Lors de son passage au Sportel, Marco Simone, ancien joueur et entraîneur de l’AS Monaco, a livré sa vision du club rouge et blanc ainsi que son analyse du football français. Interview réalisée avant son retour à Lausanne.
Monaco Hebdo : Quels souvenirs gardez-vous de votre passage en Suisse la saison dernière ?
Marco Simone : J’ai passé presque 8 mois là-bas. Cela a représenté une très bonne période. J’ai connu un football dont j’avais suivi la progression grâce à la sélection ou des équipes comme Bâle ou Zurich. Mais j’ai vraiment été surpris par la qualité, la vitesse et les connaissances tactiques du championnat suisse. Ce championnat est très beau, même s’il est réduit à 10 équipes. Aujourd’hui, par exemple si Bâle venait en L1 française, le club pourrait très bien gagner le titre ! Une équipe comme le Grasshopper peut jouer l’Europe. Il s’agit d’équipes très solides, très fortes. On voit d’ailleurs les bons résultats de la sélection suisse…
M.H. : Pourquoi ne pas être resté à Lausanne ?
M.S. : Cela a été difficile, parce que j’ai pris le club à un moment où il était en grande difficulté. Après 14 matchs, il n’avait que 4 points ! Mais au-delà de la difficulté, j’ai beaucoup aimé travailler avec les Suisses, même si leur mentalité est un peu complexe à comprendre au départ… C’est très organisé, très respectueux. Les dirigeants du club m’avaient proposé de prolonger 2 ans, mais j’avais eu des propositions, notamment à Sion. Et je n’ai pas voulu prolonger à Lausanne. Malheureusement, au final, ça ne s’est pas concrétisé à Sion et je me suis retrouvé sans rien…
M.H. : Avez-vous des pistes à l’heure actuelle ?
M.S. : J’ai des discussions, mais rien d’officiel. En juin, j’ai décroché le Diplôme d’entraîneur professionnel de football (DEPF). Et depuis juillet, je cherche un club.
M.H. : Vous discutez avec des clubs français ?
M.S. : En France, ce sont surtout des contacts par rapport à des clubs qui ne vont pas très bien, que ce soit en Ligue 1 ou en Ligue 2. Mais il n’y a rien d’officiel.
M.H. : Votre ambition est donc de continuer à coacher ? Ou vous envisagez un retour comme consultant ?
M.S. : Non pour le moment je veux entraîner. Canal+ m’a proposé de monter de temps en temps comme invité, plutôt que comme consultant. Mais je suis vraiment dans l’optique de reprendre un club.
M.H. : Un championnat vous intéresse-t-il en particulier ?
M.S. : Aujourd’hui, je pense que la Suisse et la France sont mes deux priorités. Je me suis aussi intéressé à la Belgique et j’ai découvert un championnat d’un bon niveau, qui me plaît aussi beaucoup.
M.H. : A l’heure où tout le monde rêve d’Angleterre ou d’Espagne, vous non. Pourquoi ?
M.S. : Je suis réaliste. Sauf coïncidence particulière, je sais que je dois viser des championnats comme la France, la Suisse et la Belgique. Avec des équipes qui ne visent pas le titre. Je démarre une nouvelle carrière, et il faut que je me fasse mon expérience. A Monaco et Lausanne, j’ai su prouver que j’avais les capacités à être entraîneur. Je privilégie aujourd’hui des championnats « plus abordables », avant de tenter ma chance en Italie, en Espagne, en Angleterre ou même en Allemagne.
M.H. : Quel est le niveau du championnat suisse par rapport à la L1 à votre avis ?
M.S. : Il est presque impossible de confronter la L1 et le championnat suisse. La seule ressemblance, c’est qu’en France, on a Paris qui, même si les joueurs dorment un peu pour le moment, fait un championnat à part, puis 4 à 5 clubs qui ont un très très bon niveau. De même, il existe 4 à 5 clubs suisses et belges qui occupent le devant de la scène. Mais la différence, c’est qu’aujourd’hui en France, il y a tout de même un niveau supérieur, et que l’on trouve des « top players » grâce à l’arrivée d’investisseurs dans le championnat.
M.H. : Vous évoquez les top players. Les débuts de saison compliqués du PSG et de Monaco doivent vous affecter ?
M.S. : D’un côté, je ne suis pas inquiet. Le seul problème du PSG, en bien ou en mal, c’est de savoir qu’il a l’équipe la plus forte du championnat. Et dans ce cas de figure, inconsciemment, souvent, quand tu joues le championnat, tu penses qu’en faisant le minimum nécessaire tu peux gagner des matchs… Or ce n’est pas le cas. Même s’il est difficile de changer de mentalité quand on a débuté le championnat ainsi, je pense tout de même que le PSG va se réveiller prochainement. Monaco c’est un peu différent. Les asémistes ont subi un choc psychologique ! Ils sont passés en 3 mois du statut de seul club à pouvoir rivaliser avec Paris à celui de club qui va simplement se mêler à la lutte pour l’Europe… Les départs de Falcao, Rodriguez et autres ont affaibli l’équipe, et c’est aussi pour cette raison qu’ils ont mal démarré.
M.H. : Que pensez-vous de Laurent Blanc, coach du PSG, et de Leonardo Jardim, qui a remplacé Claudio Ranieri à l’ASM ?
M.S. : Laurent Blanc a montré qu’il avait la capacité de bien gérer une équipe championne de France. Il a apporté des choses différentes d’Ancelotti (coach du PSG de janvier 2012 à mai 2013, N.D.L.R.). Je pense que sa force, sur la première saison, a été de montrer qu’il pouvait gérer, à la différence de Bordeaux, une équipe pleine de stars qui avait déjà gagné. Sans tout bouleverser en arrivant. Il a montré un management très intelligent, à son image. Jardim, lui, a dû subir un choc. Il garde l’idée d’être compétitif et d’avoir des objectifs, tout en sachant qu’il n’a plus les mêmes outils qu’avant…
M.H. : Votre avis sur le changement de politique du club ?
M.S. : Le jour où il y aura une réponse claire et vraie, peut-être que je pourrais comprendre.
M.H. : Vous pensez que le fairplay financier (FPF) est une fausse excuse ?
M.S. : Je n’ai pas dit ça. Mais le FPF, aussi bien que les 50 millions d’euros d’arrangement avec la Ligue, n’est pas une réponse qui me donne satisfaction. J’attends une autre réponse, vraie, sincère.
M.H. : L’ASM peut-elle accrocher le podium en fin de saison ?
M.S. : Oui. Je pense que Jardim est un bon entraîneur, que le groupe est de qualité. En dehors de Paris, et de Marseille suite à son très beau début de saison, je ne vois pas d’autre équipe beaucoup plus forte que Monaco. Si les asémistes arrivent à trouver un bon équilibre, et s’ils travaillent bien, je pense qu’ils peuvent finir dans le trio de tête.



