mercredi 18 mai 2022
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Le projet Vasconi
revu à la baisse

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CHPG
L'accès à l'hôpital pose déjà problème. Mais dès juillet, une voie dédiée va être aménagée. Fin 2012, une part des parkings de la ZAC Saint-Antoine sera réservée au personnel du CHPG. © Photo Monaco Hebdo

Le gouvernement change son fusil d’épaule sur le dossier de l’hôpital. Crise oblige, l’enveloppe dédiée au futur centre hospitalier est revue à la baisse et le projet choisi l’an passé doit être complètement modifié. Avec quelques dommages collatéraux : la médiathèque, qui devait être livrée en 2013, passe à la trappe. Et un nouvel appel d’offres pourrait être lancé.

Avec le dossier de l’hôpital, on n’était pas à l’abri d’une nouvelle surprise. Mais cette fois-ci, le gouvernement nous en a réservé une énorme, annoncée tambour battant lors d’une conférence de presse le 14 juin : le projet actuel de futur hôpital est gelé voire enterré. En clair, on reprend tout et on recommence. Le cabinet Vasconi/Iosis, lauréat de l’appel d’offres en 2008, a 9 mois pour revoir sa copie et repenser un projet plus petit et moins cher ! Explications du Ministre d’Etat Michel Roger : « Le projet Vasconi/Iosis est estimé à 705 millions. Personne ne peut dire aujourd’hui quel sera l’état de l’économie dans deux ans et si nous allons retrouver un budget à l’équilibre. Tous les pays réduisent leurs dépenses de santé. C’est pourquoi le gouvernement a décidé de ne pas s’engager davantage et de ne pas commander les études de l’avant-projet Vasconi. »
Pour Michel Roger, c’est une certitude : il s’agit d’une décision de bon sens, « responsable ». Un avis partagé par le Conseil national. Et a fortiori par son président Jean-François Robillon, cardiologue : « Il est important de réévaluer les besoins et de revoir le projet médical pour ne pas tomber dans un gouffre financier. Rappelons que l’hôpital Pasteur, qui est un gros projet, est estimé à 400 millions d’euros. » Du côté de Laurent Nouvion, élu Rassemblement & Enjeux, c’est carrément le soulagement : « Il n’y avait pas le choix. Monaco n’a plus les moyens. On ne pouvait honorer les engagements de programme triennal 2011-2013. Il fallait trancher dans le lard et prendre des mesures radicales. Comme le disait Marcel Dassault, il est beaucoup plus facile de faire faillite que de réduire son train de vie ! »

Un hôpital à Testimonio ou l’Annonciade ?

Reste désormais à savoir quel projet verra le jour dans 9 mois. Le Ministre d’Etat a déjà prévu différents scénarii.
Première hypothèse : le futur hôpital demeure avenue Pasteur, sur le site de l’actuel CHPG. On maintient le principe d’une reconstruction in situ, comme cela a été imaginé depuis le début. Mais dans ce cas, le futur centre hospitalier n’aura pas forcément le visage dessiné par l’association Vasconi/Iosis/Raymond. En effet, si le projet redimensionné par les lauréats du concours (répondant à une nouvelle stratégie de santé publique, voir encadré) n’est pas satisfaisant, le gouvernement pense déjà à une refonte totale du projet avec, éventuellement, d’autres acteurs. Au printemps 2011, « il faudra déterminer si les nouvelles contraintes fixées pas le programme médical rendront nécessaires le lancement d’une procédure pour établir un nouveau projet architectural », a déjà indiqué le gouvernement.
Deuxième hypothèse : on enterre carrément le projet Vasconi/Iosis et on change de site. Le Ministre d’Etat a évoqué deux terrains alternatifs : Testimonio, qui devait accueillir à terme logements domaniaux et privés et l’Annonciade II, libérée après le déplacement sur les délaissés du collège et du lycée technique. Selon le gouvernement, un tel choix n’entraînerait pas de retard de livraison prévue en 2018/2020. Au contraire presque : « Le fait de construire l’hôpital ailleurs ferait gagner énormément de temps, affirme le ministre. Sans compter que cela aurait le mérite d’éviter aux patients et aux personnels de subir des nuisances et des contraintes importantes pendant de nombreuses années. »

