mardi 28 avril 2026
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Ministre d’Etat – La sénatrice PS Hélène Conway-Mouret se dit prête pour le poste, si on l’appelle

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La sénatrice PS des Français de l’étranger, Hélène Conway-Mouret, était en visite à Monaco le 27 et le 28 mars 2025. Envisagée comme l’un des choix possibles pour le poste de ministre d’Etat de la principauté, elle a répondu aux questions de Monaco Hebdo.

Quel était l’objet de votre visite à Monaco, les 27 et 28 mars 2025 ?

Je viens régulièrement à Monaco, environ tous les deux ans. Je n’ai pas pu venir depuis quelques temps, car j’ai été très occupée. Je traite beaucoup des questions de sécurité et de défense et j’ai, malheureusement, été mobilisée sur ces sujets-là. Il était donc temps que je revienne à Monaco. Cela m’a permis de rencontrer les personnalités locales, notamment le président du Conseil national, Thomas Brezzo, le président du conseil de la couronne, Michel Boeri, l’ambassadeur de France à Monaco, Jean d’Haussonville, Alain Pastor, Jean-Luc Delcroix… Alain Pastor a été l’un des acteurs les plus actifs dans cette relation France-Monaco, qui est d’une grande intimité. Mais nous, Français, on a besoin de continuer à faire des efforts, si on veut continuer à entendre parler français dans les rues de Monaco. Il y a plus de 120 nationalités en principauté, le monde entier est présent à Monaco et chacun parle sa langue. Je suis très attachée à la défense de notre langue et de notre culture.

Mais si en 1975 les Français étaient plus de 13 700 à Monaco, aujourd’hui ils ne sont plus que 8 500, ce qui les placent désormais en seconde position, derrière les Monégasques, qui sont 9 180 ?

Les Français quittent Monaco, et ce phénomène continue. Nous avons discuté de cela, notamment avec l’ambassadeur Jean d’Haussonville. Je vais rentrer à Paris avec un message pour notre ministère et évoquer les raisons de ce phénomène.

C’est essentiellement le prix de l’immobilier à Monaco qui explique ces départs ?

Il y a les prix de l’immobilier oui, mais pas que. Il y a beaucoup de choses. Pouvoir se loger à un prix abordable, c’est bien sûr essentiel. On va voir au niveau français ce que nous pouvons faire, si des choses doivent être rectifiées pour faciliter le travail et l’installation des Français à Monaco.

« Peut-être que la nomination de Didier Guillaume avec un profil différent, une approche différente, et la capacité de faire bouger les choses et d’avancer, a montré que c’est ce qui est attendu aujourd’hui à Monaco »

Emmanuel Macron sera en visite officielle à Monaco les 7 et 8 juin 2025, en marge du sommet onusien de l’océan, qui se déroulera à Nice du 9 au 13 juin 2025 ?

Une visite présidentielle est effectivement annoncée à Monaco début juin 2025. J’avais organisé la visite officielle de François Hollande à Monaco le 14 novembre 2013. J’ai bien vu combien, dans une visite présidentielle, un grand nombre de sujet sont abordés. La préparation est donc faite en amont, pour qu’il y ait des signatures d’accords, pour que des décisions soient prises avec deux exécutifs qui se rencontrent et qui font avancer les choses. Ma présence à Monaco pendant ces deux journées sera utile pour cette visite présidentielle du mois de juin 2025. Je ferai remonter quelques petits messages à l’Elysée, par rapport aussi à des projets que l’ambassadeur peut avoir. Cela appuiera ce que l’ambassadeur a déjà mis en place.

Depuis quelques semaines, des rumeurs vous annoncent parmi les possibles successeurs de Didier Guillaume (1959-2025) au poste de ministre d’Etat de Monaco : vous avez été approchée directement ?

Non, et je ne crois pas que quiconque ait été abordé. Des noms ont circulé. Peut-être que certains les ont fait circuler, parce que ça les intéressait. D’autre parce que, traditionnellement, la fonction revenait à un diplomate ou à un haut fonctionnaire. Ceux-ci, peut-être parce qu’ils sont en fin de carrière et qu’ils pensent que Monaco est une opportunité, se montrent disponibles. Je ne peux pas parler pour eux, je ne sais pas. La décision repose sur la volonté du prince Albert II. La France peut faire des propositions et le souverain décide, selon l’impulsion qu’il veut donner à la gestion de son gouvernement. Cela relève donc du prince et des personnalités que l’Élysée souhaitera présenter. Peut-être que la nomination de Didier Guillaume avec un profil différent, une approche différente, et la capacité de faire bouger les choses et d’avancer, a montré que c’est ce qui est attendu aujourd’hui à Monaco.

