jeudi 6 octobre 2022
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Stephan Winkelmann : « Nous ne sommes pas intéressés par la Formule 1, pour l’instant »

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De passage à Monaco, le PDG de Lamborghini, Stephan Winkelmann, a accepté d’évoquer avec Monaco Hebdo les chiffres réalisés par son entreprise en 2021. Le constructeur de Sant’Agata Bolognese a connu une année record. De quoi financer l’électrification de sa gamme, à partir de 2028.

Quels sont les résultats financiers de Lamborghini pour 2021 ?

L’année 2021 a été une année record absolue. Nous avons livré 8 405 voitures à nos clients. Nous avons également établi un record en termes de chiffre d’affaires. Il s’est élevé à 1,95 milliard d’euros. Le bénéfice d’exploitation a été très bon, avec 393 millions, ce qui correspond à un autre record, avec une rentabilité commerciale de 20,2 %. Donc, dans l’ensemble, il s’agit d’une très, très bonne année.

Comment expliquez-vous cette forte rentabilité pour Lamborghini ?

La marque est très solide. La gamme de produits est incroyable. Nous entrons, ou nous sommes entrés, dans une tendance de réveil du marché plus tôt que prévu, après le premier confinement lié au Covid-19, fin 2020. Déjà en 2021, nous avons vendu chaque jour plus de voitures que nous n’étions capables d’en produire. C’est donc quelque chose qui est propre à notre marque, et nous en sommes très fiers.

« Notre meilleure vente est l’Urus, avec un peu plus de 5 000 voitures vendues, suivie par la Huracán, puis par l’Aventador »

Stephan Winkelmann, PDG de Lamborghini

Quels sont les véhicules les plus vendus par Lamborghini ?

Notre meilleure vente est l’Urus, avec un peu plus de 5 000 voitures vendues, suivie par la Huracán, puis par l’Aventador.

La pandémie de Covid-19 a eu quel effet sur les résultats de l’année 2021 ?

C’est très étrange, mais la pandémie de Covid-19 n’a entraîné aucune répercussion. Il y a eu un rebond, ce qui a été très positif pour nous. Chaque mois, nous avons vendu plus de voitures que nous étions en mesure d’en produire. Et c’est toujours le cas au moment où nous parlons [cette interview a été réalisée le 12 mai 2022 — NDLR]. Par ailleurs, le premier trimestre de 2022 a été un trimestre record, et nous en sommes très fiers.

usine Lamborghini
@ Photo Guindani Stefano SGP

Est-ce que la pénurie de semi-conducteurs est un problème pour Lamborghini ?

En 2021, en dépit de la pénurie de semi-conducteurs, et appartenant à un grand groupe comme Volkswagen, nous avons bénéficié du fait d’être une petite marque, avec des marges élevées. Nous étions donc prioritaires dans l’approvisionnement pour notre marché. Nous n’avons eu aucun problème.

« C’est très étrange, mais la pandémie de Covid-19 n’a entraîné aucune répercussion. Il y a eu un rebond, ce qui a été très positif pour nous. Chaque mois, nous avons vendu plus de voitures que nous étions en mesure d’en produire »

Quel est l’impact de la guerre en Ukraine pour Lamborghini ?

Il y a deux conséquences. Tout d’abord, nous avons mis notre activité en Russie en suspens. Nous ne vendons donc plus de voitures, ni de pièces détachées. D’autre part, nous avons un important fournisseur en Ukraine, dans la partie occidentale de l’Ukraine. Donc, au début de la guerre en Ukraine, nous avons connu, ici et là, quelques fermetures de la ligne de production de la Huracán. Mais aujourd’hui, nous sommes heureusement dans une position où nous n’avons pas de baisse de production causée par la guerre en Ukraine.

stephan winkelmann
@ Photo Guindani Stefano SGP

Votre programme d’électrification va coûter 1,8 milliard : pourquoi Lamborghini a fait ce choix ?

Il est clair que l’électrification pousse tous les constructeurs à changer leurs habitudes. Notre priorité est de passer à l’hybride sur les années 2023 et 2024, en investissant 1,8 milliard. Mais nous devons tenir la promesse faite à nos clients que la nouvelle génération sera non seulement plus durable, mais aussi plus performante que l’actuelle.

