vendredi 2 décembre 2022
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Tourisme : « Monaco restera
toujours une destination prisée »

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Malgré une légère embellie en 2021 avec une fréquentation hôtelière en progression de 12 points par rapport à 2020, le secteur touristique monégasque continue de subir de plein fouet les effets de la pandémie de Covid-19. À la tête de la direction du tourisme et des congrès (DTC), Guy Antognelli dresse pour Monaco Hebdo le bilan de l’année écoulée, et se projette, avec prudence, sur les perspectives pour 2022. Entretien.

Quel bilan dressez-vous du tourisme à Monaco en 2021 ?

Les chiffres sont bien meilleurs qu’en 2020. Le taux d’occupation à l’année s’élevait à 64 % en 2019. En 2020, il était de 27 %. Et en 2021, nous sommes à 39 %. Donc nous progressons. Nous avons vendu 44 % de chambres en plus qu’en 2020. Sachant que janvier et février 2020 étaient des bons mois. Le début d’année 2021 était pire qu’en 2020. Et à partir du mois d’août, nous avons un cumul de pertes sur le revenu par chambre disponible dans les hôtels qui est très faible. C’est-à-dire que nous ne perdons que 4,5 % de revenu par chambre disponible sur le deuxième semestre. On ne perd donc quasiment plus sur le second semestre comparé à 2019. Malheureusement, nous espérions être bons en janvier 2022, mais avec l’annulation du festival du cirque et le changement de format de certains salons… Heureusement, le rallye [de Monte-Carlo — NDLR] va un peu permettre de remplir certains hôtels. Mais ce sont des périodes assez courtes. Donc le mois de janvier 2022, qui s’annonçait bon, ne le sera finalement pas.

Quelle a été la fréquentation touristique pour les fêtes de fin d’année ?

Début décembre 2021, nous étions sur les mêmes chiffres que 2019, donc c’était extrêmement positif. Mais, à partir du 10 décembre, et le début de la vague Omicron, avec le retour de la quarantaine au Royaume-Uni, les PCR obligatoires pour l’Italie… les réservations se sont brutalement arrêtées. Nous avons fait un week-end du jour de l’an à 72 %, alors que nous nous attendions en début du mois à faire plus de 95 %.

Quel était le profil des touristes en 2021 ?

Les touristes sont venus de Suisse, d’Allemagne, d’Italie, du Royaume-Uni, quand il n’y avait plus de quarantaine, et de France. Ces visiteurs nous ont aidés à passer l’été. Nos clients du Moyen-Orient et des États-Unis sont également venus en principauté dès lors que les vols ont repris. Mais ce ne sont pas ceux sur lesquels nous allons mettre le plus de moyens tant que nous sommes dans l’incertitude quant à la réouverture des lignes et aux possibilités de voyager. Aujourd’hui, nous sommes sur un trimestre de coup par coup, en fonction de l’évolution de la pandémie.

« À partir du 10 décembre, et le début de la vague Omicron, avec le retour de la quarantaine au Royaume-Uni, les PCR obligatoires pour l’Italie… les réservations se sont brutalement arrêtées. Nous avons fait un week-end du jour de l’an à 72 %, alors que nous nous attendions en début du mois à faire plus de 95 % »

Monaco reste toujours une destination prisée ?

Monaco restera toujours une destination prisée. Nous l’avons bien vu cet été, les prix ont monté en moyenne parce que le tourisme d’affaires n’était pas là. Nous avons pu constater que l’offre qui était plébiscitée par nos visiteurs, c’était l’offre haut de gamme ou moyenne-supérieure. Monaco est donc toujours appréciée pour ce qu’elle est dans l’imaginaire des gens, c’est-à-dire une destination de luxe.

Quelle est votre stratégie pour relancer le tourisme en principauté ?

Aujourd’hui, c’est compliqué. Nous avions préparé un plan d’action pour le premier trimestre, mais nous devons malheureusement déjà le décaler. Nous allons présenter une stratégie vers la deuxième quinzaine du mois de février 2022, avec des actions qui vont s’orienter beaucoup plus vers du marketing, pour venir en appui de ce que font déjà tous les acteurs du tourisme en principauté. Nous avons la chance d’avoir beaucoup de professionnels très compétents qui, eux, ont une offre et vont vers le client. Nous allons donc mettre en place des moyens marketing pour que les clients pensent beaucoup plus souvent à Monaco dès lors qu’ils doivent penser à une destination touristique. C’est une stratégie qui se construit différemment selon les pays, selon les cibles. Dans l’immédiat, la priorité ce sont les marchés européens proches.

