lundi 16 février 2026
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Pourquoi Philippe Mettoux a finalement refusé le poste de ministre d’Etat

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Le 27 juin 2025, contre toute attente, Philippe Mettoux a décidé de renoncer au poste de ministre d’Etat pour lequel il était attendu le 4 juillet 2025 à Monaco. Pour justifier ce volte-face, il évoque dans deux communiqués la présence de « forces obscures locales ». La principauté s’enfonce dans une crise sans précédent.

On pensait l’affaire pliée. Après l’annonce faite par le palais princier dans la soirée du 4 juin 2025, on pensait connaître le successeur de Didier Guillaume (1959-2025) au poste de ministre d’Etat. Le nom de Philippe Mettoux, conseiller d’Etat, directeur juridique et de la conformité du groupe SNCF, et médiateur interne de cette entreprise a été rendu public.

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Il devait prendre officiellement ses fonctions un mois plus tard, le 4 juillet 2025. Le 22 juin 2025, dans une publication sur le réseau social LinkedIn, le futur ministre d’Etat expliquait qu’il connaissait les difficultés que Monaco traversait, et que cela ne l’effrayait pas. Assurant qu’il « aime les défis », il a alors ajouté : « Je me suis préparé et, depuis la sollicitation qui m’a été faite, approuvée par la France, je me suis appliqué, par-delà les stéréotypes communément diffusés, à bien approfondir ma connaissance de l’identité de l’Etat monégasque, de ses habitants, de ses résidents, de ses intérêts, de ses enjeux. Ce sera un travail à plein temps, délicat, complexe, exigeant. Mais je suis disposé à m’y engager sans réserve, au service du prince, de la principauté et de tous les Monégasques, grâce à une relation confiante et constructive avec toutes les forces vives du pays, et plus particulièrement les élus du Conseil national. »

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« Inexactitudes »

Tout semblait donc être sur de bons rails. Mais, quatre jours après cette publication, un autre texte, d’une toute autre tonalité, a été publié par Philippe Mettoux en fin de journée, le 26 juin 2025, et transmis à l’Agence France-Presse (AFP). Philippe Mettoux a indiqué qu’il renonçait finalement à ce poste de ministre d’Etat à Monaco. Dans une nouvelle publication sur LinkedIn, le 27 juin 2025 au matin, il a alors expliqué les choses ainsi : « Il ressort de différents échanges que j’ai eus tout récemment que des forces négatives et contraires sont d’ores et déjà à l’œuvre pour faire perdurer les pratiques archaïques du passé et m’empêcher de mener à bien la mission que le prince Albert m’a confiée. Il m’est apparu malheureusement évident que je ne disposerai pas des leviers indispensables pour écrire la nouvelle page, pourtant appelée de ses vœux par le souverain et qui est nécessaire au rayonnement, à la stabilité et au redressement du pays. »

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Informé en amont, le prince Albert II a pris note de cette décision. Un communiqué de presse du palais princier a été rendu public le vendredi 27 juin 2025, en milieu de matinée. Il confirme que le prince a bien « été informé par Philippe Mettoux de son désistement aux fonctions de ministre d’Etat », qu’il a « pris acte de cette décision », et qu’il « remercie M. Mettoux de s’être porté candidat ». Quelques heures plus tard, un peu après 17 heures, Philippe Mettoux a publié un second communiqué, dans lequel il indique avoir « pris connaissance avec une certaine consternation » du contenu du texte publié par le palais princier, tout en estimant que « malgré sa brièveté », il « comporte des inexactitudes ».

« Il ressort de différents échanges que j’ai eus tout récemment que des forces négatives et contraires sont d’ores et déjà à l’œuvre pour faire perdurer les pratiques archaïques du passé et m’empêcher de mener à bien la mission que le prince Albert m’a confiée »

Philippe Mettoux

Contexte monégasque

Afin d’apporter son éclairage, Philippe Mettoux a ajouté : « Je ne me suis pas « désisté », mais j’ai tout simplement pris acte des agissements délétères menés par des forces locales obscures, malheureusement très actives en principauté, pour m’empêcher de prendre mes fonctions le 4 juillet prochain, comme cela était convenu. » Seconde précision : « Je n’étais pas simplement « candidat » au poste de ministre d’Etat, puisque j’ai été effectivement nommé chef du gouvernement princier par le souverain, qui avait diffusé un communiqué de presse le 4 juin dernier, et signé une ordonnance souveraine le 12 juin, qui m’a été officiellement transmise. » Philippe Mettoux est ensuite revenu sur les raisons de son revirement, expliquant que c’est « parce que j’ai malheureusement compris que je ne serai pas en situation d’exercer pleinement et efficacement la fonction que le prince m’avait demandé de mener, que j’ai décidé d’y renoncer. »

