Sur la cinquième circonscription des Français de l’étranger qui regroupe Monaco, l’Espagne, le Portugal, et Andorre, Stéphane Vojetta et Maxime Da Silva ont respectivement fini premier et deuxième. La candidate du Rassemblement national (RN), Johana Maurel, a été éliminée. Toutefois, à Monaco, le RN a fini premier, avec 46,04 % des suffrages exprimés. Le deuxième tour, qui se déroulera le 7 juillet 2024, reste incertain.
Les Français de Monaco qui se sont rendus aux urnes restent fidèles à l’extrême droite et au Rassemblement national (RN). Alors que pour les élections européennes, le RN et Reconquête ! ont réuni ensemble 51,59 % des suffrages exprimés à Monaco, le premier tour des élections législatives, le 30 juin 2024, a confirmé cette tendance. Johana Maurel et le RN ont obtenu 46,04 % des voix, et Béatrice Mazel (Reconquête !) 2,81 %. Avec près de 49 % des suffrages exprimés, l’extrême droite continue de faire le plein en principauté.
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Vojetta n’a demandé « aucune investiture »
Ce vote des Français de Monaco contraste avec les résultats de ce premier tour des législatives dans la 5ème circonscription des Français de l’étranger. En effet, le premier volet de cette élection a été dominé par le député sortant, Stéphane Vojetta, qui s’est imposé avec 33,68 % des voix. Lors des précédentes législatives, en 2022, ce candidat indépendant avait affronté Manuel Valls, qui avait été investi par Renaissance.
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L’ancien premier ministre a échoué, et depuis deux ans, Stéphane Vojetta a été rattaché à la majorité présidentielle. Il a décidé de ne pas changer de logique pour ces législatives 2024 : « En cohérence avec ma campagne de 2022 et mon élection en tant qu’indépendant, je n’ai demandé aucune investiture et serai à nouveau un candidat indépendant pour ces élections. Si je suis ré-élu, j’ai l’intention de rejoindre une majorité élargie, de coalition, a-t-il indiqué sur son compte X, le 12 juin 2024. Je demande donc aux partis qui composent la majorité présidentielle actuelle de ne pas présenter de candidat face à moi, député sortant, dans la 5ème circonscription. Ou alors, si ils y tiennent absolument, d’en trouver un meilleur qu’en 2022… » Derrière Stéphane Vojetta, on trouve Maxime Da Silva (La France Insoumise (LFI), Nouveau Front Populaire (NFP)) avec 26,18 %, Johana Maurel (RN, 19,49 %), José Sanchez Perez (divers centre, 5,17 %), Jérémy Fosse (divers gauche, 5,02 %), et Yohann Castro (divers droite, 4,81 %).
Dans la soirée du 30 juin 2024, Johana Maurel et le RN ont obtenu 46,04 % des voix, et Béatrice Mazel (Reconquête !) 2,81 %. Avec près de 49 % des suffrages exprimés, l’extrême droite continue de faire le plein en principauté
« Une période de turbulences et d’incertitudes »
Alors qu’en 2022, à Monaco le taux de participation avait été de 22 % au second tour, cette fois l’enjeu a poussé les Français de Monaco à se mobiliser davantage. Le taux de participation a doublé, pour atteindre, 44,02 % (2 359 votants sur 5 359 inscrits en principauté). Au lendemain de ce premier round, dans beaucoup de circonscriptions la course au maintien ou au désistement a été lancée. A gauche et dans le camp présidentiel, les discussions se multipliaient, alors que Monaco Hebdo bouclait ce numéro, le 2 juillet 2024. Ils avaient jusqu’au 2 juillet, 18 heures, pour s’entendre, ou non. Le deuxième tour se déroulera dimanche 7 juillet 2024, et il s’annonce particulièrement tendu. Il faut dire que l’enjeu est de taille. Lors d’une conférence de presse donnée par le gouvernement monégasque à propos du placement de Monaco sur la liste grise du Groupe d’action financière (Gafi) [à ce sujet, lire notre dossier spécial publié dans ce numéro — NDLR], le ministre d’Etat, Pierre Dartout, et le conseiller-ministre pour l’économie et les finances, Pierre-André Chiappori se sont montrés soucieux de la situation politique en France et en Europe.