Quoi d’autre ?

Pendant l’été 2021, nous avons eu plus de Suisses que d’habitude, donc c’est un marché que nous allons beaucoup plus travailler qu’on ne le faisait jusqu’à présent. Nous avons vu que le Moyen-Orient et les États-Unis, dès qu’ils ont pu voyager, sont venus. Donc nous allons aussi intensifier nos efforts sur ces marchés. Notre bureau de promotion aux USA va continuer à travailler. Nous avons fait une opération sur le Moyen-Orient à Dubaï et à Abu Dhabi lors du dernier Grand Prix de la saison [en Formule 1 — NDLR] avec d’importants agents de voyage d’un peu tous les pays du Moyen-Orient (Arabie Saoudite, Qatar, Koweït…). Nous allons continuer ce ciblage. Nos neuf bureaux de promotion dans le monde continuent de travailler en Asie, en Russie, en Australie… Ce sont des marchés où nous continuons à être présents parce que nous savons que Monaco est apprécié et est un lieu un peu à part dans l’imaginaire.

Quel bilan dressez-vous du tourisme d’affaires en principauté ?

Le tourisme d’affaires a redémarré depuis septembre 2021. Même si nous n’avons pas eu les rendez-vous de septembre des assureurs, il y a eu les Assises de la sécurité, le Luxe Pack, l’anti-aging, le E-commerce one-to-one… Actuellement, nous sommes en train de préparer les prochaines éditions de E-commerce one-to-one et d’anti-aging. le one-to-one, c’est un peu plus facile, dans le sens où la clientèle est essentiellement française donc nous avons un peu moins de souci au niveau du voyage. En revanche, pour anti-aging, la clientèle est plutôt asiatique, d’europe de l’Est et américaine. Nous savons que l’édition ne retrouvera probablement pas les niveaux de fréquentation qu’elle avait auparavant. Mais si l’organisateur veut absolument le tenir, nous devrons les réunir dans les meilleures conditions. Car les gens veulent se réunir à Monaco. Malgré les mesures et la réduction de la jauge journalière, le Yacht Show a aussi été un succès. Le tourisme d’affaires va être un élément critique de la reprise, en espérant qu’il n’y ait pas trop d’événements qui disparaissent du fait de la faillite de leurs organisateurs. Aujourd’hui sur les grands événements qui viennent en principauté, ce n’est pas le cas.

Guy Antognelli Bilan Tourisme
« Dès que les voyages seront possibles et que les vols reprendront, les clients reviendront. Et le travail de la DTC sera justement de venir en appui par du marketing, que ce soit de la presse, de la télévision, des réseaux sociaux, ou du soutien aux tour-opérateurs, pour les aider à communiquer sur le produit Monaco et pour inciter les clients à venir. » Guy Antognelli. Directeur de la direction du tourisme et des congrès de Monaco. © Photo Iulian Giurca / Monaco Hebdo.

« Nous avons pu constaterque l’offre qui était plébiscitée par nos visiteurs, c’était l’offre haut de gamme ou moyenne-supérieure. Monaco est donc toujours appréciée pour ce qu’elle est dans l’imaginaire des gens, c’est-à-dire une destination de luxe »

Frappée par le recul sensible du nombre de touristes, l’hôtellerie monégasque a été touchée par plusieurs plans sociaux : quelle est la situation aujourd’hui et faut-il craindre de nouveaux plans sociaux ?

Je n’ai pas connaissance d’autres plans sociaux que ceux qui ont déjà été portés à la connaissance du public. Les situations sont très très diverses selon les établissements. Je ne peux pas communiquer les résultats d’établissement individuel, mais certains hôtels s’en sortent beaucoup mieux que d’autres. Là où le directeur du tourisme est content, c’est que nous disposons d’une offre en mutation. L’hôtel Columbus et le Novotel ont été rénovés juste avant le début de la crise. Pour eux, c’est effectivement un peu compliqué quand vous avez passé la plupart de vos liquidités pour rénover l’hôtel et que derrière, pendant plusieurs dizaines de mois vous avez un niveau de fréquentation bien plus faible. L’hôtel de Paris est tout neuf, et le café de Paris le sera en 2023. Nous savons également que l’hôtel Métropole va se rénover complètement, et, en partie, se transformer l’hiver prochain. Nous avons donc tous les éléments pour avoir une offre attractive, parce que rénovée et renouvelée.