Hélène Conway-Mouret
« En principauté, le système est vertical. C’est normal, il ne faut pas changer cela. Mais il faut faire en sorte que le Conseil national, qui est dans sa fonction de représentation de la population et de changements sociétaux, ait sa place. » Hélène Conway-Mouret. Sénatrice PS des Français établis hors de France. © Photo Raphaël Brun / Monaco Hebdo

Cela correspond aussi à votre profil ?

Mon nom est apparu dans cette liste de noms sur la base d’un CV qui correspond aux besoins. C’est-à-dire quelqu’un qui connaît qui connaît l’international, puisque Monaco rayonne dans le monde entier, avec une sensibilité pour l’interculturel et l’ouverture. Quelqu’un qui a exercé des fonctions à différents niveaux, ce qui permet d’être à la fois dans l’exécutif, dans le législatif, et de connaître le fonctionnement des différentes instances pour qu’elles travaillent au mieux ensemble, même s’il y a toujours des petits blocages à tous les niveaux, dans tous les pays. Ensuite, je viens très régulièrement en principauté, donc je connais très bien ce pays, et je connais très bien ceux qui l’animent. Cela peut être l’occasion d’apporter la même dynamique, et de continuer sur ce que Didier Guillaume avait initié, et qu’il n’a malheureusement pas eu le temps de consolider.

« J’ai été élue sénatrice des Français de l’étranger en septembre 2023. Je ne cherche donc pas à me placer. Si ce poste de ministre d’Etat à Monaco m’est offert, je le ferai avec la même détermination, la même passion. J’essaierai d’apporter quelque chose, et de faire la différence »

Donc, dans l’absolu, ministre d’Etat à Monaco, c’est une mission qui vous intéresserait ?

Oui, parce que j’aime bien les défis. Quand j’ai été élue sénatrice, je n’avais pas de plan de carrière. C’était une nouvelle vie qui s’ouvrait à moi, puisque j’étais universitaire jusqu’alors [Hélène Conway-Mouret a résidé 25 ans en Irlande, où elle a notamment été directrice du département des langues de l’Institut de technologie de Dublin — NDLR]. J’étais donc fonctionnaire de l’Etat, et, d’un seul coup, je me suis retrouvée propulsée dans un mandat qui est remis en question tous les six ans. Il y a donc une grande instabilité par rapport à la stabilité du statut de fonctionnaire. Mais j’étais numéro trois dans l’université où je travaillais, et j’avais fait le tour de ce que je pouvais faire pour mon département. Je commençais à m’ennuyer personnellement. Mais ça, ça n’est pas important. Je commençais surtout à ne plus rendre service, et à ne plus être utile collectivement, comme je l’avais été. J’ai créé cinq nouveaux cursus, j’ai ouvert 25 liens Erasmus, je déployais mes jeunes Irlandais partout, je recevais 50 européens en retour… Bref, j’ai fait plein de choses, et j’étais arrivée au bout de tout ce que je pouvais faire.

Qu’avez-vous fait ?

Je voulais faire autre chose, donc ils m’ont détaché de mon poste pour me mettre sur un gros projet : la création du campus qui existe aujourd’hui à Dublin. La fonction politique jouait, puisque j’étais très amie avec un certain nombre de ministres, et notamment du premier ministre d’alors, au gouvernement irlandais. C’était très compliqué, puisque c’était en 2009-2010. Suite à 2008, l’Irlande était dans une situation financière catastrophique. Pourtant, j’ai réussi à convaincre, sur le plan politique, des investissements qui pouvaient être faits, et de la création de ce campus. Sans argent, l’objectif était de créer un campus universitaire pour 20 000 étudiants dans la partie nord de Dublin. J’ai beaucoup œuvré pour que le président de l’université puisse ensuite convaincre du bien fondé de ce projet, mais aussi d’avoir les rendez-vous nécessaires, etc. Après cet épisode, comme je ne voulais pas retourner dans mon département, je me suis présentée aux élections sénatoriales, et j’ai été élue en 2011. J’ai donc changé de vie.

« Je suis parlementaire, donc je connais le mode de fonctionnement d’un parlement. L’exécutif, j’ai été ministre, donc je sais comment ça fonctionne. Didier Guillaume avait cette façon de lier un peu tout le monde. On est toujours un peu plus fort ensemble que séparément »

Que s’est-il passé ?