« Nous avons mis notre activité en Russie en suspens. Nous ne vendons donc plus de voitures, ni de pièces détachées. D’autre part, nous avons un important fournisseur en Ukraine, dans la partie occidentale de l’Ukraine »

En quoi va consister ce programme d’électrification ?

La première étape aura lieu en 2023, avec l’hybridation de notre V12, pour le modèle qui remplacera l’Aventador. Ce sera un nouveau V12, avec un système hybride rechargeable. Puis, en 2024, il y aura l’hybridation de l’Urus. Enfin, à la fin de l’année 2024, il y aura la nouvelle Huracán, qui sera également « hybridée ». Et puis, en 2028, donc à la fin de cette décennie, nous aurons un quatrième modèle : ce sera la première Lamborghini entièrement électrique.

Vous êtes revenu à la tête de Lamborghini en décembre 2020, après presque quatre ans à la tête de Bugatti et deux chez Audi Sport : est-ce que votre principale mission c’est de parvenir à une électrification totale d’ici 2030 ?

Non. Ce que nous cherchons à faire, c’est d’amener l’entreprise vers un avenir durable. Ces dernières années, nous avons cherché à segmenter la gamme. Ainsi, nous voulons que les supersportives restent hybrides aussi longtemps que possible. S’il y a une opportunité, même après 2030, de continuer à construire des voitures hybrides grâce au carburant synthétique, ce sera peut-être une excellente opportunité que nous examinerons. D’un autre côté, pour les voitures plus polyvalentes, c’est-à-dire les voitures de tous les jours, comme l’Urus et notre quatrième modèle, nous envisageons qu’elles soient entièrement électriques. Nous avons encore du temps pour décider de la voie à suivre, car cela dépendra aussi de l’évolution de la législation et de l’acceptation éventuelle du carburant synthétique.

« Notre priorité est de passer à l’hybride sur les années 2023 et 2024, en investissant 1,8 milliard »

Comment allez-vous convaincre ceux qui achètent une Lamborghini pour profiter du bruit du moteur, d’acheter un modèle électrique ?

La première étape est celle des véhicules hybrides rechargeables. L’idée est donc que chaque voiture soit équipée d’un moteur à combustion interne, afin que le son reste. Ce sera un nouveau son, très positif. En ce qui concerne l’électrification complète, nous travaillons sur un nouveau son, qui est, à mon avis, très prometteur. J’ai entendu les premiers échantillons, mais nous avons beaucoup de temps pour travailler sur ce sujet. Et je pense que nos clients, et les gens en général, seront réceptifs. De plus, de nouvelles générations arrivent, des générations plus jeunes, qui ont une mentalité différente. Nous pensons donc qu’à l’avenir, cela sera positif pour la marque.

« L’année 2021 a été une année record absolue. Nous avons livré 8 405 voitures à nos clients. Nous avons également établi un record en termes de chiffre d’affaires. Il s’est élevé à 1,95 milliard d’euros. Le bénéfice d’exploitation a été très bon, avec 393 millions »

Votre première voiture 100 % électrique est attendue pour 2028 : l’électrique vous permettra-t-il d’atteindre votre objectif de marge de 25 % ?

C’est ce qui est prévu. Il est clair que lorsque nous parlons d’investissements pour l’avenir, nous avons un plan bien défini. Nous ne vivons pas dans un monde vert. Nous devons donc être cohérents et le marché doit nous aider, c’est certain. Le marché est très solide, mais même si le marché n’était pas aussi fort qu’aujourd’hui, nous atteindrions quand même nos objectifs. Mais disons qu’en économie et pour une entreprise, vous ne pouvez pas regarder à court terme. Vous devez regarder à moyen et long terme. Nous devons faire cet investissement, et nous avons confiance dans le fait que nous atteindrons notre rentabilité commerciale.

La filière de véhicules classique, avec des moteurs thermiques, va-t-elle disparaître ?

