dimanche 19 avril 2026
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La CDE à Hong Kong :
Rendez-vous en marché inconnu

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Une mission de la Chambre de développement économique s’est rendue à Hong Kong ainsi qu’à Shenzhen en Chine du 1er au 6 juin. Les sociétés monégasques participantes ont découvert les rouages d’une économie qui se développe en regardant constamment vers le haut.

Comme un cliché semblant tiré d’une carte postale, des baies de buildings coiffés d’enseignes mondialement connues se dévoilent sous un soleil brumeux. Hong Kong, l’ancienne colonie britannique rétrocédée à la République populaire de Chine en 1997 et bénéficiant d’un statut plus ou moins autonome jusqu’en 2047, se découvre tout en panoramiques verticaux et horizontaux. Image saisissante dans ce microcosme ultra-libéral aux allures de duty-free géant, le siège de Canon côtoie celui de Samsung tandis qu’à leurs pieds, leurs produits se revendent en masse dans les rues, dénués de toute taxe, et s’exportent depuis le port Victoria dans d’infinies quantités de containers multicolores vers d’autres contrées, où ils seront parfois surtaxés. Fresques tout aussi paradoxales à Central, où des boutiques de luxe occidentales cohabitent avec des échoppes du cru moins clinquantes, et à Sogo, où une majestueuse galerie Times Square domine marchés de poissons à l’atmosphère bouillonnante et étroites bâtisses délabrées ayant inspiré le réalisateur Wong Kar-Wai par le passé.
Flairer la croissance hong kongaise et ses opportunités constituait l’objectif principal de la délégation de la Chambre de développement économique de Monaco. Et pour observer les clés de cette économie tournée à plus de 90 % vers le tertiaire et galopante (+ 1,5 % de croissance en 2012, + 2,8 % sur les quatre premiers mois de 2013), la CDE s’est envolée avec les entreprises suivantes : Rosemont Monaco, le cabinet François Jean Brych, Invent International, Marco Research, Luk Immobilier, Manufacture de Porcelaine de Monaco, APM, Monte-Carlo Reserve, Williams&Co, SME, Monaco Telecom, Phonesoft et la Direction du tourisme et des congrès. Multiples apparaissent les avantages qui font de Hong Kong, une place majeure en Asie. On pourrait même dire incontournable pour décrire la 9ème économie mondiale en termes d’échanges commerciaux, la 11ème au niveau des exportations. Les principaux marchés d’Asie sont à moins de quatre heures de vol et rallier la moitié de la population mondiale prend moins de cinq heures. Le port aux parfums (traduction littéraire de Hong Kong) était, en 2012, le deuxième lieu attirant le plus d’investissements directs étrangers en Asie après la Chine (83 milliards de dollars) et le quatrième à travers le monde, derrière les Etats-Unis, la Chine et la Belgique.
Evoquer la région administrative spéciale de Hong Kong comme la ou une porte d’entrée pour pénétrer le marché chinois divise cependant. Sur la partie continentale de la Chine, plusieurs zones économiques spéciales se sont créées à l’instar de Shenzhen, ville frontalière de Hong Kong (lire par ailleurs).

