mercredi 22 avril 2026
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Stéphane Valeri : « Nous allons créer un premier restaurant avec D.ream international dès 2025, probablement à Dubaï »

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Quatorze mois après sa prise de fonction, le président délégué de la Société des bains de mer, Stéphane Valeri, dresse un premier bilan de son action, tout en se projetant sur les années à venir. L’avenir de son entreprise s’écrira aussi à l’étranger, et notamment à Dubaï, où un premier restaurant devrait être lancé en 2025, avec l’appui du groupe D.ream International. Interview.

Vous avez été officiellement nommé président-délégué de la Société des bains de mer (SBM) le 24 janvier 2023 : quel regard portez-vous sur les quatorze mois qui se sont écoulés ?

Ce fut une année pour le moins intense, pendant laquelle il a fallu positionner le groupe en phase avec la feuille de route qui est la mienne. Je la rappelle : maintenir un haut de niveau de résultat opérationnel, mettre en œuvre une stratégie de développement à l’international, développer la dimension immobilière, et donner une impulsion décisive en matière de responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE). Pour cela, il était nécessaire de faire évoluer la gouvernance du groupe, en renouvelant notamment le comité exécutif et en travaillant en concertation régulière avec le conseil d’administration de la SBM.

Vous avez multiplié les changements et les nominations : l’arrivée de René Blino à la tête du Monte-Carlo Beach au printemps 2024 marque la fin de ces mouvements, ou d’autres vont suivre ?

Je m’étais donné un an pour optimiser notre organigramme, afin qu’il soit en phase avec les objectifs de ma feuille de route. C’est chose faite aujourd’hui, avec un poste de directeur général qui n’était plus pourvu depuis plus de dix ans, avec la création de la direction du développement international et celle de la direction du développement immobilier, sans oublier le renouvellement de nombreux directeurs importants. J’ai également tenu à élargir le périmètre de notre nouvelle secrétaire générale, en lui attribuant le dossier très stratégique de la RSE.

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À l’occasion de vos vœux, vous avez dit que le développement immobilier est devenu « après les jeux et l’hôtellerie-restauration », le troisième métier de la SBM : c’est le seul relais de croissance possible pour la SBM ?

C’est un fait : l’immobilier est devenu le troisième métier durant ces dernières années de manière assez naturelle, vu le potentiel que constitue le foncier détenu par la SBM, dans un contexte où le prix au mètre carré est l’un des plus élevés au monde. L’immobilier, avec les locations d’appartements, nos trois villas, les boutiques de luxe, ainsi que les bureaux, représente aujourd’hui environ 20 % de notre chiffre d’affaires. Mais ce n’est pas le seul relais de croissance pour la SBM. Il y a bien sûr le développement international, avec l’achat ou la création d’établissements dans nos différents métiers. Mais il faut aussi constamment améliorer l’existant comme cela a été fait pour l’hôtel de Paris ou le Café de Paris, encore récemment. Cela sera poursuivi avec la rénovation de l’hôtel Hermitage et du Monte-Carlo Bay. Et puis, nous devons, bien sûr, diversifier notre offre en principauté, avec l’ouverture de nouveaux restaurants, comme nous l’avons fait par exemple l’an passé avec le Maona Monte-Carlo ou à partir du 5 avril 2024, avec le lancement très attendu d’Amazonico Monte-Carlo.

Amazonico Monte-Carlo Société des Bains de Mer
Le restaurant Amazonico ouvrira ses portes au sein du Café de Paris, sur la place du Casino, le 5 avril 2024. © Photo Monte-Carlo Société des Bains de Mer

Ne craignez-vous pas de froisser les syndicats des jeux et de l’hôtellerie-restauration ?

Pas du tout. Il faut rappeler que l’hôtellerie-restauration représente environ 50 % et le secteur des jeux environ 30 % de notre chiffre d’affaires. De plus, depuis que l’immobilier est devenu une activité optimisée et stratégique pour l’entreprise, les résultats des secteurs jeux et hôtellerie-restauration en bénéficient naturellement. C’est donc, au contraire, un développement qui consolide les activités historiques du “resort”. Personne n’oublie que les activités qui ont construit la légende de Monte-Carlo sont les jeux et l’hôtellerie.

« L’exercice précédent a été le meilleur de l’histoire de notre groupe depuis sa création […]. Dans le cadre de la stratégie que j’ai mise en place, tout a été mis en œuvre par les dirigeants et l’ensemble des collaboratrices et collaborateurs de notre groupe, afin que nous terminions l’exercice sur des bases comparables, ce qui maintiendrait ce résultat à un niveau historique »

L’exercice 2022-2023 a été exceptionnel, avec l’opération BetClic et un résultat opérationnel à 72,2 millions d’euros, mais vous confirmez vouloir faire « aussi bien » pour 2023-2024 ?

