vendredi 24 avril 2026
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Moneyval, Greco, UE, budget… Rentrée studieuse pour le gouvernement princier

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Le gouvernement princier a effectué, mercredi 20 septembre 2023, sa rentrée médiatique. L’occasion pour l’exécutif monégasque de dresser sa feuille de route pour les prochains mois. Et le programme promet d’être chargé, avec de nombreux dossiers chauds sur la table.

Le ministre d’État Pierre Dartout a convié la presse à sa traditionnelle conférence de rentrée, mercredi 20 septembre 2023, en présence de l’ensemble de son gouvernement. Seule la conseillère-ministre aux relations extérieures et à la coopération, Isabelle Berro-Amadeï, manquait à l’appel, retenue à New York avec le prince Albert II pour la 78ème assemblée générale de l’ONU. « Les rentrées sont toujours des moments assez intenses, pas toujours faciles. À chaque fois, le mois de septembre est un peu tendu », a reconnu en préambule Pierre Dartout rappelant le contexte international de cette rentrée 2023 marquée par les conséquences de la guerre en Ukraine, les catastrophes naturelles et une situation économique difficile. Loin d’être hermétique à cette morosité ambiante, la principauté reste malgré tout solide a insisté le chef du gouvernement : « Nous avons une bonne situation économique, avec une croissance sensible des activités, et une saison estivale touristique très réussie ». Mais pas question, pour autant, de se reposer sur ses lauriers. Car plusieurs dossiers chauds se trouvent sur le bureau de l’exécutif, à l’occasion de cette rentrée 2023.

Gouvernement princier conférence
© Photo Frédéric Nebinger / Direction de la Communication

Pour Moneyval, « la bataille n’est pas gagnée »

À commencer par celui des organes européens de lutte contre la corruption (Greco) et contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (Moneyval). Contrainte de répondre à leurs exigences sous peine de se trouver à nouveau placée sur la liste grise des pays non coopératifs de l’OCDE, la principauté s’emploie depuis plusieurs mois à voter un certain nombre de textes législatifs et réglementaires pour se conformer aux standards européens. Mais du chemin reste encore à parcourir d’ici la prochaine évaluation prévue en mars 2024. « Pour Moneyval, nous continuons la mobilisation. La bataille n’est pas gagnée, mais nous faisons tout pour qu’elle le soit », a assuré le ministre d’État, appelant à la mobilisation générale « du gouvernement, mais aussi [de] l’ensemble des acteurs institutionnels et non institutionnels, économiques et politiques du pays ». Concernant le Groupe d’États contre la corruption (Greco), Pierre Dartout s’est ensuite montré relativement serein et confiant à l’approche de la nouvelle évaluation de ce « satellite du Conseil de l’Europe » : « Nous avons prévu un certain nombre de dispositifs de transparence, de rigueur de la gestion des affaires publiques et de la non-interférence entre affaires publiques et privées ». Rappelons que, depuis l’été 2023, une ordonnance souveraine n° 9931 du 15 juin 2023 délimite un « régime juridique spécifique à la déontologie des membres du gouvernement » monégasque [à ce sujet, lire notre article Corruption : de nouvelles règles pour éviter les conflits d’intérêts]. « La question du conflit d’intérêts ne se pose pas de la même façon à Monaco, 40 000 habitants, et en France, 66 millions d’habitants, a toutefois souligné Pierre Dartout. Nous devons appliquer les textes, les procédures avec ambition et volontarisme. Mais nous devons toujours demeurer pragmatiques ».

« Pour Moneyval, nous continuons la mobilisation. La bataille n’est pas gagnée, mais nous faisons tout pour qu’elle le soit »

Pierre Dartout. Ministre d’Etat

Pour mener à bien ces deux dossiers, le gouvernement princier peut désormais compter sur l’expérience de Marco Piccinini de retour aux affaires du département des finances et de l’économie depuis le départ de Jean Castellini. Le nouveau conseiller-ministre a profité de cette première apparition publique pour évoquer ses priorités, au premier rang desquelles figure Moneyval : « Nous devons agir comme un commando pacifique. Il faut avoir cette mentalité, et sortir de cette période de suivi renforcé, a déclaré Marco Piccinini, avant de revenir sur les prochaines échéances. Les parties III et IV des textes législatifs seront votées ultérieurement. Au mois de mars [2024 — NDLR], on rendra notre copie au groupe d’action financière (GAFI). En attendant, nous renforçons nos efforts ».

