dimanche 26 avril 2026
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MonacoTech veut faire « matcher » ses start-up dans l’économie locale

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En prenant la direction de MonacoTech à la fin de l’année 2025, Chloé Boscagli a enclenché une nouvelle dynamique chez cet incubateur de jeunes entreprises de la Principauté. Les nouveaux candidats seront désormais sélectionnés selon les besoins concrets du terrain monégasque, alors qu’un nouvel appel à candidatures a été lancé le 7 avril 2026. Par Clément Martinet

À la tête de MonacoTech depuis quelques mois, Chloé Boscagli incarne déjà la nouvelle dynamique de l’incubateur monégasque. Lors d’une conférence de presse organisée début avril 2026 dans ses locaux, elle a détaillé une stratégie recentrée sur un enjeu clé : renforcer l’ancrage local des start-up pour mieux assurer leur développement à l’international. Créé en 2017 à l’initiative du gouvernement princier, de Monaco Telecom et de Xavier Niel, MonacoTech s’est imposé comme un acteur central de l’innovation en Principauté. En neuf ans, près de 70 projets y ont été incubés, avec un taux de sélection particulièrement exigeant, autour de 5 %. Parmi eux, une trentaine d’entreprises se sont installées durablement à Monaco. Un bilan que la direction juge solide. « À horizon de neuf ans, cela représente environ 45 % de survie en Principauté », souligne Chloé Boscagli, en comparaison avec une moyenne nationale française estimée à 36 %. Au total, ces entreprises ont généré une soixantaine d’emplois sur le territoire monégasque, et environ 150 à l’échelle globale. Mais au-delà de ces résultats, c’est bien un changement de modèle qui s’opère.

Trois grands domaines structurent désormais l’action de MonacoTech : les technologies liées au climat et à l’économie bleue, celles dédiées à la santé et au sport, ainsi que les solutions d’intelligence artificielle (IA). Cette dernière domine largement les candidatures, représentant près de la moitié des projets reçus

Faire coïncider innovation et besoins du territoire

Jusqu’ici centré sur la sélection et l’accompagnement de jeunes pousses, MonacoTech entend désormais inverser la logique. L’objectif : partir des besoins des entreprises établies en Principauté pour identifier, puis intégrer, les start-up capables d’y répondre. « Nous voulons faire « matcher » les besoins des entreprises monégasques avec les solutions portées par les start-up », résume la directrice. Une approche qui doit permettre de renforcer leur crédibilité commerciale dès leurs premières phases de développement. Ce mécanisme, baptisé en interne « testing in Monaco », repose sur une idée simple : offrir aux jeunes entreprises une première validation sur le terrain. Un « double tampon », selon les mots de la direction, associant l’accompagnement de MonacoTech à une première expérimentation concrète avec un acteur local. Un levier jugé déterminant. Car l’un des points faibles identifiés reste le manque d’ancrage local, qui pousse certaines start-up à se développer ailleurs, une fois sorties de l’incubateur.

Un écosystème en construction

Pour soutenir cette évolution, MonacoTech s’appuie sur un réseau en structuration. Trois communautés sont désormais mobilisées : les entreprises partenaires, les alumni – ces start-up passées par l’incubateur – et un cercle de mentors internationaux. Ces derniers, souvent issus de la finance ou du capital-investissement, interviennent ponctuellement pour challenger les modèles économiques. Un accompagnement précieux pour des entrepreneurs encore protégés dans ce que la direction qualifie elle-même de « bulle ». En parallèle, l’incubateur bénéficie d’un lien étroit avec les services du gouvernement monégasque, facilitant l’installation et le développement des entreprises. Un atout rarement accessible aux entrepreneurs extérieurs. Autre signal positif : la montée en puissance de l’attractivité internationale. Lors du dernier appel à candidatures, plus de la moitié des dossiers provenaient de l’étranger. Par ailleurs, MonacoTech reçoit jusqu’à une candidature spontanée par jour. Deux appels à projets sont organisés chaque année, chacun attirant une centaine de dossiers. Une base de données jugée « stratégique », qui permettra demain de répondre plus rapidement aux besoins spécifiques des entreprises locales. Si MonacoTech revendique un positionnement généraliste, trois grands domaines structurent désormais son action : les technologies liées au climat et à l’économie bleue, celles dédiées à la santé et au sport, ainsi que les solutions d’intelligence artificielle (IA). Cette dernière domine largement les candidatures, représentant près de la moitié des projets reçus. À l’inverse, les secteurs plus traditionnels, comme la biotech, restent plus difficiles à accompagner, en raison de cycles de développement longs, peu compatibles avec la durée d’incubation.