Le pont vers l’Empire du milieu ?
Néanmoins, pour l’homme d’affaires et consul de Monaco à Hong Kong, Chee-Chen Tung, « une entreprise ne peut avoir du succès en Chine que si elle en a d’abord eu à Hong Kong ». « Hong Kong est déjà une porte d’entrée sur un plan physique et aussi pour le secteur des services. Depuis les accords de juin 2003 avec la Chine, nous sommes un même pays avec deux systèmes différents. Plusieurs protocoles exemptent des produits fabriqués à Hong Kong de taxes lors de leur exportation en Chine », ajoute le diplomate, qui possède la 13ème fortune de Hong Kong selon Forbes. Shirley Huen, la présidente de la Chambre de commerce générale de Hong Kong, voit la région comme « la partie la plus internationale de la Chine, le plus grand marché intérieur du pays ». « Nous serons capables d’aider le reste de la Chine à se connecter au reste du monde », estime-t-elle.
Raphaël Beaudrey travaille pour Rosemont sur place. L’antenne prend en charge des familles qui ont immigré à Hong Kong, souhaitent constituer des sociétés ou être conseillées pour la gestion de leurs activités. Selon Raphaël Beaudrey, « Hong Kong est une anti-chambre de la Chine ». Il voit d’ailleurs en Hong Kong ce que sera « la Chine dans 50 ans ». « Une personne qui n’a aucune expérience du marché asiatique va au casse-pipe si elle va directement en Chine. Elle risque de tomber dans beaucoup de pièges », développe-t-il, évoquant notamment les lois, relevant du droit anglais, davantage protectrices à Hong Kong qu’en Chine. « Hong Kong, c’est un accès au marché chinois car c’est la porte de sortie des entrepreneurs chinois pour s’étendre sur l’Asie. A Hong Kong, les lois sont claires mais une fois dans le milieu, il y a des barrières. C’est mieux d’avoir quelqu’un à ses côtés sur place qui a l’habitude de traiter », rajoute-t-il. « Les grosses multinationales vont directement en Chine. Le marché chinois est tellement grand que tout le monde veut en avoir une partie. C’est très difficile car il y a beaucoup de concurrents qui font la même chose. La concurrence est féroce. Ils n’attendent pas que Monaco vienne », renchérit Peter Brigham, cadre supérieur chez Rosemont Monaco. Quelques avis dissonants se font entendre comme celui de Joram Rosewicz, directeur général de la Manufacture de porcelaine de Monaco : « A Shanghai, à Pékin ou à Singapour, chacun prêche pour sa chapelle et c’est légitime. Il y a la difficulté de faire la part des choses mais il ne faut surtout pas tout prendre pour argent comptant. »
Les chiffres fournis tant par Hong Kong que la Chine révèlent un lien très fort entre les deux économies. Selon les statistiques du gouvernement chinois, Hong Kong demeurait en 2012 son deuxième partenaire sur le plan commercial. Selon celles du gouvernement hong kongais, la Chine était l’investisseur majeur. 721 compagnies chinoises étaient recensées dans l’ex-colonie britannique fin 2012. Autre donnée à prendre en compte pour rendre compte de l’imbrication : 44,1 % des projets à capitaux étrangers approuvés sur la partie continentale chinoise, disposaient d’intérêts à Hong Kong.

Monaco, porte d’entrée européenne pour Hong Kong
Si la Principauté a une carte à jouer sur le marché hong kongais et plus globalement sur le marché chinois, elle réside dans la transmission d’un certain savoir-faire dans l’organisation d’événements mais aussi dans le domaine du luxe. Mais quelle image de Monaco circule à Hong Kong ? « Quand on parle de Monaco, il faut dire Monte-Carlo car sinon on comprend Morocco (Maroc en anglais). Pour eux, Monaco, c’est quelque part sur la French Riviera. Ils connaissent le prince, le casino, le Grand Prix et aussi l’AS Monaco. Le shipping est connu des hommes d’affaires. Après, ça reste une grande découverte », résume Raphaël Beaudrey. « Les gens qui connaissent Monaco à Hong Kong savent que la Principauté repose essentiellement sur le tourisme, le commerce, la création et l’immobilier. Ils savent également qu’on peut conduire un business n’importe où en Europe depuis Monaco. Je pense que les gens intéressés par l’Europe doivent être sensibilisés à la principauté », souligne encore le consul Chee-Chen Tung.

Libéralisme aux frontières de la Chine

A Shenzhen, la première zone économique spéciale chinoise, l’ambassadeur de Monaco en Chine, Catherine Fautrier fait le point sur les relations sino-monégasques.

