Lors des discussions autour du budget rectificatif 2024, pour répondre à l’éternel question de la pénurie de logements domaniaux, le gouvernement — malgré certaines concrétisations — a peiné à convaincre les élus sur sa capacité à bien appliquer les objectifs du plan national pour le logement des Monégasques d’ici 2033.
Il y a des pistes. Des promesses qui, comme le disait Charles Pasqua (1927-2015) « ne tiennent qu’à ceux qui y croient ». En matière de logements domaniaux, les élus du Conseil national donnent l’impression d’être baladés par le gouvernement, pour répondre à l’éternel risque de pénurie. Ils réclament plus de transparence, et ils l’ont répété, à l’envi, lors de l’examen du budget rectificatif 2024, les 8 et 10 octobre 2024, suivi par son vote le 15 octobre 2024.
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Selon eux, le plan national pour le logement des Monégasques, annoncé par le prince Albert II en mars 2019, et censé être mis en application par le gouvernement jusqu’en 2033, ne tient pas ses promesses pour les années à venir. La faute à des retards cumulés sur plusieurs projets d’envergure. Au total, les élus réclament une centaine d’appartements de récupération, après rénovation, courant 2026, en plus de logements neufs.
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Le gouvernement a également évoqué deux autres pistes d’opérations intermédiaires dans le quartier du Jardin Exotique, qui pourraient permettre de dépasser l’objectif de 60 logements
Des promesses de livraisons
Pour commencer, les élus demandent « fermement » au gouvernement la concrétisation « sans délai » de sa promesse des 60 logements. Pierre Dartout, le précédent ministre d’État, avait en effet annoncé, dans le cadre du budget primitif 2024, la livraison de cinquante nouveaux logements, dans le cadre du plan national pour le logement des Monégasques, à l’horizon 2027-2028. Les crédits devaient alors être alloués pour ce budget rectificatif, mais ça n’a pas été le cas : « Ce sont ces manquements à la parole de l’État, et cette incapacité du gouvernement à tenir ses engagements qui ont conduit au rejet du premier budget rectificatif 2024 », a rappelé Franck Julien, président de la commission, des finances et de l’économie nationale. Résultat : 35 logements manqueraient encore. Et cela, dans l’hypothèse, optimiste, où notamment les projets « Villa Luciole » et « Larvotto Supérieur » aboutissent. En effet, le nouveau gouvernement a rappelé son engagement initial de construire 50 logements, un nombre ensuite porté à 60 pour compenser l’abandon des surélévations des blocs A et B de la résidence Héméra, anciennement « Grand Ida ». Parmi ces projets, l’immeuble prévu sur le site de la « Villa Luciole » devrait également comprendre environ 25 logements. Le gouvernement a également évoqué deux autres pistes d’opérations intermédiaires dans le quartier du Jardin Exotique, qui pourraient permettre de dépasser l’objectif de 60 logements. C’est ce qu’a confirmé le nouveau ministre d’État, Didier Guillaume, en séance publique le 8 octobre 2024 : « Deux pistes étaient à l’étude dans le quartier du Jardin Exotique. L’une d’elles ne s’est pas avérée fructueuse sur le court terme. Le gouvernement en a pris acte. Mais l’autre s’avère prometteuse, et elle doit permettre de tenir les engagements pris devant votre Assemblée. Dans l’attente de la réalisation de ces opérations, le gouvernement peut d’ores et déjà vous confirmer qu’une commission d’attribution se tiendra bien en 2026, avec un nombre d’appartements d’environ 120 unités, comprenant des logements neufs et de restitution. »

Pour ce qui est du projet immobilier « Villa Luciole », Didier Guillame a confirmé qu’il a fait l’objet d’un avis d’appel à concurrence pour la passation d’un marché de promotion immobilière, avec une date limite de réception des offres fixée au 27 novembre 2024. Réalisée sur 10 niveaux, cette opération immobilière doit comprendre, a minima, 27 appartements, complétés par un parking privé : « Afin d’optimiser les délais, les opérations de démolition des constructions existantes seront assurées en parallèle par l’État, qui mettra ainsi le site à disposition du promoteur retenu. À ce jour, les diagnostics requis, ainsi que les reconnaissances des réseaux et des produits récupérables ont été réalisés, et le dossier de demande de démolition a été déposé. Le gouvernement a respecté les échéances qu’il s’était fixées en vue d’un lancement de la consultation tout début septembre [2024 — NDLR]. Il sera en mesure de préciser les contours et le calendrier de l’opération dès réception et analyse des soumissions. »
Pour les conseillers nationaux, le plan national pour le logement des Monégasques, annoncé par le prince Albert II en mars 2019, et censé être mis en application par le gouvernement jusqu’en 2033, ne tient pas ses promesses pour les années à venir. La faute à des retards cumulés sur plusieurs projets d’envergure
Des tensions autour du « Larvotto supérieur »