Quel a été le chiffre d’affaires en 2021 ?

Nous ne disposons que d’un chiffre d’affaires théorique, dans le sens où nous calculons du prix moyen avec du nombre de chambres. Cela ne tient pas compte du tout de la restauration. Mais si nous parlons de chiffre d’affaires théorique, depuis le début de la crise en mars 2020, l’hôtellerie a vu disparaître environ la moitié du chiffre d’affaires qu’elle aurait pu réaliser. Donc c’est énorme. Quelle société aujourd’hui se relève sans dommage d’une perte de 50 % de son chiffre d’affaires ? Et ces 50 % ne concernent que l’hôtellerie, au niveau de la destination. Il y a donc sans doute des établissements pour lesquels c’est plus, et d’autres pour lesquels c’est moins.

Quelle a été la fréquentation dans les restaurants l’année dernière ?

C’est très compliqué. Des restaurateurs m’ont dit que le Réveillon avait été bon, mais cela ne veut vraiment dire qu’il n’y a eu qu’une soirée très bonne, et les jours suivants, ça a été le calme plat. Je ne pense donc pas qu’il y ait des restaurateurs qui soient réellement satisfaits de leur année. Heureusement que l’été 2021 a été suffisamment bon pour faire entrer du “cash”. Mais la situation est toujours très compliquée pour beaucoup de monde. Actuellement, il y a un autre phénomène problématique, c’est qu’avec le nombre de cas positifs très important depuis le début de l’année, il est très difficile pour ces établissements de tourner à plein, de prendre le plein de réservations s’ils leur manquent plusieurs employés car cela désorganise complètement le service. Ils doivent aussi faire face à ces difficultés.

Êtes-vous inquiet quant à de possibles fermetures d’établissements ?

Je n’ai pas connaissance de restaurants qui auraient fermé en raison de la crise car les aides de l’État ont permis à ces établissements de mettre du personnel en chômage total temporaire renforcé (CTTR) et d’avoir des revenus minimums. Mais cette situation ne peut pas perdurer indéfiniment.

« Pendant l’été 2021, nous avons eu plus de Suisses que d’habitude, donc c’est un marché que nous allons beaucoup plus travailler qu’on ne le faisait jusqu’à présent. Nous avons vu que le Moyen-Orient et les États-Unis, dès qu’ils ont pu voyager, sont venus. Donc nous allons aussi intensifier nos efforts sur ces marchés »

Le CTTR a pris fin le 31 décembre 2021 (1) : êtes-vous favorable à un rétablissement de cette mesure ?

Pour l’instant, le CTTR s’est arrêté, mais cela va relever du comité mixte de suivi d’en discuter. Cette mesure s’est arrêtée parce que début décembre, la situation était bonne et nous allions vers un redémarrage normal. Aujourd’hui, nous avons tous oublié le redémarrage normal pour le premier trimestre. Donc à voir les mesures qui pourraient être annoncées et prises dans les jours et semaines à venir.

Lors d’un précédent entretien [à ce sujet, lire notre article « Comme au XIXème siècle, on cherchera le sens du voyage », publié dans Monaco Hebdo n° 1187 — NDLR], vous nous avez confié vos inquiétudes concernant Monaco Ville : qu’en est-il aujourd’hui ?

La situation est toujours critique à Monaco-Ville. Elle avait été évoquée lors du dernier Observatoire du commerce. C’est sans doute le quartier où la situation est la plus critique, parce que l’offre est relativement mono-produit. Nous avons une offre très touristique, à l’exception des restaurants qui peuvent travailler le midi avec les personnes qui travaillent sur le Rocher. Mais le télétravail fait qu’il y a beaucoup moins de monde le midi dans ces établissements également. La situation sur le Rocher est donc particulièrement difficile. C’est la raison pour laquelle les opérations « Revivez vos quartiers » encouragent les Monégasques et résidents à consommer aussi dans d’autres quartiers et à diversifier la source des consommations au sein de la principauté.

tourisme Monaco
« La situation est toujours critique à Monaco-Ville. Elle avait été évoquée lors du dernier Observatoire du commerce. C’est sans doute le quartier où la situation est la plus critique, parce que l’offre est relativement mono-produit. » Guy Antognelli. Directeur de la direction du tourisme et des congrès de Monaco. © Photo Iulian Giurca / Monaco Hebdo.

Quelles sont les pistes à l’étude pour rendre le Rocher plus attractif ?