Effectivement, l’exercice précédent a été le meilleur de l’histoire de notre groupe depuis sa création [la SBM a été créée le 2 avril 1863 par le prince Charles III (1818-1889) et François Blanc (1806-1877) — NDLR]. Ce résultat s’expliquait notamment par le phénomène de “revenge travel” [« tourisme de revanche » — NDLR], suite à la pandémie de Covid-19. Je vous confirme que dans le cadre de la stratégie que j’ai mise en place, tout a été mis en œuvre par les dirigeants et l’ensemble des collaboratrices et collaborateurs de notre groupe, afin que nous terminions l’exercice sur des bases comparables, ce qui maintiendrait ce résultat à un niveau historique.

Le montant du rachat en octobre 2023 du Palace des Neiges à Courchevel sera communiqué quand ?

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, le montant de cette acquisition ne sera pas communiqué. Il s’agit d’une demande de la part du propriétaire, et nous nous devons de respecter ce devoir de confidentialité.

Ce rachat a été financé comment : sur fonds propres ou par de l’emprunt ?

Le rachat a été intégralement financé sur fonds propres, via notre structure établie à Luxembourg, qui a notamment pour objet de procéder à ce genre d’opérations à l’international.

Les travaux dans ce palace devraient prendre fin en décembre 2026 : quelles sont les grandes lignes du contenu de ce chantier ?

L’hôtel a été construit au début des années 1980. Il nécessite une complète rénovation, et même une restructuration qui va nous permettre de créer davantage de suites et d’augmenter la taille des chambres, afin d’être en phase avec la demande de la clientèle. Nous allons hisser notre offre future au niveau des plus hauts standards dans l’ultra-luxe, avec notamment une signature architecturale de renom international. Mon ambition est d’en faire l’un des plus beaux palaces des Alpes.

« Le Palace des Neiges nécessite une complète rénovation, et même une restructuration qui va nous permettre de créer davantage de suites et d’augmenter la taille des chambres, afin d’être en phase avec la demande de la clientèle. Nous allons hisser notre offre future au niveau des plus hauts standards dans l’ultra-luxe, avec notamment une signature architecturale de renom international »

Vous voulez aussi y créer un spa d’exception ?

Oui, nous souhaitons créer un spa qui soit une référence en termes d’équipements et de service, mais pas forcément en taille, car le bâtiment actuel ne le permettrait pas. Notre direction du développement international, avec l’appui de la direction du développement immobilier, sans oublier les compétences internes en termes d’offre “wellness”, travaille actuellement à déterminer le meilleur concept possible, pour répondre aux attentes d’une clientèle toujours plus exigeante. Une attention particulière sera portée à la piscine, qui devra être, elle aussi, une référence à Courchevel.

Ce sera un hôtel tourné vers l’écologie ?

En matière environnementale, la montagne, zone naturelle par excellence, est particulièrement prédisposée pour une approche durable et écologique. Cette approche débutera dès la phase de travaux, pour aboutir à des concepts de pointe dans le domaine éco-responsable et en termes de performance énergétique. Ces aspects représentent d’ailleurs une demande de plus en plus forte de la part de la clientèle, notamment des jeunes générations. Le premier hôtel monégasque à l’international se doit, bien sûr, d’être exemplaire en la matière, en phase avec l’action du prince souverain.

Vous avez dit vouloir aller « là où sont les clients de la SBM » : quels pays étrangers visez-vous pour le prochain rachat immobilier, selon quel calendrier et avec quelle enveloppe budgétaire ?

Si Courchevel 1850 était clairement une cible, et cela dès ma prise de fonction, car c’est l’une des stations les plus prestigieuses du monde, nous n’avons pas de planning de rachat par ailleurs, dans l’immédiat. Nous saurons saisir de manière pragmatique les opportunités quand elles se présenteront, mais sans précipitation. Avec Pascal Camia, notre directeur du développement international, nous étudions les propositions qui nous sont faites, et nous avons également une démarche d’étude de certaines destinations qui correspondent aux lieux recherchés par nos clients et nos prospects. Il n’y a pas d’enveloppe budgétaire dédiée aux rachats, car nous sommes aussi ouverts désormais à des contrats de gestion pour des établissements dont nous ne serions pas forcément propriétaires.

« Ce restaurant [l’Abysse — NDLR] est déjà présent à Paris, avec deux étoiles au guide Michelin. Dans la version monégasque, qui ouvrira à l’hôtel Hermitage, nous visons, à terme, le même niveau d’excellence »

En ce qui concerne la restauration, Yannick Alléno va ouvrir en juillet 2024 L’Abysse, un restaurant gastronomique japonais : quels objectifs lui avez-vous fixé ?

Il nous manquait en effet ce type d’offre gastronomique dans notre “resort”. Ce restaurant est déjà présent à Paris, avec deux étoiles au guide Michelin. Dans la version monégasque, qui ouvrira à l’hôtel Hermitage, nous visons, à terme, le même niveau d’excellence.

