Edito n°1374 : Scénario

Lancée par Donald Trump, depuis plusieurs semaines, la guerre commerciale fait rage. Beaucoup d’experts se sont exprimés sur le sujet. Certains estiment que le président des Etats-Unis se place en dehors de toute rationalité commerciale, et que ses visées sont surtout électoralistes. Evoquant le 2 avril 2025 un « Liberation Day » [« jour de libération » — NDLR], Donald Trump a mis en avant sa stratégie de hausse des droits de douane. Alors qu’il avait décidé de fixer la surtaxe pour la Chine à 145 %, la riposte a été rapide : Pékin a imposé des droits de douane de 125 % sur les produits américains. Résultat, une volatilité s’est emparée des marchés boursiers, et l’inquiétude a grimpé en flèche par rapport au spectre d’un ralentissement de la croissance économique mondiale. Dans la semaine du 7 avril 2025, la chute des marchés est venue sanctionner ce « non-sens économique » dénoncé par beaucoup d’observateurs. Finalement, le 23 avril 2025, Donald Trump a cédé le premier, estimant que les surtaxes imposées à Pékin étaient « très élevées », et qu’elles allaient donc « baisser de façon substantielle ». Pourtant, cette angoisse n’a fait que croître lorsque Donald Trump a ensuite sévèrement critiqué le patron de la Fed (réserve fédérale), Jerome Powell, avant de menacer de le limoger. Finalement, devant l’affolement général, le président des Etats-Unis a décidé de calmer le jeu. « Non, je n’ai aucune intention de le virer […]. J’aimerais le voir se montrer un peu plus actif dans la mise en œuvre de son projet de baisse des taux d’intérêt. C’est le moment idéal pour baisser les taux d’intérêt. S’il ne le fait pas, est-ce la fin ? Non. Ce n’est pas la fin », a-t-il déclaré à Reuters. Wall Street a apprécié, mais cela semble insuffisant pour dissiper toutes les appréhensions. Si la principauté n’est que faiblement impactée par les tarifs douaniers pour les produits qu’elle exporte, cela n’empêche pas le gouvernement monégasque, et le conseiller-ministre pour l’économie et les finances, Pierre-André Chiappori le premier, de surveiller avec attention l’hypothèse d’une guerre économique globale. Car ce scénario pourrait aboutir à une chute du commerce mondial, et donc de la croissance mondiale. « Aucune économie n’est totalement à l’abri. En tout état de cause, le contexte actuel nécessite une vigilance accrue, voire des stratégies d’adaptation, le cas échéant », a indiqué Pierre-André Chiappori à Monaco Hebdo. L’économie de la principauté repose, pour beaucoup, sur la finance privée, l’immobilier de luxe, le tourisme, les services, et le yachting, autant de domaines sensibles aux soubresauts que ne manquerait pas de provoquer une guerre commerciale totale. Face à cette éventualité, Monaco sait qu’il peut compter sur sa réactivité et son adaptabilité. En ces temps d’absence de visibilité et d’incertitude, c’est déjà beaucoup.