Une ville teintée de gris et de vert. Cette impression bicolore que donne Shenzhen avec ses gratte-ciels, dont certains figurent parmi les plus grands du monde, et ses vastes espaces de verdure, révèle une urbanisation contrôlée. L’agglomération, jumelée avec Houston et Nuremberg, est ordonnée, traversée par de grands flux de véhicules. De Shenzhen proviennent le plus souvent les produits high-tech estampillés Made in China. Depuis 1980, la cité est une zone économique spéciale (ZES). Les entreprises bénéficient de lois économiques plus avantageuses qu’ailleurs dans le pays. L’ancien village de pêcheurs, qui se situe à la pointe du delta de la Pearl Riviera, revendique l’un des cinq chiffres d’affaires les plus élevés de la Chine continentale. Son PIB atteignait 200 milliards de dollars en 2012 selon le maire de la ville, Xu Qin.
Shenzhen symbolise une Chine qui se mute en puissance dominante. McDonald’s y a ouvert sa première franchise chinoise en 1980 et, signe que la Chine est un marché autant prisé que soigné par les investisseurs étrangers, sert du riz dans ses menus depuis début juin. Avec une croissance à 10 % en 2012, Shenzhen a certes enregistré son taux le plus bas depuis sa transformation en ZES mais au vu de la conjoncture, a de quoi être enviée. « Les ZES se développent un peu partout. On a affaire à la mise en place de mécanismes de plus en plus souples. Avant, c’était très compliqué d’ouvrir une société mais cela l’est de moins en moins », explique Catherine Fautrier, l’ambassadeur de Monaco en Chine. « La Chine investit dans tous les secteurs. Monaco a des avantages. Il faut considérer cela de manière attentive quand on voit la situation économique de l’Europe. Le continent asiatique est encore le seul où on peut parler de progression, d’investissement », poursuit-elle.

Ne pas avoir peur de la Chine
Les relations sino-monégasques ont franchi un palier en 2012. Selon Catherine Fautrier, « l’exposition internationale de Shanghaï a donné une visibilité beaucoup plus importante qu’auparavant à Monaco sur le territoire chinois. C’est aussi pour cela que les liens s’intensifient au fur et à mesure entre les entreprises des deux pays et d’autres secteurs. » La diplomate indique que si la Chine peut « inquiéter la France ou les Etats-Unis », Monaco n’a pas à en avoir peur, n’étant « pas en compétition économique » avec elle. « On peut proposer un certain nombre de choses pour que des investissements chinois soient faits à Monaco. L’objectif n’est pas d’accueillir la Chine entière en principauté. On a un système qui nous permet de faire une sélection à l’entrée », dit-elle. « Quelques compagnies chinoises sont prêtes à investir à Monaco. Celles qui visent le marché européen sont désireuses d’y implanter leur siège. Notamment dans les milieux de l’art et du marketing », assure Xuewen He, président de la chambre de commerce de Shenzhen (CCPIT).

« La Chine toujours en apprentissage »
Reste à savoir si Monaco est vraiment armé pour accueillir la clientèle chinoise. « Le premier restaurant chinois se trouve à Cannes », ironise un participant du voyage, qui compare les Chinois fortunés aux nouveaux Russes d’hier. Pour la représentante de la principauté, « on doit tous s’adapter pour accueillir la clientèle chinoise, pas que Monaco ». « Il y a un fossé culturel entre l’Asie et l’Europe. Monaco n’est pas en reste. Il y a encore quelques efforts à faire. Je suis fière de pouvoir dire que nos élèves apprennent le mandarin à l’école. Ce n’est pas courant dans les autres pays », précise-t-elle. Catherine Fautrier juge également qu’il existe « des opportunités » pour les entreprises monégasques en Chine : « La Chine est toujours en apprentissage dans certains domaines dont ceux du luxe et des services. Monaco possède une expertise en la matière et peut apporter son savoir-faire. »

martin peronnet chez Huawei

Huawei, partenaire particulier de Monaco Telecom

L’opérateur monégasque Monaco Telecom a signé, le 4 juin, un partenariat à Shenzhen avec le géant des télécoms chinois Huawei.