Je n’ai pas de piste, car ce n’est pas la direction du tourisme qui s’en occupe directement. C’est une problématique qui est assez complexe, dans le sens où ce sont des opérateurs privés qui doivent changer. Cela peut se faire à travers les appels d’offres, quand l’administration est propriétaire des biens. Mais c’est un travail de longue haleine. Il faut prendre le temps de faire cette réflexion correctement. Parce que ce n’est pas cette réflexion qui va résoudre le problème immédiat auquel sont confrontés ces commerces. Ce sont plutôt les soutiens en place.

Quelles sont les perspectives pour 2022 ?

Du point de vue de l’aéroport, nous avons une assez bonne visibilité, parce que les compagnies ont prévu un très bon plan de vols pour le printemps et l’été 2022. Les liaisons devraient reprendre, s’il n’y a pas de nouvelles interdictions de voyage. United Airlines devrait finalement ouvrir son vol direct Nice-New York, ce qui veut dire que nous aurions trois vols directs à destination des États-Unis. Il y aurait donc Delta, United, et la compagnie française qui vole avec des avions uniquement en sièges business entre Nice et New York. Air China souhaite remettre en place son vol direct Pékin-Nice. C’est également une très bonne nouvelle. Et bien évidemment, nous avons toujours les vols vers les hubs européens et moyen-orientaux qui nous amènent des clients du monde entier. Ces indicateurs sont très positifs, et tous les tour-opérateurs avec lesquels nous discutons, que ce soit British Airways Holidays ou les tour-opérateurs russes, nous disent que dès lors qu’ils mettent en vente le produit Monaco sur une fenêtre de séjour, les clients achètent tout de suite. Le produit reste extrêmement attractif. Dès que les voyages seront possibles et que les vols reprendront, les clients reviendront. Et le travail de la DTC sera justement de venir en appui par du marketing, que ce soit de la presse, de la télévision, des réseaux sociaux, ou du soutien aux tour-opérateurs, pour les aider à communiquer sur le produit Monaco et pour inciter les clients à venir.

« Le tourisme d’affaires a redémarré depuis septembre 2021. Même si nous n’avons pas eu les rendez-vous de septembre des assureurs, il y a eu les Assises de la sécurité, le Luxe Pack, l’Anti-Aging, le E-commerce One-to-One… »

Des réservations sont-elles déjà prises pour cet été ?

Oui, mais elles sont très faibles. Il faut savoir qu’en moyenne sur l’année, nous sommes à 70 % de réservations pour le mois en cours. Pour l’été, le délai de réservation s’allonge un peu, mais il est encore beaucoup trop tôt pour savoir comment les gens vont réserver.

Vous êtes-vous fixé des objectifs à atteindre en 2022 ?

Non, parce que dans le contexte d’incertitude qui est le nôtre aujourd’hui, se fixer des objectifs est extrêmement complexe. Nous voulons toujours faire mieux que ce que nous avons fait jusqu’à présent, bien évidemment. Mais, aujourd’hui, les prévisions sont tellement compliquées à réaliser… L’année dernière, nous avons fait un très bon second semestre aussi parce que nous avons eu du tourisme d’affaires qui est venu au second semestre, alors qu’il avait été annulé au premier. Nous avons fait un mois de septembre normal parce que nous avons fait le salon anti-aging qui avait été décalé d’avril à septembre. L’exercice de la prévision me semble complètement inutile.

Êtes-vous optimiste, malgré tout ?

Oui, parce que j’espère réellement qu’Omicron, comme nous le disent certains scientifiques, va marquer le début de la vraie descente de cette pandémie. Nous voyons bien que les gens veulent voyager, visiter, et découvrir.

Quels sont les projets de la DTC en 2022 ?

Nous envisageons la mise en place d’un City Pass. Cette offre permettra aux visiteurs de retrouver tous les centres attractifs de la principauté, au sein d’un même ticket. Nous aurions aimé qu’il soit en place pour le début de la saison, mais cela va peut-être être un peu compliqué. Si ce City Pass est en place pour l’été, nous serons contents. Il y aura un renouvellement du Passeport pour Monte-Carlo, qui est une exclusivité réservée aux tour-opérateurs. Et, de notre côté, nous allons travailler sur une nouvelle campagne de communication, car il faut effectivement relancer la machine.

1) Cette interview a été réalisée jeudi 13 janvier 2022. Le gouvernement princier a depuis annoncé la réactivation des mesures de soutien à l’économie et à l’emploi, dont le CTTR. Ces mesures sont, pour le moment, prévues pour durer jusqu’à la fin du mois de février 2022.

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