriétaires vont répondre « oui ». On fait alors ce qu’ils nous demandent.

Lara Janowski : J’ai du mal à infliger des traitements, du stress, des douleurs, des nausées à des animaux qui ne comprennent pas ce qu’il se passe. Ajouter un traitement intensif qui va prolonger la vie de l’animal de seulement quelques semaines, j’estime que c’est inutile. Il est important de parler pour l’animal, et de mettre en avant son bien-être. Mais on respecte toujours les choix des propriétaires.

« Ajouter un traitement intensif qui va prolonger la vie de l’animal de seulement quelques semaines, j’estime que c’est inutile. Il est important de parler pour l’animal, et de mettre en avant son bien-être. Mais on respecte toujours les choix des propriétaires »

Lara Janowski. Docteur vétérinaire

En moyenne, combien coûte une chimiothérapie pour un animal de compagnie ?

Célia Ossona-Mondon : Sans compter le diagnostic, les analyses histologiques, et les prises de sang avant chaque chimiothérapie, pour la chimiothérapie, il faut compter entre 3 500 et 6 000 euros. Selon les produits utilisées, cela peut monter à 10 000 euros. Pour la radiothérapie, c’est en général un peu moins de 5 000 euros. Ensuite, pour vérifier l’efficacité, il faut faire des scanners. Cela permet de savoir si on maintient le protocole en cours ou s’il faut changer. Tout cela représente des frais supplémentaires. Finalement, ce ne sont pas les produits qui sont coûteux, c’est la surveillance autour du cancer qui coûte le plus cher.

Aujourd’hui, les gens sont prêts à dépenser combien pour soigner leurs animaux de compagnie ?

Célia Ossona-Mondon : Les choses ont beaucoup évolué. La position de l’animal au sein de la famille a changé. Il est parfois considéré comme un véritable membre de la famille. En parallèle, les assurances pour animaux se développent de plus en plus. Cela permet aux propriétaires de pouvoir bénéficier d’une prise en charge et de dépenser davantage.

Santévet, une assurance pour animaux assez répandue en France, va proposer des formules avec des plafonds de garantie plus élevés que les 2 500 euros annuels affichés actuellement : cela montre qu’un mouvement est en cours chez les propriétaires d’animaux ?

Célia Ossona-Mondon : Dans les pays anglo-saxons, les plafonds sont beaucoup plus élevés. Aux Etats-Unis, on trouve des plafonds à 10 000 euros. Et cela va encore se développer.

Il existe des aides pour aider les propriétaires d’animaux à réunir l’argent nécessaire aux soins ?

Célia Ossona-Mondon : Certains lancent parfois des cagnottes sur Leetchi pour obtenir l’argent nécessaire aux soins de leur animal. Vétérinaires pour tous (VPT), une association française créée en 1994, propose aussi une aide, en s’appuyant sur un réseau de médecine animale solidaire. Ils essaient d’offrir un maximum de soins à un maximum d’animaux. Ils prennent donc en compte l’efficacité du traitement pour chaque animal.

« Il faut aussi tenir compte de la disponibilité du propriétaire, car faire une chimiothérapie signifie qu’il faut se voir en général une fois par semaine le premier mois, puis, au minimum toutes les trois semaines, par la suite »

Célia Ossona-Mondon. Docteur vétérinaire

A ce jour, qu’est-ce que la médecine ne propose pas pour un animal ?

Célia Ossona-Mondon : Les greffes de moelle osseuse n’existent pas encore pour les animaux. Pour faire une greffe de moelle osseuse, on doit procéder à une aplasie médullaire avant, c’est-à-dire brûler toute la moelle. Cela signifie donc qu’il faut garder l’animal dans une chambre stérile. Si on brûle la moelle osseuse, l’animal n’a plus de défense immunitaire. Or, un chien ne peut pas vivre dans une chambre stérile pendant deux mois. Des essais ont été faits. Mais c’est techniquement très difficile à mettre en pratique chez l’animal.

Les chiens et les chats ont une durée de vie moyenne limitée à environ douze ans, avec des tumeurs qui évoluent très vite, ce qui fournit des données qui peuvent intéresser les oncologues de santé humaine : vous échangez sur des cas cliniques avec des médecins de santé humaine ?