Je suis arrivée au Sénat, mais je n’ai pas eu le temps de m’installer : j’ai été appelée au gouvernement [sous la présidence de François Hollande, avec Jean-Marc Ayrault comme Premier ministre, Hélène Conway-Mouret a été nommée ministre déléguée chargée des Français de l’étranger, un poste qu’elle a occupé de juin 2012 à mars 2014 — NDLR]. Ce n’étais pas prévu, mais je l’ai fait avec passion pendant deux ans. J’ai fait ma réforme, j’ai créé les conseillers des Français de l’étranger. Jean-Luc Delcroix a d’ailleurs été le premier ici, à Monaco, en 2014.

Et ensuite ?

Je suis retournée au Sénat. J’ai été très heureuse d’y reprendre mon poste, parce qu’au bout de deux ans, j’étais épuisée physiquement et mentalement. Les affaires étrangères, c’est particulier. J’ai dû faire deux fois le tour du monde en deux ans. Ensuite, j’ai été vice-présidente du Sénat [de novembre 2018 à septembre 2020 — NDLR]. C’était encore une expérience totalement différente. J’étais au cœur de l’institution parlementaire, avec un engagement très fort, puisqu’il m’est arrivé de présider les séances. J’ai été élue sénatrice des Français de l’étranger en septembre 2023. Je ne cherche donc pas à me placer. Si ce poste de ministre d’Etat à Monaco m’est offert, je le ferai avec la même détermination, la même passion. J’essaierai d’apporter quelque chose, et de faire la différence.

Que pourriez-vous apporter à Monaco ?

Peut-être que je pourrais apporter à Monaco ce que Didier Guillaume a apporté. En principauté, le système est vertical. C’est normal, il ne faut pas changer cela. Mais il faut faire en sorte que le Conseil national, qui est dans sa fonction de représentation de la population et de changements sociétaux, ait sa place. Je suis parlementaire, donc je connais le mode de fonctionnement d’un parlement. L’exécutif, j’ai été ministre, donc je sais comment ça fonctionne. Didier Guillaume avait cette capacité à lier un peu tout le monde. On est toujours un peu plus fort ensemble que séparément. On a en commun avec Didier Guillaume la passion du rugby. J’aime cet esprit collectif. Il y a d’autres sports où il est très important de marquer des buts pour avoir un salaire en conséquence. Au rugby, ça n’est pas le cas : il faut passer le ballon à celui qui est le mieux placé pour marquer l’essai. Et ça, ça me plaît.

« On a en commun avec Didier Guillaume la passion du rugby. J’aime cet esprit collectif. Il y a d’autres sports où il est très important de marquer des buts pour avoir un salaire en conséquence. Au rugby, ça n’est pas le cas : il faut passer le ballon à celui qui est le mieux placé pour marquer l’essai. Et ça, ça me plaît »

Contrairement à la France, à Monaco la religion catholique est religion d’Etat, ce qui implique un fonctionnement différent : êtes-vous préparée à cela ?

J’ai passé ma vie en Irlande. En Irlande, le catholicisme n’est pas une religion d’Etat, mais le mariage pour tous a été adopté par référendum en mai 2015. Donc la société irlandaise continue d’être très catholique, de le revendiquer, et de l’être. Moi, ça fait aussi partie de mon ADN. Je n’ai donc aucun souci avec cela. Pour moi, la religion, c’est le respect de l’autre, c’est la tolérance. C’est tout ce que la religion doit prôner. Cela ne me pose donc pas de problème personnel, ni moral.

Monaco traverse depuis plusieurs années une période difficile, avec des affaires judiciaires de grande ampleur, un climat pesant, et le placement de la principauté sur la liste grise du Groupe d’action financière (Gafi), fin juin 2024 ?

Quand il y a un problème, il y a toujours une solution. Il faut faire la part des choses, prendre les bons conseils, et parfois, prendre des décisions difficiles, mais qu’il faut assumer. Il faut du courage. En politique, quand on est une femme, si on n’a pas de courage, il vaut mieux faire autre chose. Quand on est une femme, on doit toujours prouver que l’on est « capable de ». Et notamment quand on s’occupe, comme moi, des questions de défense qui sont normalement réservées aux hommes (1). Certains ne voient pas d’un très bon œil que des femmes s’en occupent, car ils pensent que c’est beaucoup trop sérieux et trop compliqué pour nous. Cela demande donc beaucoup de travail, beaucoup de volonté pour arriver à prouver que oui, nous sommes « capable de ». Cela donne aux femmes une résilience beaucoup plus forte.

1) Dans le cadre de son mandat parlementaire, Hélène Conway-Mouret est une spécialiste des questions d’armement et de défense, en particulier de défense et de sécurité européenne.

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