Je ne pense pas. Il y a déjà des règles en place aujourd’hui pour ce type de voitures. Le grand défi pour l’avenir, c’est que nous devons tout changer si nous voulons que notre entreprise reste la même, qu’elle reste aussi attractive que nous le sommes aujourd’hui. Mais je suis tout à fait convaincu que les moteurs à combustion interne, qui appartiendront alors aux voitures historiques, notamment les nôtres, sont très limités en termes de nombre et de  kilométrage. Elles ne seront pas lésées par les décisions prises à l’avenir.

stephan winkelmann
@ Iulian Giurca / Monaco Hebdo

Le lancement au printemps 2018 de votre SUV Urus vous a-t-il permis de toucher une nouvelle clientèle ?

Oui, vraiment beaucoup, vraiment beaucoup. Le lancement de l’Urus était attendu depuis longtemps. Lamborghini n’a jamais été seulement un constructeur de voitures supersportives. En créant une voiture comme l’Urus, nous étions donc crédibles. Les résultats et l’enthousiasme que nous avons perçu autour de cette voiture sont la preuve que c’était la bonne décision. Non seulement de nouveaux clients sont venus pour l’Urus, mais en achetant l’Urus, ils se sont intéressés à nos voitures supersportives, comme la Huracán et l’Aventador.

Quel est le profil type de vos clients ?

En fin de compte, nous avons une entreprise très masculine, donc 95 % sont des hommes. La clientèle la plus jeune se trouve en Asie-Pacifique, suivie par le marché nord-américain. Une clientèle un peu plus âgée en termes d’âge moyen se trouve en Europe. Mais nous avons beaucoup de personnes qui achètent déjà leur voiture alors qu’ils ont la vingtaine. De plus en plus de jeunes nous rejoignent. La majorité d’entre eux sont des entrepreneurs, des stars du cinéma, du rock, ou du sport, des athlètes. Nous avons donc un peu de tout. Ils sont très conscients de ce qu’ils achètent, et c’est une bonne chose pour nous.

Vous allez abandonner le V12 sous sa forme actuelle : sans lui, comment allez-vous faire la différence avec vos concurrents ?

Nous aurons un tout nouveau V12 sur la remplaçante de l’Aventador, avec des batteries ou avec un système hybride et rechargeable. Nous connaissons déjà les premières réactions du public, parce que nous parlons aux clients, et à nos partenaires comme ici à Monte-Carlo. Et nous ne notons pas de baisse de la demande en ce qui concerne l’hybridation, en combinaison avec le V12.

Vous avez déjà mené un projet NFT : allez-vous en lancer d’autres ?

Nous avons mené deux projets NFT jusqu’à présent. Cela constitue un bon choix, car des artistes, mais aussi des clients, nous approchent pour nous demander d’en faire d’autres. Nous avons fait ces deux essais, et ils ont bien fonctionné. Maintenant, nous sommes très prudents en ce qui concerne le prochain. Mais nous allons continuer de le faire.

Quels sont les nouveaux modèles prévus pour 2022, que ce soit avec des moteurs traditionnels ou hybrides ?

L’année 2022 est la dernière année où nous n’aurons que des voitures à moteur à combustion interne. Nous allons lancer trois voitures. La première est la Tecnica, que nous avons lancée le mois dernier [avril 2022 — NDLR] à New York. Pendant l’été 2022, nous proposerons une mise à jour de l’Urus. Et, plus tard dans l’année, nous aurons une autre version de la Huracán. Ce seront les derniers modèles à moteur à combustion interne.

Lamborghini s’intéresse à la Formule 1 ?

Comme le disait Ferruccio Lamborghini (1916-1993) : « Je n’ai pas à prouver sur le circuit que nous avons les meilleures voitures. » Je pense que ces choses ne sont plus valables aujourd’hui. Nous nous sommes donc engagés dans le sport automobile depuis plus d’une décennie. Et les résultats sont très positifs. Nous organisons des courses monomarques, des séries de courses comme le Super Trofeo, qui connaît un grand succès dans le monde entier. Nous avons aussi des courses GT. Nous pourrions envisager quelque chose de nouveau, mais nous ne sommes pas intéressés par la Formule 1, pour l’instant.

Quels sont vos objectifs pour 2022 ?

Nous avons enregistré un chiffre record au premier trimestre 2022, mais il est très difficile de faire une prévision, en raison de la nouvelle situation géopolitique, et en raison des indicateurs macroéconomiques qui deviennent négatifs. C’est donc très difficile. Mais nous sommes très solides. Nous sommes donc positifs dans la réflexion, mais très prudents dans les prévisions.

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