Des exemples concrets

Plusieurs start-up présentes lors de la conférence ont illustré cette dynamique. C’est le cas de Neuraccure, qui développe une application capable d’évaluer les fonctions cérébrales de patients ou de sportifs. Déjà utilisée dans le suivi des commotions cérébrales dans le rugby professionnel, la solution permet d’obtenir des données objectives, là où les protocoles actuels restent largement déclaratifs. Autre illustration, la start-up ETYC, qui propose une plateforme de pilotage environnemental pour les yachts, hôtels et entreprises. Née lors d’un Startup Weekend à Monaco, elle s’inscrit pleinement dans les ambitions de décarbonation portées par la Principauté, tout en bénéficiant d’un soutien public via le fonds vert. On peut aussi citer Omnivorus & Gaia Tech : ces deux start-up ont structuré au sein de l’incubateur monégasque un pôle d’économie régénérative, fondé sur des modèles qui restaurent les ressources naturelles plutôt que de les épuiser. Omnivorus développe des protéines et des ingrédients issus de ressources marines et végétales pour remplacer les formulations ultra-transformées par « des alternatives naturelles, fonctionnelles et économiques, au service de l’industrie alimentaire et de la santé ». Gaia Tech extrait des composés bioactifs à partir de résidus agricoles, pour fournir des ingrédients naturels aux industries cosmétique, nutraceutique et agroalimentaire. De son côté, Altores développe une plateforme d’IA appliquée à la gestion et à l’optimisation des actifs. Cette startup a rencontré Xavier Niel et elle bénéficie d’une traction commerciale en Principauté. Altores étend désormais son déploiement à l’international. Certaines start-up ont également été primées récemment comme DataGreen, sacrée meilleure startup de l’année au World AI Cannes Festival (WAICF), et Sea Further, sélectionnée pour le « Projet Horizon Europe ». Ces trajectoires illustrent un modèle que MonacoTech entend renforcer : utiliser Monaco comme terrain d’expérimentation, avant un déploiement international.

Un enjeu économique assumé

Côté gouvernement, l’initiative est pleinement soutenue. « Il existe un véritable besoin de rapprochement entre les entreprises locales et les start-up », souligne la direction du développement économique. Derrière cet objectif se trouve un enjeu : la création de valeur. Emplois, activité économique, recettes fiscales indirectes, l’innovation est désormais perçue comme un levier structurant pour la Principauté. En filigrane, MonacoTech cherche à consolider sa position singulière : celle d’un incubateur à taille réduite, mais capable de transformer un territoire en laboratoire d’expérimentation. Reste à vérifier si ce nouveau modèle, fondé sur l’ancrage local, permettra de retenir durablement les start-up qu’il contribue à faire émerger.

L’appel à projets 2026 est ouvert

L’appel à projets a officiellement ouvert le 7 avril 2026. Les candidatures sont attendues dans trois verticales : « Climate & BlueTech », « Health & SporTech » et « Applied AI », à savoir climat et technologies bleues, santé et technologies du sport, ainsi que l’intelligence artificielle (IA) appliquée. L’IA appliquée est la verticale en plus forte croissance parmi les candidatures reçues. Les entreprises monégasques en attendent des solutions concrètes, et Monaco offre le cadre pour les tester. Les projets doivent disposer d’un prototype fonctionnel et viser une commercialisation sous 18 mois. Le dépôt des dossiers est à faire sur www.monacotech.mc, jusqu’au 12 mai 2026.

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