« Monaco ne tourne pas le dos à l’Europe. Nous sommes toujours animés par le souci d’avoir un partenariat avec l’UE, quelle qu’en soit la forme. Mais une forme qui acceptera les principes fondateurs de l’état monégasque »

Pierre Dartout. Ministre d’Etat

« Monaco ne tourne pas le dos à l’Europe »

Autre dossier brûlant, les négociations avec l’Union européenne (UE) en vue d’un accord d’association sont désormais à ranger dans les affaires classées. La principauté a en effet officialisé, vendredi 15 septembre 2023, la suspension des négociations avec la Commission européenne. Et ce, alors que les discussions semblaient pourtant avancer positivement au cœur de l’été [à ce sujet, lire nos articles Accord d’association avec l’UE : ce que Monaco va gagner, et perdre, à l’issue des négociations et Accord d’association Monaco-UE : deux camps s’affrontent]. Invité à se prononcer sur ce coup de théâtre (1), le ministre d’État a expliqué en conférence de presse que « nous avons progressivement constaté qu’il y avait un fossé, une distance importante entre nos positions respectives [les quatre libertés défendues par l’UE d’un côté et les lignes rouges fixées par le prince Albert II de l’autre — NDLR] et avons conclu ensemble que ce n’était pas la peine de continuer […] On a cru, pendant quelque temps, qu’un certain pragmatisme pouvait l’emporter ». L’échec des discussions ne met pas fin, pour autant, à la relation avec l’UE. « Monaco ne tourne pas le dos à l’Europe, a en effet rappelé Pierre Dartout. Nous sommes toujours animés par le souci d’avoir un partenariat avec l’UE, quelle qu’en soit la forme. Mais une forme qui acceptera les principes fondateurs de l’État monégasque. Il faut rester très ferme sur les lignes rouges, c’est ce qui fait la spécificité de ce pays, sa prospérité, son équilibre social ». Le renouvellement de la Commission européenne à la suite de l’élection du nouveau parlement en juin 2024 pourrait à nouveau rebattre les cartes. D’ici là, « nous gardons le contact, car nous ne nous sommes pas quittés dans des conditions hostiles », a affirmé Pierre Dartout.

« Nous devons agir comme un commando pacifique. Il faut avoir cette mentalité, et sortir de cette période de suivi renforcé »

Marco Piccinini. Conseiller-ministre pour l’économie et les finances

Des relations « pas toujours simples » avec le Conseil national

Des conditions hostiles, le gouvernement princier pourrait, en revanche, bien en trouver dans l’hémicycle, à l’occasion des prochaines séances budgétaires au mois d’octobre 2023. Jugées « de plus en plus compliquées » par la présidente du Conseil national, Brigitte Boccone-Pagès, les relations entre les deux institutions se sont sensiblement fragilisées ces derniers mois. Le ministre d’État l’a d’ailleurs reconnu, mais sans vouloir en rajouter : « Inévitablement, nous avons des relations qui ne sont pas toujours simples, car nous sommes deux institutions bien distinctes. Nous sommes attachés et ouverts au dialogue, nous ne voulons pas polémiquer et souhaitons travailler dans l’intérêt supérieur de la principauté. Nous avons conscience des besoins et attentes de la population ». Parmi celles-ci, la question du logement domanial reste prégnante. À nouveau attaqué par les conseillers nationaux, qui réclament « une nouvelle opération urgente de construction avec une centaine de logements » pour pallier une éventuelle pénurie en 2025-2026, le chef du gouvernement a tenu à réagir : « Nous faisons beaucoup pour le plan national pour le logement des Monégasques. C’est le premier poste d’investissement du budget de l’État en 2023, soit 240 millions d’euros. Nous sommes comptables, devant le Conseil national, mais également la population monégasque, du bon usage de l’argent public. Il y a des choix à faire, car nous n’avons pas de ressources élastiques ». Les retrouvailles entre l’exécutif et les élus à l’occasion des séances publiques du budget rectificatif 2023 à l’automne, puis celles du budget primitif 2024 au mois de décembre 2023, pourraient bien être tendues.

1) Sollicité par la rédaction de Monaco Hebdo, le ministre d’État, Pierre Dartout, n’a pas répondu favorablement à notre demande d’interview.

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