C’est au beau milieu d’un campus à l’apparence de Sillicon Valley asiatique que le directeur général de Monaco Telecom, Martin Perronet et un représentant de Huawei, Tang Qibing ont entériné leur partenariat. La signature est intervenue après une présentation de deux heures des succès et innovations du groupe chinois dans un show-room futuriste. L’accord signé est d’importance majeure. Il va permettre à Monaco Telecom de déployer la 4G en principauté en octobre après l’avoir testé durant le Grand Prix avec Huawei. « Pendant le Grand Prix, on a atteint une qualité de service qu’on avait jamais connue. On a toujours un objectif supérieur au taux de 98,5 % de succès d’établissement d’appel. On était au-delà de 99 % », décrit Martin Perronet. « On va étendre nos solutions à Monaco pour couvrir les intérieurs, les tunnels, les galeries commerciales dans le but d’améliorer drastiquement la couverture de Monaco Telecom et puis pour acquérir de l’expérience dans cet environnement très particulier qu’est la principauté », complète Philippe Perrin, le directeur général de Huawei en France.

Monaco comme vitrine
Une collaboration pourrait émerger pour la mise en place du FTTH (fiber to the home). « Il s’agit d’un réseau de fibre optique qui arrive chez l’abonné directement ou au pied de son immeuble. Il présente l’intérêt de pouvoir conserver le réseau cuivre, ce qui évite de lourds travaux. On pourrait atteindre jusqu’à un Giga de débit », dit Martin Perronet. Le partenariat prend une dimension supplémentaire lorsqu’on le connaît l’ambition de Huawei. Le groupe veut faire de Monaco sa vitrine en Europe. « On essaye de trouver des conditions qui font que Huawei a intérêt à investir à Monaco et que nous avons intérêt à travailler avec eux. Outre l’accès en priorité à leur nouvelle génération de réseau 4G, une possibilité existe pour que des clients chinois choisissent Monaco comme leur centre d’hébergement pour l’Europe. Le prochain événement européen de Huawei se tiendra à Monaco. Huawei progresse très vite et a énormément d’ambitions », observe le directeur général de Monaco Telecom.

Mauvaise image
L’image de Huawei a cependant été ternie ces dernières années. D’abord aux Etats-Unis où l’équipementier a été jugé indésirable par l’administration Obama. Huawei a été bloqué pour raison de sécurité d’Etat en 2011 et s’est vu interdire la construction de réseaux 4G sur le territoire américain. Plus récemment, Huawei a été visé dans les affaires de cyber-espionnage des Etats-Unis par la Chine. « La commission européenne a lancé une lettre d’avertissement à la Chine pas à Huawei. On ne représente pas la Chine. C’est une discussion d’Etat à Etat », nuance Philippe Perrin, directeur général de Huawei France. La situation a tout de même conduit le géant chinois à se retirer, fin avril, du marché américain pour se focaliser sur d’autres secteurs.
En Europe aussi, Huawei est tancé. Outre les doutes sur la sécurité des réseaux, la Commission européenne accuse le groupe de télécoms de dumping. Ce qui n’effraie pas Monaco Telecom. « On a choisi le meilleur partenaire pour notre cas. On a choisi quelqu’un qui est très présent en PACA car Huawei fournit SFR en 3G et en 4G. Ce sont les premiers fournisseurs de SFR et de Bouygues et sont leaders en Italie et en Allemagne. Si Huawei était amené à se retirer de l’Europe, ce serait très grave pour nous mais je considère plutôt qu’il s’étend en Europe. Huawei a un rayonnement qui va au-delà des quelques mouvements d’humeurs qu’on voit à la Commission européenne », analyse Martin Perronet. Sur le marché mondial des smartphones, Huawei occupe la troisième place derrière Apple et Samsung, avec 5 % de parts de marchés. Ses terminaux seront vendus par Monaco Telecom.

Michel Dotta

Michel Dotta : « Trouver des ouvertures »

Pour le président de la Chambre de développement économique de Monaco, la mission à Hong Kong et à Shenzhen consistait d’abord à chercher des opportunités pour les entreprises monégasques participantes.

 

Monaco Hebdo : Quels ont été les enjeux de cette mission à Hong Kong ?