Le ministre d’Etat, Pierre Dartout, et le conseiller-ministre pour l’économie et les finances, Pierre-André Chiappori se sont montrés soucieux de la situation politique en France et en Europe
La presse internationale, dans son ensemble, s’est elle aussi montrée inquiète suite à ce premier tour. En Allemagne, Der Spiegel a évoqué « la fin de l’ère Macron », alors que Die Zeit, a estimé que le 30 juin 2024 avait donné « un aperçu du sombre avenir qui nous attend […]. On ne peut pas exclure que le centre s’effondre dans un avenir proche, et pas seulement en France, et que les extrémistes de droite en particulier en profitent. C’est peut-être là le constat le plus amer de cette soirée électorale ». De son côté, le quotidien suisse Blick a estimé que « la France vient de s’installer démocratiquement, mais de façon durable, dans une période de turbulences et d’incertitudes peu propice à son redressement ». Quant au quotidien belge Le Soir, il souligne que « par un renversement total des valeurs et des idéaux, des jeunes, des ouvriers, des diplômes, des femmes comme des hommes ont décidé que l’espoir, aujourd’hui en France, est incarné par un parti raciste. […] Ce discrédit a le visage d’Emmanuel Macron, un président qui, loin de protéger pour de bon son pays contre l’extrême droite, l’a légitimée en lui abandonnant les urnes. »

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Cohabitation ou risque de blocage institutionnel ?
Après seulement trois semaines de campagne, la victoire du RN est un scénario possible, qui inquiète fortement les partis politiques de l’arc républicain. Pour obtenir une majorité à l’Assemblée nationale, le RN devra obtenir plus de 289 sièges sur 577. Le parti de Marine Le Pen pourra ensuite former un gouvernement et une cohabitation débutera. Quant à Emmanuel Macron, il sera alors obligé de nommer un premier ministre appartenant au camp du vainqueur. Des cohabitations ont déjà eu lieu en France en 1986, en 1993 et en 1997. Autre scénario possible : aucune majorité absolue n’est atteinte. Le chef de file du RN, Jordan Bardella, a déjà envisagé cette possibilité : il répète depuis le 9 juin 2024 qu’il refusera d’être Premier ministre, si son parti ne décroche pas la majorité absolue. En l’absence de majorité évidente, le risque de blocage institutionnel prend alors de l’épaisseur, et ce serait une première sous la Vème République. Pour l’éviter, il faudrait alors que les trois grands groupes politiques en course acceptent de créer une coalition. Mais les échanges ont été tellement vifs que cette hypothèse semble difficile à matérialiser. Sans gouvernement, ou avec un gouvernement fragile car minoritaire, il sera alors difficile de gouverner, et de voter des lois notamment. La gestion des affaires courantes pourrait être assurée. En revanche, le vote de la loi de budget, à l’automne, pourrait être un véritable casse-tête. L’Italie a connu plusieurs fois ce genre de situation. Notamment en 2018, suite à un rapprochement entre la Ligue de Matteo Salvini (extrême droite) et le Mouvement 5 étoiles de Luigi Di Maio, qui a fini par exploser. Ce qui a débouché sur la mise en place, pendant plus d’un an, d’un gouvernement technique, dirigé par Mario Draghi.
Ce vote des Français de Monaco contraste avec les résultats de ce premier tour des législatives dans la 5ème circonscription des Français de l’étranger. En effet, le premier volet de cette élection a été dominé par le député sortant, Stéphane Vojetta, qui s’est imposé avec 33,68 % des voix
Mais dans la cinquième circonscription des Français de l’étranger, à laquelle est rattaché Monaco, l’heure est, pour le moment, au second tour. Dès le 1er juillet 2024, Maxime Da Silva s’est montré offensif sur X. Félicitant les électrices et les électeurs qui ont voté pour lui, il a lancé une « mobilisation générale », avant d’ajouter : « Dimanche prochain, tournez la page du député macroniste Vojetta, qui a fait la preuve de son incompétence. Il est responsable du chaos dans le pays. » De son côté, Stéphane Vojetta a déjà prévenu, sur X également : « À partir du 8 juillet [2024 — NDLR], je serai prêt à travailler avec des députés LR, socialistes, écologistes, Libertés, indépendants, outre-mer et territoires (LIOT), une fois l’Assemblée nationale recomposée. Pour construire ensemble une majorité alternative à celle proposée par les lepénistes. » On sera fixé dans la soirée du 7 juillet.








