Officiellement investie depuis le 20 janvier 2025, l’administration Trump promet de marquer un tournant dans les relations transatlantiques. L’Europe, qui exporte massivement vers les États-Unis, doit choisir quelle posture adopter face au protectionnisme américain annoncé par le nouveau président. À Monaco, la neutralité est toujours de mise, mais pour combien de temps encore ?
L’investiture de Donald Trump pour un nouveau mandat présidentiel marque un tournant stratégique pour les relations transatlantiques. Derrière une politique ouvertement protectionniste, le locataire de la Maison-Blanche impose de nouvelles règles du jeu qui pourraient bien ébranler une Europe déjà fragilisée par ses propres défis économiques et climatiques. Droits de douane, taxation des services numériques et équilibre commercial : tels sont les axes de pression que Trump entend exploiter pour rétablir une balance commerciale américaine déficitaire de 200 milliards de dollars en biens, et de 40 milliards en services. Si des droits de douane de 10 % sur l’ensemble des pays partenaires semblent improbables, l’augmentation des taxes sur le Canada et le Mexique — déjà fixée à 25 % — envoie un signal clair. L’Europe, qui exporte massivement vers les États-Unis, sera forcément touchée, même si, pour l’heure, les grandes entreprises européennes restent à l’abri. Mais ce protectionnisme ne se limite pas aux seules taxes douanières. Trump exige des contreparties, notamment une ouverture accrue des marchés européens aux produits agricoles et industriels américains, tout en favorisant la vente de gaz et de pétrole « made in USA ». L’objectif est double : rétablir une souveraineté énergétique américaine et imposer des conditions commerciales alignées sur les intérêts de Washington.
Dans cette nouvelle ère de tensions économiques, Trump ne cherche pas la guerre mais impose au monde — et surtout à l’Europe — de prendre ses responsabilités
L’Europe des valeurs en mauvaise posture
L’Europe, de son côté, se trouve dans une posture inconfortable. Respectueuse de ses engagements climatiques et des normes ESG — les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance — elle doit composer avec une compétition internationale où les États-Unis et la Chine adoptent des stratégies plus pragmatiques, quitte à sembler déloyales parfois. L’ajustement carbone aux frontières, que Bruxelles tente de mettre en place pour équilibrer la concurrence, semble encore insuffisant pour contrer les écarts de compétitivité. Historiquement, l’Europe joue les bons élèves, alors que ses partenaires, notamment la Chine, multiplient les subventions interdites par les règles de l’organisation mondiale du commerce (OMC). Ces pratiques, que Trump dénonce depuis son premier mandat, ont conduit Washington à adopter une position radicale : ignorer à son tour les règles du commerce mondial. Ce pragmatisme brutal place Bruxelles face à un dilemme : comment défendre ses intérêts, sans renoncer à ses valeurs ? Des valeurs, comme la réduction des émissions de carbone et la protection des océans et fonds marins, prônés également par le prince Albert II. Sur le terrain industriel, l’Europe dispose d’atouts, notamment dans des domaines comme la robotique ou les produits de luxe. Mais ces forces sont vulnérables face à des droits de douane ciblés, notamment dans l’automobile, secteur clé pour l’Allemagne. Les produits agricoles et alimentaires européens, qui connaissent un vif succès outre-Atlantique, risquent également de subir des restrictions, suscitant l’inquiétude des professionnels.
Faire front commun, ou négocier
Enfin, le poids de l’OTAN dans la stratégie américaine n’est pas à négliger. Trump réitère une demande déjà formulée : les pays membres doivent assumer leur part des dépenses militaires. Si cette requête vise avant tout à réduire l’engagement financier des États-Unis, elle révèle une volonté de recentrer la politique extérieure américaine sur des objectifs strictement nationaux. Face à ces menaces, l’Europe devra se doter d’une stratégie unifiée et offensive. Taxer les services numériques américains, renforcer les alliances industrielles et normatives — notamment avec les alliés européens en robotique — ou encore protéger ses secteurs stratégiques : les pistes ne manquent pas. Mais Bruxelles saura-t-elle faire front ? Dans cette nouvelle ère de tensions économiques, Trump ne cherche pas la guerre mais impose au monde — et surtout à l’Europe — de prendre ses responsabilités. Une leçon qui pourrait coûter cher à des institutions européennes souvent promptes à la conciliation, mais rarement préparées à l’affrontement. Au milieu de ces nouvelles dynamiques, Monaco continue d’afficher une posture neutre. Questionnée par Monaco Hebdo au sujet de la sélection du président Trump, la ministre d’État par intérim, Isabelle Berro-Amadeï, alors conseillère-ministre des relations extérieures et de la coopération au moment de l’interview, déclarait : « En ce qui concerne le résultat des élections américaines, Monaco a pris acte du choix qui a été fait par les citoyens américains conduisant à la réélection de Donald Trump. Les Etats-Unis sont un partenaire historique de la principauté. Nous nous efforcerons de maintenir d’excellentes relations bilatérales ». Cette voix arrivera-t-elle encore à être entendue, et à être audible, au milieu de cette Europe inquiète ?
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