Michel Dotta : Dans un premier temps, il s’agissait de prospecter pour des opportunités, d’entrer sur le marché chinois par le biais de Hong Kong parce que Hong Kong représente de nombreux avantages. Par exemple, en Chine, les vins sont taxés, ils ne le sont pas à Hong Kong.

M.H. : Le modèle de Hong Kong, où l’on peut créer son entreprise en trois jours en moyenne, doit-il inspirer Monaco ?
M.D. : Cela paraît évident. C’est une des volontés du gouvernement monégasque avec la modernisation du droit économique. Dans le projet de loi, il se donne les moyens d’ouvrir rapidement une société. Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de le faire en trois jours. Un mois, je ne pense pas que ce soit un délai gênant pour le dépôt de nom d’une société.

M.H. : Dans quel domaine Monaco peut-il prendre exemple sur Hong Kong ?
M.D. : Ce qui m’a impressionné, c’est la capacité de rebondir qu’a eue Hong Kong. Plus particulièrement que les autres pays asiatiques puisque Hong Kong a été touché d’abord par la crise asiatique en 1997 puis par la fièvre aviaire qui a vidé le pays. Ils ont rebondi très vite. Peut-être que cela serait une source d’inspiration pour Monaco. Je ne suis pas sûr que nous ayons une faculté d’adaptation aussi rapide. Les Asiatiques rebondissent très vite par rapport à nous Européens.

M.H. : Comment la Principauté peut-elle attirer la clientèle asiatique ?
M.D. : Des gens comme la famille de M. Tung, notre consul à Hong Kong, sont installés à Monaco depuis 1950. Il y a déjà eu des Asiatiques à Monaco. Ce que l’on peut leur offrir, c’est le phénomène de club, à savoir d’entrer dans un club. Ce sont quand même des gens à la mentalité anglo-saxonne. Ils sont très preneurs de clubs. Dans ce sens, Monaco Private Label a été une très bonne idée du gouvernement. On donne une carte d’accès à un club qui est supposé se baser sur des happy few (personnes privilégiées, N.D.L.R.). On ne pourra attirer les gens de Hong Kong ou d’Asie que dans ce secteur-là. A Macao ou à Hong Kong, le dimanche dans la rue, il y avait une marée humaine dans les shopping streets (avenues entièrement dédiées au commerce, N.D.L.R.). Cela est inaccessible en principauté.

M.H. : Parce qu’on ne peut pas travailler 7 jours sur 7 à Monaco ?
M.D. : Ouvrir les magasins 7 jours sur 7, cela va de soi car l’on vit dans un monde moderne. On ne peut plus vivre sans les ouvrir toute la semaine. Autre exemple, à Macao, il existe un hôtel de plus de 2 800 chambres. C’est plus que la capacité de toute la place hôtelière monégasque. Il faut savoir raison garder, juger ce que l’on peut faire.

M.H. : Hong Kong n’est-il pas un géant au pied d’argile ?
M.D. : Il ne faut pas oublier que Hong Kong, qui est adossé à la Chine, bénéficie d’un statut privilégié. Singapour a un éventail beaucoup plus large car cela va attirer l’Asie du sud-est alors que Hong Kong est principalement lié à la Chine.

M.H. : Inciteriez-vous des sociétés monégasques à venir s’implanter à Hong Kong ?
M.D. : Parfois, il y a des entreprises qui travaillent avec d’autres pays, et nous n’en avons pas connaissance. A Monaco, le concept de confidentialité est très poussé. Non pas par crainte mais par modestie. On l’a vu avec Single Buoy Moorings. Personne dans la population résidente monégasque ne pouvait imaginer que cette société pouvait être aussi diversifiée sur le plan international et qu’elle dispose de telles installations dans le monde entier. Ces sociétés n’ont pas de besoin de se mettre en avant. Les entreprises implantées à Monaco recherchent la discrétion à tous les niveaux. On a certainement une mauvaise connaissance de notre tissu économique local et de ses capacités.

