Le gouvernement a dévoilé les premiers résultats de la commission chargée de faciliter l’insertion des jeunes diplômés. Objectif?: éviter la fuite des cerveaux.
Ce n’est pas si évident que ça de trouver un emploi pour un jeune qui veut revenir à Monaco. Du coup, on a décidé de lancer une structure pour faciliter l’insertion des diplômés, avec une cellule exécutive. » Vendredi 29 octobre, en milieu de matinée, le conseiller pour les affaires sociales et la santé, Stéphane Valeri, a expliqué devant la presse pourquoi une commission d’insertion des diplômés a été officiellement lancée à Monaco en février. « C’était une volonté commune du gouvernement et du conseil national, a rappelé Valeri. Mais cette commission répond aussi à la volonté du prince de conserver la richesse intellectuelle en principauté, en offrant des opportunités de travail dans le secteur privé. Ce qui permet de faciliter le retour à Monaco des diplômés expatriés à l’étranger. »
« 42 entreprises ont signé »
Mais ce sont bien sûr les chiffres que Stéphane Valeri a tout de suite mis en avant. Environ huit mois après son lancement, la commission pour l’insertion des diplômés affiche un premier bilan jugé « encourageant » par le ministre d’Etat, Michel Roger, qui a rappelé que « ce dossier illustre ce que le gouvernement veut faire. C’est-à-dire une politique réactive et proche des habitants. » Résultat, une centaine de jeunes ont été reçus par la cellule exécutive de cette commission. Une cellule animée par Maryse Battaglia et Christine Soriano qui a contacté une centaine d’entreprises de la principauté. « 65 ont accepté le principe de s’engager avec l’Etat. Et 42 entreprises ont signé un protocole d’accord. Ce qui représente sur trois ans, une offre de 84 emplois pour des diplômés monégasques ou des résidents de la principauté », a indiqué le conseiller pour les affaires sociales et la santé. Parmi les entreprises qui ont décidé de s’engager, il y a bien sûr celles dans lesquelles l’Etat est majoritaire. Notamment la Société des bains de mer (SBM), le centre cardio-thoracique, le centre hospitalier princesse Grace (CHPG), le centre scientifique de Monaco (CSM) ou Monaco Telecom. Mais la grande majorité des entreprises qui a accepté de s’engager possède un actionnariat 100 % privé. Et des effectifs très variés. Comme par exemple QNCS Cruise (agence de voyage), Telis (téléphonie et réseaux), Novotel (hotellerie) ou Pantaneius (yachting).
Pour atteindre ces premiers résultats, la commission a d’abord commencé par contacter par courrier tous les jeunes qui profitent d’une bourse d’études et qui habitent à Monaco, avec un niveau au moins égal à un bac+2. Objectif?: pousser ces jeunes à se présenter devant la commission pour un entretien individualisé. En tout, 97 jeunes diplômés ou étudiants ont été reçus.
Du côté des entreprises, pas facile de convaincre en période de crise. Ce qu’a confirmé à Monaco Hebdo Maryse Battaglia?: « La crise a été un gros frein dans notre travail. Notamment pour des secteurs comme l’industrie ou la pharmacie. Mais si certaines entreprises préfèrent rester prudentes, rien n’est définitivement fermé. » D’ailleurs, sur la centaine d’entreprises contactées, les 13 qui n’ont pas accepté de participer à cette opération se justifient en parlant d’« une période économique difficile », en estimant que l’urgence est au maintien des effectifs actuels. Autre point de blocage, des locaux trop petits qui ne permettent pas forcément de recruter et donc d’accueillir de nouveaux salariés.
Parmi les autres freins, il faut aussi citer les craintes sur l’emploi des salariés monégasques?: « Au fond, la grande peur des entreprises, c’était surtout de se croire obligé d’embaucher un Monégasque pas forcément qualifié pour le poste recherché. Ce qui est complètement faux, bien sûr », ajoute Battaglia. Du coup, un gros travail d’explication a été mené, comme le reconnaît Stéphane Valeri?: « Il y avait besoin de dialogue pour briser des préjugés sur les Monégasques ou les enfants du pays. Parce que, parfois, certaines entreprises ont peur de ne pas pouvoir licencier un Monégasque. Ou elles pensent qu’un Monégasque est tellement protégé qu’on ne pourra pas le faire travailler comme un autre salarié. »
Deux ans de charges sociales offertes
Une fois ces barrières levées, il a fallu trouver un argument suffisamment intéressant pour que la centaine d’entreprises contactées accepte de jouer le jeu. Finalement, l’Etat monégasque a décidé d’offrir à l’employeur deux ans de charges salariales. En échange, les entreprises s’engagent à recevoir tous les candidats qui envoient leur CV. « Mais les entreprises recrutent bien sûr uniquement selon leurs besoins, reprend Maryse Battaglia. Ensuite, si un profil leur convient, le jeune diplômé signe alors un CDD de deux ans, qui peut être transformé en CDI, si tout s’est bien passé dans l’intervalle. » Car les 42 entreprises qui ont finalement accepté de signer un protocole avec la commission d’insertion des diplômés peuvent s’engager selon des formules différentes, comme le souligne Stéphane Valeri?: « Il y a deux types de contrats. D’abord, il y a les entreprises qui ont décidé de s’engager sur un nombre précis d’embauches. Elles sont 14. C’est très variable. Ca peut être une embauche par an ou tous les deux ans. Ce qui nous a permis d’arriver à un total de 84 embauches fermes sur les trois ans à venir. Ensuite, il y a les entreprises qui ont signé un protocole sans s’engager sur un nombre précis de recrutement. Mais qui acceptent de recevoir en priorité les jeunes présentés par la commission. » Quant aux 14 jeunes diplômés demandeurs d’emplois, 11 ont déjà trouvé un job. Notamment à la Société monégasque de l’électricité et du gaz (Smeg), chez Ascoma Jutheau-Husson ou chez Single Buoy Moorings. A noter que parmi les postes les plus recherchés à Monaco, on trouve l’ingénierie en informatique, en BTP ou en mécanique, les juristes généralistes ou spécialisés dans le courtage d’assurance ou les contrôleurs de gestion. Mais aussi le secteur de la biologie et de la santé.
En tout cas, pas question de relâcher l’effort. « C’est un travail qui continue. On garde le contact avec les entreprises », indique Maryse Battaglia. Mais pas facile d’arriver à faire en sorte que l’offre et la demande d’emploi se rencontre. D’ailleurs, certains secteurs recrutent en principauté, sans que de jeunes diplômés soient disponibles sur le marché du travail. « Le secteur shipping est très demandeur à Monaco. Mais il y a un manque de jeunes diplômés pour faire face », reprend Battaglia. Une certitude, la machine est lancée. Et Michel Roger ne compte pas en rester là?: « Fin novembre, une réunion aura lieu pour dresser un premier bilan de la commission et voir la stratégie à suivre pour 2011. »
Commission d’insertion des diplômés, contact?: 98 98 47 97 ou 98 98 47 44.