A partir du 4 juillet 2025, le Français Philippe Mettoux succèdera à Didier Guillaume (1959-2025) en tant que chef du gouvernement monégasque. Cet ancien magistrat et ex-cadre de la SNCF, membre du Conseil d’Etat, arrive en principauté dans une période délicate, avec un certain nombre de dossiers complexes, pour lesquels il va d’emblée devoir évoluer sur une ligne de crête.
« J’ai vu plusieurs candidats possibles pour le poste de ministre d’Etat. Il s’agira d’une personne de nationalité française. Il faut que j’en informe le président de la République française, et peut-être même avant son rendez-vous à Monaco. L’annonce du nouveau ministre d’Etat pourrait avoir lieu avant la venue d’Emmanuel Macron en principauté [les 7 et 8 juin 2025 — NDLR]. » Lors de l’interview accordée le 12 mai 2025 à la presse locale, le prince Albert II espérait pouvoir annoncer le nom du successeur de Didier Guillaume (1959-2025) début juin [à ce sujet, lire l’interview du prince Albert]. Le chef d’Etat a été exaucé, puisque dans un communiqué publié le 4 juin 2025, le palais princier a indiqué que, cinq mois après la disparition de Didier Guillaume, « le choix du prince s’est porté sur Philippe Mettoux pour assurer les fonctions de ministre d’Etat, à compter du 4 juillet 2025 ». Exit les autres candidats, déclarés ou non. Ils étaient un certain nombre à se dire prêts, notamment la sénatrice PS Hélène Conway-Mouret, qui s’était dite intéressée. Interrogé par les journalistes sur ces multiples candidatures, directes ou indirectes, Albert II avait répondu en souriant : « Vous avez même interviewé des candidats [sourire — NDLR]. Tout le monde a été très surpris. C’était des candidatures spontanées. »
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UMP
C’est donc vers un profil issu du monde de la justice que s’est porté le dévolu du prince Albert II. Un choix validé par l’Elysée, ce qui vient confirmer que le choix de ce magistrat français a sans doute été conforté par la prise en considération des affaires judiciaires qui secouent la principauté depuis plusieurs années déjà. En novembre 2023, Philippe Mettoux avait co-signé dans Les Echos une tribune intitulée « Monaco est vraiment un Etat de droit ! » en compagnie de Joël-Benoît d’Onorio, professeur des universités à l’Institut Portalis de la faculté de droit et de science politique d’Aix-Marseille. Elle faisait écho à une autre tribune, publiée trois semaines auparavant, toujours dans Les Echos, par Me Pierre-Olivier Sur, avocat de l’ex-administrateur des biens du prince Albert II, Claude Palmero, intitulée « Monaco est-il vraiment un Etat de droit ? ». Après être passé par l’école nationale de la magistrature, Philippe Mettoux a été procureur de la République dans plusieurs tribunaux, avant de rejoindre « la direction des affaires criminelles et des grâces du ministère de la justice et le service central de prévention de la corruption », indique le communiqué du palais princier. A la chancellerie, il a ensuite été conseiller auprès du garde des Sceaux et membre du parti Union pour un mouvement populaire (UMP) du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, Dominique Perben, entre 2002 et 2005. Avant de rempiler dans un rôle de conseiller auprès d’un proche de Jacques Chirac (1932-2019). Il travaille en effet aux côtés de Dominique de Villepin, d’abord quand ce dernier était encore membre de l’UMP, au ministère de l’intérieur de mars 2004 à mai 2005. Puis, il poursuit sa mission lorsque de Villepin devient premier ministre, de mai 2005 à mai 2007. Sa carrière s’est ensuite poursuivie du côté du Conseil d’Etat.