Les travaux du restaurant le Blue Bay de Marcel Ravin ont pris fin mi-février 2024 : quels étaient les objectifs de ces travaux ?

Le nouveau Blue Bay Marcel Ravin a été inauguré le 10 février 2024 en présence du prince Albert II. Nous souhaitions offrir à Marcel Ravin un écrin à la hauteur de ses deux étoiles, pour lui permettre de continuer à développer son art, et de faire vivre de nouvelles émotions à nos clients. C’est aussi à ces fins qu’a été créée La Table de Marcel, un véritable restaurant dans le restaurant, pour un dîner « sur mesure ».

Blue Bay Marcel Ravin Monte-Carlo Société des Bains de Mer
© Photo Michael Alesi / Direction de la Communication

Toujours dans le secteur de la restauration, Amazonico va ouvrir le 5 avril 2024 : sur le plan comptable, qu’attendez-vous de ce concept qui existe déjà à Madrid, à Londres, et à Dubaï notamment ?

Amazonico est une formidable opportunité pour la SBM, un concept très attendu par notre clientèle monégasque et azuréenne, ainsi que par tous les clients de nos hôtels. En plus du Maona créé l’an passé, du Buddha Bar et du Coya, il va apporter un complément très attractif à notre éventail de restaurants festifs. J’ai pu constater à Dubaï l’immense succès rencontré par cette marque. L’objet de ce récent voyage était d’ailleurs de conclure un accord de partenariat avec le groupe D.ream International (Dogus Restaurant Entertainment And Management), qui exploite notamment les marques Coya, Zuma, Nusr’Et, et donc Amazonico. Avec le potentiel de l’histoire et du savoir-faire de la SBM, nous souhaitions en effet développer avec ce groupe leader dans son domaine, une marque de restaurant inspirée de Monte-Carlo et d’une cuisine des deux rivieras française et italienne. L’objectif de cet accord est de créer un premier restaurant dès 2025, probablement à Dubaï.

En avril 2024, la SBM va célébrer le 150ème anniversaire des caves de l’hôtel de Paris : quel est le programme prévu à cette occasion ?

Pour célébrer cet anniversaire, nous avons conçu un programme exceptionnel, composé de dîners exclusifs, de visites et de conférences, en partenariat avec les grandes maisons françaises de vin et de champagne. De plus, nous allons rénover par tranches ce lieu mythique, avec la fin de la première tranche dès fin mars [2024 — NDLR]. En effet, le coup d’envoi sera donné dans les caves de l’hôtel de Paris dès le 21 mars 2024, avec un dîner privé en partenariat avec la maison Petrus. Des dégustations de grands crus seront, par ailleurs, proposées au verre dès le 1er avril, dans les bars et restaurants de la SBM.

Les contrats, de l’État avec la SBM, et de la SBM avec le manager de l’hôtel Le Méridien, prendront fin en 2026 : où en est le projet de restructuration que souhaite porter la SBM ?

La seule chose que je peux vous confirmer, c’est que notre groupe est légitime à être candidat pour mener à bien ce projet stratégique pour la principauté.

« J’en ai fini avec la vie politique. Je m’épanouis totalement dans mes fonctions actuelles. Elle m’occupent pleinement, avec beaucoup d’intensité, pour continuer d’écrire avec mon équipe et l’ensemble des collaboratrices et collaborateurs du groupe, l’histoire et la légende de la SBM, en principauté et au-delà »

Sur l’année écoulée, comment jugez-vous la qualité du dialogue social ?

La SBM compte 19 syndicats dans nos différents métiers. La direction des ressources humaines et l’ensemble des directeurs d’établissements, rencontrent très régulièrement les responsables syndicaux. Vous connaissez ma façon de fonctionner, toujours à l’écoute, afin de prendre des décisions équilibrées, pour le bien des salariés et de l’entreprise. C’est pourquoi, à leur demande, j’ai moi-même déjà reçu certains de ces syndicats. Le dialogue social est constant, respectueux, et de bonne qualité.

Après 35 ans de vie politique à Monaco, vous avez quitté la présidence du Conseil national en 2022 : la vie politique vous manque-t-elle, parfois ?

Comme vous le savez, et comme les Monégasques le savent aussi, j’ai consacré de nombreuses années de ma trajectoire professionnelle et personnelle à la passion que j’éprouve pour mon pays et pour la politique. Si je conserve cette passion pour Monaco, pour notre modèle institutionnel qui est celui de la monarchie constitutionnelle, tout comme pour notre modèle économique et social monégasque, j’en ai fini avec la vie politique. Je m’épanouis totalement dans mes fonctions actuelles. Elle m’occupent pleinement, avec beaucoup d’intensité, pour continuer d’écrire avec mon équipe et l’ensemble des collaboratrices et collaborateurs du groupe, l’histoire et la légende de la SBM, en principauté et au-delà.

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