M.H. : Que peut tirer la CDE de son déplacement à Shenzhen ?
M.D. : On va chercher à trouver des ouvertures. Monaco Telecom en a trouvé une avec Huawei qui est basé à Shenzhen. On va essayer de trouver des opportunités de collaboration pour des entreprises monégasques auxquelles nous ne pensons pas. Il faut savoir que le but de Huawei, en s’installant à Monaco, c’est que la Principauté devienne sa vitrine pour l’Europe. A tel point qu’ils envisagent même un certain sponsoring dans la Formule 1. Cela va leur permettre de montrer leur savoir-faire.

M.H. : La venue d’une délégation de Hong Kong à Monaco est-elle envisageable ?
M.D. : Je ne pense pas parce que Hong Kong méconnaît totalement Monaco pour l’instant. Ça se fera plutôt par opportunité. Comme pour Huawei.

M.H. : Les sociétés de Hong Kong ont tout de même conscience que la Principauté est une porte d’entrée pour l’Europe ?
M.D. : Je suis tout à fait d’accord. Mais encore faut-il qu’ils arrivent à mobiliser les gens au même moment pour un voyage relativement long.

M.H. : Finalement, c’est un partenariat qui se développera sur le long terme sur les deux pays ?
M.D. : Cela nous permet déjà de mieux nous connaître, ça permet surtout aux entreprises monégasques de voir ce qui se fait ailleurs, de s’en inspirer. Nous pouvons être un modèle pour eux sur certains secteurs, notamment celui du luxe ou même un savoir-faire en termes d’organisation d’événements. On a quand même un yacht club qui est mondialement connu. S’ils viennent nous voir, ils apprendront certainement quelque chose.

M.H. : Monaco a-t-il quelque chose à apprendre de l’accueil à Hong Kong ?
M.D. : Etonnement, non. Je trouve que la qualité de l’accueil en principauté est relativement bon voire très bon. Les gens parlent plusieurs langues, ce n’est pas le cas dans tous les pays du monde. S’il y a des améliorations à faire, c’est davantage par secteurs. L’hôtellerie monégasque peut certes faire mieux mais elle n’est pas si mal. A Hong Kong, il y a un phénomène de masse. Il y a deux réceptionnistes à Monaco quand il y en a sept là-bas. C’est plus pratique mais l’efficacité des personnes n’est pas toujours au même niveau. En principauté, il y a des gens qui sont très efficaces à eux tous seuls. Sur le fait d’organiser des repas chauds de près de 800 personnes, je ne suis pas certain que beaucoup d’endroits à travers le monde puissent rivaliser avec nous.

M.H. : D’autres déplacements de la CDE sont-ils prévus sur le territoire asiatique ?
M.D. : Singapour. Mais les gens ne sont pas très preneurs. Ils aiment bien apprendre mais pas donner leurs secrets. Ils reviennent pour le Grand Prix l’an prochain pour faire une mise à jour. Ils étaient venus pendant deux années consécutives avant de créer leur propre circuit. Pour nous, en revanche, il y a beaucoup à apprendre à Singapour. Ce serait une ouverture de la même équivalence que celle de Hong Kong. Singapour est cependant davantage multiculturel. Shanghai, c’est trop compliqué.

M.H. : Des voix s’élèvent taxant Hong Kong comme Monaco de paradis fiscaux. C’est injustifié selon vous ?
M.D. : Tout d’abord Monaco n’est pas un paradis fiscal. La Principauté et Hong Kong sont des Etats qui ne sont pas endettés. Ils sont auto-suffisants. Or, de quoi vit un Etat ? De taxes. Ils perçoivent suffisamment de taxes, à Monaco la TVA et l’ISB, pour être auto-suffisants. Il serait plus intelligent de la part de certains pays de s’en inspirer et de mettre les taxes au bon endroit. L’Europe a aujourd’hui besoin de relance. Je ne vois pas comment on peut la relancer sans une vision keynésienne. Quand vous êtes en déflation et que vous ajoutez de la rigueur, le pays meurt et le chômage augmente. Je ne vois pas bien le lien de cause à effet entre la fiscalité et les problèmes que ces pays ont aujourd’hui. Il faut avoir du courage politique. L’Irlande a, grâce à son taux d’imposition, les plus grandes compagnies américaines sur son territoire. On parle toujours des individualités mais ce sont les grandes boîtes, américaines notamment, qui défiscalisent des milliards. C’est classique ce qu’on vient de découvrir. Cela a toujours existé.

rencontre B2B

A la recherche d’une opportunité

Lors des rencontres business to business, certaines entreprises de la délégation monégasque de la CDE ont pris des contacts pour faire d’éventuelles affaires avec des sociétés de Hong Kong.