Le choix de ce magistrat français a sans doute été conforté par la prise en considération des affaires judiciaires qui secouent la principauté depuis plusieurs années déjà
Gafi
Alors que Monaco risque une inscription sur la liste des États à « haut risque » de la Commission européenne [à ce sujet, lire notre article publié dans ce numéro de Monaco Hebdo — NDLR], notamment parce que la principauté présente des « insuffisances stratégiques » dans ses dispositifs de lutte contre les flux financiers illicites, l’arrivée de Philippe Mettoux prend une résonance particulière. Espérée pour juin 2026, la sortie de la liste grise du Groupe d’action financière (Gafi) sera l’un des dossiers les plus complexes que devra suivre le nouveau ministre d’Etat. D’ailleurs, les élus du Conseil national ne tarderont sans doute pas à le rappeler à Philippe Mettoux : selon eux, il y a urgence à faire plus et mieux. « Je pense qu’il faut prendre les choses en main. Je tire quand même la sonnette d’alarme, parce que c’est bien beau de dire « oui, tout va bien, on a progressé », mais, selon moi, les progrès ne sont pas suffisants », a lancé le président du Conseil national, Thomas Brezzo, lors d’une conférence de presse très animée, le 27 mai 2025. Si les textes de loi attendus par le Gafi ont été votés, il faut désormais que leur application débouche sur du concret. « Ce que demande le Gafi, c’est un certain nombre de condamnations et un certain montant de confiscations. C’est ainsi ! On peut en penser ce que l’on veut, mais en tout cas, c’est ce que demande le Gafi », a souligné Thomas Brezzo. Or, pour les conseillers nationaux, si les chiffres risquent de patiner, c’est parce que les effectifs de la justice restent insuffisants, avec notamment des départs qui ne seraient pas compensés sur certains postes, a-t-il ajouté. « Cela fait peut-être deux ans que l’on attend un texte sur le statut de la magistrature, notamment sur le fait de pouvoir intégrer des réservistes. Le texte ne nous a toujours pas été déposé », a soupiré le président du Conseil national. Ce dernier attend aussi de nouvelles avancées législatives, capables, selon lui, de permettre de satisfaire le Gafi, notamment en dopant les saisies et les confiscations. Parmi ces textes, une proposition de loi des élus sur le « plaider coupable », c’est-à-dire la reconnaissance préalable de culpabilité, et sur la transaction pénale. Objectif affiché : gagner en « efficacité et en célérité ». Est-ce que Philippe Mettoux sera attentif à ces arguments ? En tant qu’ancien magistrat judiciaire, certains estiment qu’il sera, en tout cas, plus particulièrement apte à regarder de près ces problématiques et leur résolution.
Il ne sera pas possible pour le nouveau ministre d’Etat de faire l’économie de la question de la mobilité, qui est devenu un sujet épineux, qui écorne l’attractivité de Monaco
TER ZOU !
Né le 5 septembre 1958 à Guéret (Creuse), Philippe Mettoux a aussi exercé, de 2013 à aujourd’hui, la fonction de directeur juridique et de la conformité du groupe SNCF, tout en assurant également la fonction de médiateur interne. Est-ce que Philippe Mettoux pourra peser, d’une façon ou d’une autre, sur les problématiques ferroviaires qui empoisonnent depuis une vingtaine d’année les salariés qui viennent quotidiennement travailler à Monaco en train ? Depuis le 15 décembre 2024, la région Sud a confié sa nouvelle offre de transport TER ZOU ! au nouvel opérateur SNCF Voyageurs Sud, et, six mois plus tard, les usagers restent globalement sur leur faim. La promesse reposait sur la circulation d’un train toutes les 15 minutes en journée, de 5 h 45 à 22 heures, et des horaires étendus dans la nuit de samedi à dimanche, avec des trains présents jusqu’à 2 heures du matin. Mais la régularité et le manque de trains longs aux heures de pointe continue de se faire sentir, ce qui occasionne parfois des situations chaotiques en gare de Nice ou de Monaco. Les 98,5 % de taux de régularité promis sont loin d’être atteints, provoquant un sentiment de lassitude et de désarroi chez un grand nombre de salariés de la principauté. Si la principauté peut désormais s’appuyer sur un nouveau contrat, elle peut aussi compter sur le levier des « bonus-malus » pour faire pression, si nécessaire, sur SNCF Voyageurs Sud. En tant qu’ex-responsable pour le groupe SNCF du secteur juridique et de la conformité, Philippe Mettoux, sera, là encore, en terrain connu. Reste à savoir s’il parviendra à résoudre cette délicate équation, alors que la situation est tendue : le nombre de voyageurs en gare de Monaco n’a jamais été aussi élevé, avec 9,3 millions de voyageurs en 2024, soit une hausse de 16 % par rapport à l’année précédente. Une certitude, il ne sera pas possible pour le nouveau ministre d’Etat de faire l’économie de la question de la mobilité, qui est devenu un sujet épineux, qui écorne l’attractivité de Monaco. Notamment lorsqu’il s’agit de séduire de nouveaux salariés effrayés par les temps de trajet et les conditions, parfois chaotiques, offertes par les transports en commun.