S’agissant du projet « Larvotto Supérieur », dont les 28 millions d’euros n’apparaissent plus au budget consacré au plan national pour le logement, le gouvernement confirme tout de même sa volonté de lancer cette opération. Un appel d’offres est toujours en cours, selon Céline Caron-Dagioni, conseillère-ministre de l’équipement, de l’équipement et de l’urbanisme, et le choix se porterait sur deux opérateurs. Mais ça traîne, et la facture s’alourdirait selon Thomas Brezzo, président du Conseil national. D’autant que d’autres opérateurs se seraient positionnés et mériteraient, toujours selon lui, d’être écoutés pour faire avancer ce dossier. Réponse de Céline Caron-Dagioni : « Ces promoteurs ne détiennent pas ce foncier, et ils projettent un projet sur un foncier extrêmement coûteux. Je ne vais pas renier une opération, qui a été lancée avec un appel d’offre, simplement parce qu’un promoteur vient me proposer autre chose. Notre objectif est d’entamer les travaux au second semestre 2025. Nous n’allons pas prendre le risque de changer de projet. » Selon Didier Guillaume enfin, il reste à déterminer la forme juridique la plus adaptée pour démarrer rapidement ces travaux, sans oublier les contraintes géotechniques identifiées qui ne doivent pas être négligées : « Il nous faut donc trouver les adaptations contractuelles qui protègeront les intérêts de l’État, avant de revenir vers vous. »
Villa Nathalie : « Je vous confirme notre volonté d’obtenir rapidement la signature des avenants nécessaires par les propriétaires. Ils correspondent aux engagements pris par l’État à l’égard de ces derniers, consistant en des dations d’appartements et de locaux annexes dans le futur bâtiment, en contrepartie de la vente de leurs biens et droits immobiliers »
Des inquiétudes pour « Lierres-Nathalie »
Autre sujet d’inquiétudes pour les élus : le projet « Lierres-Nathalie ». La livraison était initialement prévue pour 2023. Elle est actuellement à l’arrêt. Imaginé pour désenclaver le quartier de l’Annonciade, et augmenter substantiellement l’offre de logements, les travaux ne sont toujours pas d’actualité, puisque les demandes d’autorisation de démolir et de construire sont reportées à 2026, ce qui repousserait la livraison à l’horizon 2030. Didier Guillaume tente toutefois de rassurer, et promet des avancées rapides : « Malgré un report du démarrage de cette opération, le gouvernement a, à de nombreuses reprises, eu des contacts étroits avec les propriétaires de la « Villa Nathalie », étant précisé que l’administration a tout récemment reçu un document juridique indispensable pour avancer dans ce dossier. Je vous confirme donc notre volonté d’obtenir rapidement la signature des avenants nécessaires par les propriétaires. Ils correspondent aux engagements pris par l’État à l’égard de ces derniers, consistant en des dations d’appartements et de locaux annexes dans le futur bâtiment, en contrepartie de la vente de leurs biens et droits immobiliers. »
Des espoirs pour « Annonciade II », du concret pour le « Bel Air »
Sur le projet de l’« Annonciade II », le gouvernement avance sur la pointe des pieds : « C’est une restructuration majeure et une chance unique pour l’un des derniers quartiers à réurbaniser. Mais soyons francs et transparents : ce quartier fait également l’objet d’appétits grandissants de certains opérateurs privés. Or, c’est à l’État de définir une urbanisation conforme à l’intérêt général, et de veiller à l’optimisation de ses recettes », estime Didier Guillaume, pour qui le foncier dont dispose l’État est un actif que « le gouvernement doit gérer au mieux ». Des préoccupations persistaient également autour de l’opération de destruction et de reconstruction du « Bel Air », permettant d’offrir de nouveaux logements domaniaux. Des retards étaient redoutés de la part des élus, vis-à-vis du choix du constructeur pour mener cette opération en temps et en heure. Mais Didier Guillaume l’a confirmé publiquement : la livraison de ces logements est programmée pour le troisième trimestre 2027 : « La démolition, réalisée avec des précautions spécifiques en raison de la proximité du centre hospitalier princesse Grace (CHPG), s’est déroulée de manière exemplaire. L’entreprise responsable de la construction a ensuite été désignée. Le gouvernement vous confirme donc la livraison des logements au troisième trimestre 2027, comme cela a été évoqué lors de nos séances privées. »
Didier Guillaume a réitéré sa volonté de lancer un plan national pour le logement II prochainement. Il pourrait être présenté publiquement avant l’été 2025
Nouvelles acquisitions, et nouveau plan national pour le logement
Dernière inquiétude des élus : l’absence de nouveaux crédits alloués pour l’acquisition de fonciers, censés répondre à la demande croissante de logements, alors même que ces crédits sont quasiment épuisés, selon eux. Mais, là encore, Didier Guillaume a voulu rassurer : « Le gouvernement maintient et réaffirme sa volonté de poursuivre les acquisitions de fonciers indispensables à une politique efficace du logement. Une telle politique exige d’abord d’identifier les fonciers disponibles, avant d’engager une phase de négociation. Un prestataire est alors missionné pour conseiller l’État dans l’estimation de la valeur vénale du bien, et l’accompagner dans la négociation. » Malgré l’absence de crédits supplémentaires inscrits dans ce budget rectificatif, le ministre d’Etat a confirmé que des actions seront bien menées par l’État. Ces crédits devraient apparaître dans le budget primitif 2025. Par là même, Didier Guillaume a réitéré sa volonté de lancer un plan national pour le logement II prochainement. Il pourrait être présenté publiquement avant l’été 2025.