Monopoly monégasque

Reste qu’un tel changement de site entraîne déjà des dommages colatéraux. Pour assurer la livraison du nombre de domaniaux prévus à Testimonio, le gouvernement se lance dans un véritable « Monopoly », selon l’expression de Laurent Nouvion. En effet, tandis que l’échange de terrains entre Agave II et Testimonio avec le promoteur Patrice Pastor est annulé, la programmation de 120 domaniaux est désormais lancée à la place des immeubles Tamaris et Jasmin (avenue Pasteur) et dans la continuité de l’îlot Rainier III à la place de… la médiathèque. Un bâtiment culturel sacrifié et dont on ne sait pas trop où ni quand il réapparaîtra après ce tour de passe-passe. Une logique qui ne plait pas à tout le monde. S’ils attendent les études de faisabilité, les élus manifestent leur étonnement. « On vient de faire une nouvelle centrale d’énergie pour l’hôpital et il ne faut pas oublier que le bâtiment Lou Clapas, à côté du CHPG, abrite l’administration, l’école d’infirmière et un amphithéâtre de formation ! », souligne Alexandre Bordero, président de la commission des finances. Et l’élu UP d’ajouter : « Testimonio est un beau site, il serait ridicule de bâtir un hôpital au-dessus du Monte-Carlo Bay et de se priver d’un terrain qui peut ramener de l’argent grâce à la promotion privée. » Laurent Nouvion, lui, propose de geler durant 9 mois toutes les opérations liées à l’hôpital tant que rien n’a été véritablement décidé. Sans oublier de donner un léger coup de griffe au gouvernement sur sa gestion du dossier : « Cela fait des années que nous assistons à une succession d’atermoiements, d’incohérences et d’imprécisions. Le crédit et l’image de l’Etat en ont pris un sacré coup… » Surtout que cette révision du projet après appel d’offres intervient après une annulation d’importance en décembre 2008 : l’extension en mer du Portier.    l

Une nouvelle politique de santé ?
La T2A française en partie responsable de la décision de sabrer le projet de l’hôpital ? C’est en tout cas ce qu’a clairement expliqué le gouvernement pour qui « un programme de plus de 705 millions d’euros n’est plus adapté aux règles de fonctionnement d’un hôpital imposées par le passage à la Tarification à l’activité. » Pourquoi ? La T2A est un système de financement qui a commencé à s’appliquer en France en 2004 et qui paye l’hôpital en fonction de la nature, du volume et de la lourdeur des pathologies traitées. C’est à partir de 2013 ou 2014 que le CHPG, qui pratique aujourd’hui le prix de journée, devrait adopter la T2A. Cette nouvelle tarification aura des conséquences sur son budget du CHPG (on parle de 30 millions d’euros de pertes). « L’impact sur les remboursements de soins s’explique car 60 % des patients de l’hôpital sont affiliés à la sécurité sociale française, souligne Stéphane Valeri, conseiller pour les affaires sociales. La T2A a une logique de productivité où l’on va donner un forfait de remboursement qui pousse à garder moins longtemps les malades. C’est pourquoi nous devons revoir le projet médical à la baisse avec un nombre de lits moins importants (environ 400 contre 480 dans le projet Vasconi, ndlr), développer certains services rentables (ambulatoire, hémodialise). » Ce système aura également un impact sur la politique de santé monégasque : « On maintiendra les pôles d’excellences et on en fera évoluer certains. Il n’est pas question de faire un CHU bis », indique Stéphane Valeri. Tandis que le Ministre d’Etat a insisté sur l’importance de la coopération avec les grands CHU voisins. Quant aux malades, « il n’est pas question de moins bien soigner, rassure Stéphane Valeri. On n’a pas besoin de garder les patients dans un hôpital ultra médicalisé. Par contre il faut rechercher des lits de suite et nous avons déjà des pistes dans le bassin mentonnais. »
Patrick Raymond, architecte monégasque
Patrick Raymond, architecte monégasque associé du projet Vasconi/Iosis réagit à la décision gouvernementale. © Photo DR

“On est sur un constat d’échec”

« Je ne vois pas comment le CHPG actuel pourra assumer son rôle d’hôpital pour les Monégasques dans les 10 ans à venir. » Patrick Raymond, architecte.