A bientôt 67 ans, cet ancien magistrat judiciaire devra aussi se pencher rapidement sur d’autres dossiers délicats. A commencer par l’usine d’incinération
Convention de Bâle
A bientôt 67 ans, cet ancien magistrat judiciaire devra aussi se pencher rapidement sur d’autres dossiers délicats. A commencer par l’usine d’incinération. Le gouvernement monégasque vient d’annoncer que le projet de centre de valorisation des déchets (CTVD), dont on parle depuis le début des années 2 000, était finalement abandonné.
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En cause, un coût estimé proche du milliard d’euros, jugé déraisonnable par le gouvernement. Au-delà de décider à quoi serviront les précieux mètres carrés (m2) libérés par l’ancienne usine, il faut aussi trouver un accord avec la France, afin que la principauté puisse externaliser ses déchets. Les conseillers nationaux ne veulent pas perdre de temps. Ils ont déjà réclamé une étude juridique sur la convention de Bâle, concernant la gestion des déchets dits « dangereux », afin d’explorer toutes les possibilités pour rendre le traitement des déchets monégasques en France possible. Il ne fait pas de doute qu’ils réclameront encore cette étude au nouveau ministre d’Etat. Autre sujet chers aux élus, dont Philippe Mettoux devra rapidement prendre la mesure : le logement des monégasques. La suite du plan national vient d’être annoncée.
Le gouvernement a détaillé cinq opérations qui devraient permettre la livraison continue d’appartements jusqu’en 2029. Objectif : pouvoir loger les trois-quarts des Monégasques dans le secteur domanial d’ici 2029. Ce plan national pour le logement des Monégasques connaîtra ensuite une troisième phase, qui sera lancée dès 2030. Il sera ajusté tous les cinq ans, afin de coller au mieux au contexte et aux besoins. D’ici la fin de l’année 2026, un nouveau système d’attribution de ces logements sera également déployé pour « augmenter la fréquence des attributions et mieux prendre en considération les souhaits des demandeurs », a précisé le gouvernement dans un communiqué. En marge de ce dossier très monégasque, le logement des Français de Monaco, et donc l’avenir, des enfants du pays, sera un autre sujet dont devra s’emparer Philippe Mettoux.
« Nous n’avons pas la version définitive de ce projet [de l’Annonciade II — NDLR]. Mais j’ai bon espoir que l’on puisse le présenter dans les deux ou trois mois à venir », a indiqué Albert II le 12 mai 2025, faisant de cet énorme dossier l’un de ceux que devra également porter Philippe Mettoux
« C’est intolérable »
Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux qui a fait le tour de Monaco, et même un peu plus, le président du Conseil national, Thomas Brezzo, a dénoncé la vétusté du centre commercial de Fontvieille, et donc l’urgence qu’il y avait à lancer des travaux de mise à niveau, dans un premier temps. « On demande aux commerçants de payer loyers et charges dans ces conditions. C’est intolérable », a-t-il lancé devant les journalistes, le 27 mai 2025. Mais c’est toujours la restructuration globale de ce centre commercial qui monopolise une partie des discussions entre les élus et le gouvernement. « Je sais que ça prend du temps. Je sais que c’est compliqué. Plusieurs éléments n’étaient plus d’actualité, et il fallait donc absolument redimensionner ce projet qui est très attendu par tout le monde. C’est comme un puzzle, ce n’est jamais facile. Il faut repenser la partie hypermarché et le secteur commercial, mais aussi les loisirs et la restauration », a indiqué le prince Albert II, le 12 mai 2025, en donnant rendez-vous très prochainement pour dévoiler les contours de cette restructuration. Il reviendra donc à Philippe Mettoux de présenter, peut-être dans le courant du mois de juillet 2025, aux conseillers nationaux le contenu exact du futur centre commercial de Fontvieille, son coût estimé, la méthode de financement, mais aussi la date de lancement des premiers travaux de réfection. Toujours en ce qui concerne les travaux, un énorme projet est toujours dans les cartons du gouvernement, depuis 2009. Il s’agit du nouveau quartier de l’Annonciade II, qui fait du sur place. Il devrait permettre une mise à l’œuvre des compétences que Philippe Mettoux a publié sur son compte LinkedIn, à savoir « ouverture, écoute, sens du dialogue, goût pour la négociation et la transaction ». En effet, seize ans après son lancement, rien n’a été décidé pour ce quartier qui devait devenir un « petit La Défense », selon les mots du ministre d’Etat de l’époque Jean-Paul Proust (1940-2010). Résultat, les conseillers nationaux s’agacent sérieusement de ne pas voir ce dossier avancer réellement, et ils le font savoir par la voix de leur président : « Les élus, comme la population, attendent des réponses depuis plus de quinze ans, et nous sommes dans le brouillard le plus complet. […] Nous parlons de centaines d’appartements, bien entendu, qui devaient figurer au plan national logement. Mais il y a aussi le projet d’une caserne de pompiers ultra moderne, de lieux pour les enfants, de bureaux, de commerces, et un parking de grande capacité. Une véritable chance pour Monaco. » Comme souhaité par le prince Albert II, un projet d’urbanisme a été lancé en décembre 2024.