Célia Ossona-Mondon : A titre personnel, non, car je ne suis pas une spécialiste en oncologie, même si c’est un domaine qui m’intéresse. En revanche, certains vétérinaires ne font que de l’oncologie. Ils sont en contact permanent avec des oncologues de santé humaine pour faire des diagnostics comparés. Des diplômes universitaires sont notamment ouverts à Marseille et à Lyon, aussi bien pour les vétérinaires que pour les médecins de santé humaine. Il existe donc des échanges entre des vétérinaires et certains médecins.

D’autres passerelles existent entre la santé des animaux et la santé humaine ?

Célia Ossona-Mondon : Lancée au début des années 2 000, l’initiative One Health [« une seule santé » — NDLR] met en commun les progrès humains et les progrès vétérinaires. Cela a été un peu plus mis en avant pendant la pandémie de Covid-19, avec la zoonose [des maladies et infections dont les agents se transmettent naturellement des animaux à l’humain, et inversement — NDLR]. Des essais ont aussi été menés sur des pathologies digestives. Une vétérinaire de Maison-Alfort (Val-de-Marne) a travaillé avec l’hôpital Necker pour les enfants malades, à Paris.

« Sans compter le diagnostic, les analyses histologiques, et les prises de sang avant chaque chimiothérapie, pour la chimiothérapie, il faut compter entre 3 500 et 6 000 euros. Selon les drogues utilisées, cela peut monter à 10 000 euros »

Célia Ossona-Mondon. Docteur vétérinaire

Est-ce qu’il arrive parfois que des animaux sans solution de traitement testent de nouvelles molécules ?

Célia Ossona-Mondon : Pour faire des essais cliniques, il faut qu’un laboratoire nous sollicite. J’ai déjà fait des essais cliniques, mais pas sur des pathologies lourdes. C’était sur des traitements de la prostate, par exemple. En revanche, dans les écoles universitaires, à Maison-Alfort, à Lyon, à Toulouse ou à Nantes, il y a régulièrement des essais cliniques. Cela se fait aussi dans de grands centres hospitaliers, avec des laboratoires qui mettent gratuitement à disposition des produits pour voir quels peuvent être les résultats.

Exposition aux pesticides pour les animaux de la campagne, tabagisme passif pour les animaux en appartement : les animaux peuvent-ils être considérés comme des sentinelles de la santé humaine ?

Célia Ossona-Mondon : Le tabagisme passif existe. Chez le chat, cela peut provoquer des cancers au niveau de la bouche ou au niveau pulmonaire. Pour les pesticides, on traite les animaux contre les parasites, pour éviter qu’ils ne les ramènent à la maison. Mais tout pesticide peut avoir un effet cancérigène sur tout organisme vivant, que ce soit un escargot ou un chien. Cela peut se diffuser par l’eau, par l’alimentation… Mais je ne sais pas si on peut considérer que l’animal est une sentinelle de la santé humaine. Les animaux ont une évolution parallèle.

« A Monaco, les gens demandent des services pour leurs animaux qu’ils ont vus ailleurs. Leurs attentes sont donc parfois plus pointues. Mais le statut socio-économique ne change rien à l’amour que l’on porte à son animal »

Lara Janowski. Docteur vétérinaire

A Monaco, est-ce que l’opinion publique estime parfois que proposer de la radiothérapie pour des animaux, c’est indécent ?

Célia Ossona-Mondon : A Monaco, la population a intégré ce parallélisme entre les soins humains et les soins vétérinaires. Les gens sont rarement surpris que l’on puisse leur proposer des soins poussés et de qualité pour leurs animaux.

Lara Janowski : Au contraire, les gens sont demandeurs. Cela leur paraîtrait bizarre qu’on ne propose pas de faire un scanner à leur animal.

En 2025, quel est le statut de l’animal à Monaco ?

Célia Ossona-Mondon : Il n’y a pas de spécificité particulière pour le statut de l’animal à Monaco. C’est la place de l’animal dans la société qui a évoluée, en général.

Lara Janowski : En principauté, ce qui est différent, c’est que nous avons une population très internationale. Donc les gens voyagent beaucoup, ils ont vu beaucoup de choses, et ils sont davantage informés. Ils ont donc plus de questions et ils demandent des services pour leurs animaux qu’ils ont vu ailleurs. Leurs attentes sont donc parfois plus pointues. Mais le statut socio-économique ne change rien à l’amour que l’on porte à son animal.

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