En plein cœur du centre des congrès de Hong Kong, les 5 et 6 juin, l’ambiance était propice aux échanges. Sept entreprises ont obtenu des rendez-vous avec des sociétés locales. Parmi elles, la Manufacture de porcelaine de Monaco, représentée par son directeur général Joram Rozewicz. La Manufacture, créée en 1973, entend ouvrir une boutique d’ici juin 2014 dans la région. « A Monaco, on a l’opportunité de rencontrer des gens du monde entier pour s’étendre à l’extérieur. Des gens nous ont demandé si on vendait en Chine », relate Joram Rozewicz. « On a eu des contacts qui nous font penser qu’on a des bonnes chances en Asie, à Hong Kong et sur le marché chinois. Nous sommes venus chercher des partenaires financiers et stratégiques pour monter au moins une boutique dans la région. Ce serait notre deuxième magasin après celui ouvert au Métropole à Monaco en 1988. Il y a des opportunités car notre gamme va s’élargir (décoration, cristal, couverts, linge de table et vases). Nous faisons une sélection d’objets, créés par des sociétés françaises », développe-t-il.

« Les marchés émergents plus réceptifs »
Le directeur général de la Manufacture de porcelaine de Monaco a enchaîné plusieurs rendez-vous afin de trouver des associés. « Si la boutique contient 90 % de produits MPDM, on peut mettre notre marque sur l’enseigne. On ne pouvait pas vendre le concept à des partenaires sans avoir le reste de la gamme », indique Joram Rosewicz. Outre la recherche d’associés pour l’ouverture d’un magasin, la société visait principalement les « revendeurs ». « Il peut s’agir de grands magasins plus luxueux et plus abordables que les grandes galeries parisiennes ou de boutiques spécialisées et multi-marques. Mais dans ce dernier cas, on se retrouve un peu dilué », explique-t-il. La concurrence ne risque-t-elle pas d’être féroce dans un pays célèbre pour ses vases Ming ? « On ne leur vend pas de la porcelaine mais un art de vivre », rétorque le directeur général de la Manufacture. Celui-ci réfute pour l’instant l’idée d’une production d’objets en Chine. Il faudrait obtenir pour cela un accord de licence dans le but de « fournir le marché chinois de l’hôtellerie haut de gamme ». « Si on arrive à faire connaître et développer Manufacture de porcelaine de Monaco, les opportunités viendront. Des opérateurs locaux nous proposeront de fabriquer mais pas pour revendre à Monaco », détaille Joram Rosewicz. « Etablir une marque sur les vieux marchés est très compliqué et très cher. Les marchés émergents sont beaucoup plus réceptifs par leur manque de connaissance. Cela vaut pour la Chine comme pour l’Inde, la Russie ou le Kazakhstan. Un nouveau joueur ne fait pas peur », analyse-t-il encore.