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Alors que l’aura de Didier Guillaume, son franc-parler et sa volonté de faire avancer les dossiers en misant sur la « collaboration interministérielle » pour décloisonner les départements, sont encore dans tous les esprits, les attentes sont fortes autour de Philippe Mettoux

« Le gouvernement travaille activement sur cette programmation urbanistique. Elle porte sur pratiquement 100 000 m2 de surface utile. Il y avait plusieurs problèmes, liés à différentes parcelles privées qu’il faut intégrer, ou pas, à ce projet immobilier. C’est un processus assez compliqué. Nous n’avons pas la version définitive de ce projet. Mais j’ai bon espoir que l’on puisse le présenter dans les deux ou trois mois à venir », a indiqué Albert II le 12 mai 2025, faisant de cet énorme dossier l’un de ceux que devra également porter Philippe Mettoux. Enfin, le nouveau ministre d’Etat devra aussi suivre de près le rapprochement entre les deux chaînes de télévision TVMonaco et Monaco Info. Une seule entité verra le jour, mais ça ne sera pas en septembre 2025, et pas en dehors du réseau de TV5Monde, comme indiqué un temps par le gouvernement monégasque. Les conseillers nationaux ont d’ores et déjà expliqué qu’ils seraient en tout cas très attentifs aux budgets mis en œuvre, mais aussi au plan social qui devrait en découler, pour cause de doublons entre ces deux chaînes. Les élus ont également promis qu’ils regarderaient de près si la priorité nationale est bien respectée dans le montage de cette future télévision publique, sur lequel Philippe Mettoux devra porter un regard aussi avisé que prudent, tant le sujet est sensible. Alors que l’aura de Didier Guillaume, son franc-parler et sa volonté de faire avancer les dossiers en misant sur la « collaboration interministérielle » pour décloisonner les départements, sont encore dans tous les esprits, les attentes sont fortes autour de Philippe Mettoux. Ses premières décisions seront scrutées, tant sur le fond, que sur la méthode et que sur la vitesse d’exécution. Car sur bon nombre de sujets, beaucoup estiment à Monaco qu’il n’y a plus de temps à perdre.
Intérim : Isabelle Berro-Amadeï remerciée par le prince
L’arrivée de Philippe Mettoux au poste de ministre d’Etat le 4 juillet 2025, marque aussi la fin de la mission d’intérim assurée à ce poste par Isabelle Berro-Amadeï. Conseillère-ministre pour les relations extérieures et la coopération, elle cumulait cette fonction avec celle de ministre d’Etat, à la demande du prince Albert II, depuis le 10 janvier 2025. Dans un communiqué de presse daté du 4 juin 2025, ce dernier lui exprime ses remerciements et sa « profonde gratitude ». En un peu plus de six mois, Isabelle Berro-Amadeï a « assuré, avec dévouement et efficacité, l’intérim des fonctions de ministre d’État » estime le prince, tout en évoquant également son « grand professionnalisme et sa connaissance des dossiers », qui « ont largement contribué à assurer la continuité de l’action gouvernementale ».