Monaco Hebdo : Comment prenez-vous la nouvelle ?
Patrick Raymond : On ne peut pas bien la prendre même si je peux comprendre les raisons économiques qui ont guidé le gouvernement. Pourtant, il y a une “vérité” à rectifier : pour la maîtrise d’œuvre, le budget prévisionnel du projet est fixé, dans le contrat avec l’Etat, à 341 millions d’euros hors taxes. Ce montant a à peine évolué de 1 % suite à des demandes de modifications de programmes par l’Etat. En général pour calculer un budget “toutes dépenses confondues”, le coefficient appliqué à ce montant hors taxes est de l’ordre de 1,3 à 1,5 ce qui conduirait plutôt à 520 millions d’euros. Je ne comprends pas d’où viennent les 705 millions d’euros dont parle le gouvernement !

M.H. : Certains parlent pourtant de dérives possibles du projet qui pouvait, à terme, atteindre le milliard d’euros. Vous contestez cette somme ?
P.R. : Je ne peux même pas la contester, je ne la comprends pas. Peut-être cette somme englobe-t-elle d’autres chantiers que l’hôpital stricto sensu.

M.H. : En résumé, le gouvernement souhaite désormais la construction d’un hôpital plus petit et moins cher. Vous pensez réussir à moduler votre projet ?

P.R. : En préliminaire, un projet architectural, quel qu’il soit, répond à un programme sur un site donné. On ne réduit pas un projet d’architecture comme ça, d’un coup de baguette magique. Je ne peux pas aujourd’hui certifier sur l’honneur qu’on pourra adapter notre projet. Nous avons 9 mois pour le faire. Mais il y a deux hypothèses. Soit on arrive à moduler le projet. Soit nous devrons effectuer une refonte totale du projet. Qui vivra verra mais en tout cas, je ne comprends pas comment le gouvernement compte maintenir les délais de construction, alors que l’on revient aux prémices de la programmation.

M.H. : Il y a une autre hypothèse : l’hôpital pourrait bien être construit sur un autre site, Testimonio ou l’Annonciade. Cette solution sort-elle du chapeau ou en avez-vous déjà entendu parler ?

P.R. : On ne nous en a jamais parlé. L’hypothèse des délaissés SNCF avait été évoquée en son temps, au moment de l’arbitrage de la solution 5. A l’époque, une étude interne de l’administration avait estimé que ce site, trop longitudinal, n’était pas idoine. Par ailleurs, je ne vois pas comment on peut mettre l’hôpital sur un autre site alors qu’on a déjà construit Lou Clapas et qu’on est en train de faire le centre de gérontologie clinique et la centrale d’énergie dimensionnée pour le nouvel hôpital qui, à elle seule, a coûté 60 millions d’euros hors taxe. Si on fait ce choix, ces investissements auront été en grande partie jetés par la fenêtre. De plus, la programmation hospitalière ne pourra à elle seule résoudre tous les problèmes. Deux autres thèmes doivent y être intimement liés : le plan des déplacements à l’échelle du quartier puis la situation de l’hôpital existant pendant toute la durée de la réflexion et des travaux du futur établissement.

M.H. : D’autres remarques ?

P.R. : Aujourd’hui, si on ne peut pas critiquer la remise en cause d’un programme, qui est lié à l’instant T, je m’interroge. On justifie la refonte du programme hospitalier par le passage à la T2A. Or, ce n’est pas nouveau. Le gouvernement masque la vérité.
Enfin, cette décision aura un coût. Je ne vois pas comment le CHPG actuel pourra assumer son rôle d’hôpital pour les Monégasques dans les 10 ans à venir. Il faudra investir pour qu’il puisse le faire sereinement dans l’attente du nouvel établissement. Sinon on va droit dans le mur. Et aujourd’hui on est déjà sur un constat d’échec.

M.H. : Vous êtes, avec votre père, l’architecte du centre de gérontologie clinique décrié par le patron de la fédération patronale. Philippe Ortelli a en effet déclaré dans Monaco Hebdo que c’était « un gouffre financier » et qu’il était « mal conçu ». Que répondez-vous ?

P.R. : La conception du bâtiment a été attaquée. Est-ce un problème de vocabulaire de M. Ortelli ? Parlait-il de « conception » ou de « programmation » ? S’il parle de « conception », qu’il attende qu’il soit terminé avant de critiquer, s’il parle de « programmation », qu’il s’informe avant de parler. S’agissant du manque de parkings, le site ne permettait pas d’en réaliser. Par ailleurs, sur le nombre de lits, il ne s’agit pas de gabegie financière mais d’une volonté de répondre en urgence à la demande de soins gériatriques à Monaco. Rappelons qu’aujourd’hui, c’est le Cap fleuri qui remplit cette vocation malgré lui alors qu’il s’agit à l’origine d’une maison de retraite !

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