« Hong Kong, un carrefour »
Nul doute que le directeur général de la Manufacture de porcelaine profitera des conseils de la société APM, spécialisée dans la fabrication et vente de bijoux. Créée en 1991, elle dispose déjà d’une antenne à Hong Kong et ses produits sont vendus en Europe, au Japon, en Corée, en Malaisie ou encore en Australie. Philippe Prette, le président d’APM, multiplie les allers-retours entre Monaco et Hong Kong tandis qu’Aldo Belmonte, le directeur général, y est installé avec femme et enfants depuis quatre ans. « Nous sommes basés sur l’entrée/moyen de gamme et notre chiffre d’affaires annuel s’élève à 85 millions d’euros. Les modèles sont dessinés à Hong Kong, les bijoux sont fabriqués en Chine à deux heures de ferry. La French Touch est très importante, ça plaît beaucoup aux Asiatiques. L’Europe reste notre plus gros marché. Il représente 75 % de notre production. Toute la production exportée vers l’Europe passe physiquement par Monaco », raconte Aldo Belmonte qui juge « superbes » les perspectives d’APM. La société entend s’intéresser aux marchés de la Chine, l’Inde ou encore de la Russie. « Certains pays sont si grands qu’on ne sait pas comment les attaquer. Mais Hong Kong est un carrefour. Tout le vrai business passe par là », dit-il.

Bordeaux chinois
Anna Rockall, directrice de la société Monte-Carlo Reserve, a, elle, obtenu « quatre entretiens » au cours des B2B. Son créneau : la vente de vins français sous la marque Monte-Carlo Reserve. La jeune entreprise, fondée en 2012, propose du rouge (Bordeaux, Pomerol, Pauillac), du blanc (Pouilly-Fuissé) et du rosé (Coteaux d’Aix-en-Provence). Les prix vont de 8 à 26 euros la bouteille. « Il faut faire une sélection de vins français pour le marché chinois car si on n’a pas été élevé avec, comprendre les vins français, c’est difficile », estime Anna Rockall, pour qui « les bordeaux sont les vins les plus aimés en Chine ». « Le nom de Monte-Carlo nous aide pour être reconnus facilement et puis, c’est l’assurance du luxe », décrypte-t-elle. Quant à Gianni Angelini, il portait une double casquette lors du déplacement de la CDE à Hong Kong. L’homme est gérant de My Sushi et d’Invent International. « C’est la première fois que je venais à Hong Kong. J’ai pu observer des concepts de restauration qu’on peut importer en Europe. Hong Kong fait partie des deux-trois endroits qui ont de bons concepts en la matière. Ensuite, j’ai pris des rendez-vous avec des sociétés de restauration pour vendre la franchise My Sushi », résume l’homme d’affaires. « Il y a beaucoup de restaurants japonais à Hong Kong. Mais il n’y en a jamais assez. L’offre crée la demande », constate-t-il. Pour sa boîte d’événementiel, Gianni Angelini a noué des contacts avec la société Eventist qui organise des événements à Hong Kong.

Investissements
Stéphane Giaccardi, président de la Société monégasque d’électronique, s’était rendu à Hong Kong en premier lieu pour découvrir le marché hongkongais. « J’ai eu un rendez-vous avec des personnes très actives dont une parlait le français. Le mot « partenariat » est un peu fort. Disons que l’on pourrait acheter voire distribuer certains de leurs produits, notamment dans le domaine de la vidéo-surveillance », affirme-t-il. La délégation comptait également Peter Murphy dans ses rangs. L’ambassadeur de l’Ordre de Malte à Monaco a prospecté en Chine et à Macao pour la SAM Marco Research, spécialisée dans les études de marché et d’investissements pour des clients américains, britanniques et européens intéressés entre autres par les marchés asiatiques. « Nous avons des particuliers au patrimoine financier important qui veulent investir dans le troisième monde (Asie du sud-est, Afrique, Moyen-orient). Ce sont des gens qui à l’instar de Bill Gates veulent investir là où ils peuvent aider les autres. Ils veulent une dimension humanitaire à leurs projets », indique Peter Murphy, qui cherchait des « hunters » (chasseurs) pour l’aider dans sa tâche. Le diplomate a également rencontré des investisseurs chinois désireux de s’implanter à Monaco. Un avocat qui veut ouvrir un bureau en principauté et une femme « assez fortunée et prête à investir dans des hôtels et des immeubles ». Deux autres sociétés, Phonesoft (informatique) et Williams & Cie (emballage papier/carton) ont également pris aux B2B. Enfin, Christophe Brico, représentant la Direction du tourisme et des congrès, a promu la destination Monaco, devant une audience certes limitée mais intéressée.

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