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Pour conclure, ce conseiller d’Etat français a attiré « l’attention des journalistes et des médias sur le fait que des fausses nouvelles, calomnies et autres diffamations circulent actuellement, afin de tenter de porter atteinte à ma réputation ». Sans mettre de noms sur ces « forces locales obscures », ni dévoiler le contenu exact de leurs « agissements délétères », Philippe Mettoux dit avoir « pris acte, la mort dans l’âme, de l’impossibilité — qui m’a été signifiée — de mener à bien la charge qui m’a été personnellement et directement confiée par S.A.S. le prince Albert II, que je remercie chaleureusement pour sa confiance ». Celui qui ne sera donc pas le huitième ministre d’Etat du prince Albert II a appelé à des réformes, afin de redresser le pays : « Alors que Monaco traverse des crises à répétition qui lui sont très préjudiciables et que la lutte contre la corruption et le blanchissement doit être intensifiée avec sérieux et résolution, je forme des vœux pour que la principauté retrouve de la sérénité et tout le sens de ses valeurs. » Que s’est-il passé entre le 22 juin et le 26 juin pour que ce conseiller d’Etat décide de faire machine arrière ? « Je ne mésestime pas la charge qui m’est confiée et ne ménagerai pas mes forces pour l’assumer. Je la reçois avec humilité et détermination », assurait-il le 22 juin 2025.

« Je ne me suis pas « désisté », mais j’ai tout simplement pris acte des agissements délétères menés par des forces locales obscures, malheureusement très actives en principauté, pour m’empêcher de prendre mes fonctions le 4 juillet prochain, comme cela était convenu »

« Climat négatif »

Depuis le début d’année 2025 et la mort soudaine du ministre d’Etat Didier Guillaume (1959-2025) le 17 janvier 2025 à Nice, c’est la conseillère-ministre pour les relations extérieures, Isabelle Berro-Amadeï, qui assure l’intérim. Ancien magistrat, conseiller de Dominique de Villepin à Matignon de 2005 à 2007, la nomination de Philippe Mettoux a été annoncée début juin 2025, juste avant la visite officielle du président Emmanuel Macron à Monaco. Ce dernier n’a apporté aucun commentaire à ce mouvement. C’est en tout cas la première fois dans l’histoire politique de Monaco qu’un ministre d’Etat désigné renonce à cette fonction, à seulement quelques jours de son arrivée en principauté. Résultat, la mission d’intérim d’Isabelle Berro-Amadeï se poursuit, jusqu’à ce qu’un nouveau ministre d’Etat soit nommé. Les réactions se sont multipliées dans la journée du 27 juin 2025. Très vite, le gouvernement monégasque, le Conseil national et la mairie ont présenté un front commun, appelant à rester soudés derrière le prince Albert. Le gouvernement princier a également pointé du doigt le contexte médiatique et « les propos malveillants qui ont été tenus dans la presse et les réseaux sociaux dont le seul objectif est de porter atteinte à l’image et à la réputation de Monaco ». De son côté, le président du Conseil national, Thomas Brezzo, a dit « regretter cette situation », avant d’ajouter : « Alors que la principauté est sous le regard des autorités internationales, nous ne pouvons tolérer qu’elle fasse l’objet, depuis quelques temps, d’attaques diverses, y compris médiatiques, par la diffusion de propos qui visent à la déstabiliser. […] Dans ce climat négatif, que chacune et chacun sache que le Conseil national continuera d’exercer pleinement ses prérogatives et de remplir son devoir, avec indépendance dans la recherche constante du seul intérêt général, sans aucunement être soumis — contrairement à certains sous-entendus — à des intérêts privés, dans le strict respect de notre Constitution et de nos institutions. »

C’est la première fois dans l’histoire politique de Monaco qu’un ministre d’Etat désigné renonce à cette fonction, à seulement quelques jours de son arrivée en principauté

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« Unité »

Le maire, Georges Marsan, et le conseil communal ont « réaffirmé leur soutien indéfectible » au prince Albert ll, tout en prônant la continuité dans l’activité communale : « L’institution communale poursuit son étroite et efficace collaboration avec le gouvernement princier, sous l’intérim de madame Isabelle Berro-Amadeï. » C’est désormais la défense de Monaco et des intérêts de l’Etat qui prime, comme l’a souligné Thomas Brezzo : « Aujourd’hui, plus que jamais, il est impératif que chaque Monégasque, chaque résident et chaque acteur économique de Monaco agisse avec responsabilité et modération dans l’intérêt de la principauté, tout en protégeant son image comme sa réputation, et en faisant surtout preuve de détermination pour préserver notre bien le plus précieux : l’unité de notre communauté nationale, derrière notre souverain. » Nommé après cinq mois de recherches, Philippe Mettoux a donc renoncé avant même de prendre ses fonctions, ce qui est du jamais vu en principauté. Une nouvelle recherche a donc été lancée pour lui trouver un(e) remplaçant(e). En attendant, la crise institutionnelle et politique s’installe à Monaco.

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