dimanche 8 mars 2026
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De plus en plus de milliardaires dans le monde, grâce à l’héritage

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Alors que la richesse globale atteint un record historique, les centres de gravité se déplacent. Moins dominés par les États-Unis, plus ouverts à l’Asie et à l’Europe, les milliardaires repensent leurs actifs, leur mobilité et leur rapport au risque, selon un rapport d’UBS intitulé « Billionaire Ambitions Report » [« Étude sur les ambitions des grandes fortunes » — NDLR], publié fin 2025. Les explications de Max Kunkel, directeur des investissements chez UBS. Par Clément Martinet

La richesse mondiale des milliardaires n’a jamais été aussi élevée. En 2025, elle a atteint un sommet historique de 15 800 milliards de dollars, portée à la fois par l’innovation entrepreneuriale et par la plus grande vague de transmission patrimoniale jamais observée. Mais derrière cette accumulation spectaculaire, les stratégies d’investissement évoluent, les certitudes s’effritent et les lignes géographiques se déplacent. L’un des enseignements centraux mis en avant par UBS est connu, mais souvent mal compris : pour une large majorité de milliardaires, l’actif principal reste leur propre entreprise. Beaucoup sont d’abord des entrepreneurs, et non des investisseurs financiers au sens classique. Leur fortune est concentrée, peu diversifiée à l’origine, et étroitement liée à la trajectoire d’un secteur, d’une technologie ou d’un marché. C’est à partir de cette base que se construisent ensuite les arbitrages patrimoniaux. UBS interroge régulièrement ses clients milliardaires sur leurs intentions à douze mois. Ce qui ressort nettement, selon Max Kunkel, directeur des investissements chez UBS, c’est une lecture très pragmatique de l’environnement : pas de panique, mais une attention extrême aux tendances de fond. La richesse mondiale des milliardaires n’a jamais été aussi élevée. En 2025, elle a atteint un sommet historique de 15 800 milliards de dollars, portée à la fois par l’innovation entrepreneuriale et par la plus grande vague de transmission patrimoniale jamais observée. Mais derrière cette accumulation spectaculaire, les stratégies d’investissement évoluent, les certitudes s’effritent et les lignes géographiques se déplacent. L’un des enseignements centraux mis en avant par UBS est connu, mais souvent mal compris : pour une large majorité de milliardaires, l’actif principal reste leur propre entreprise. Beaucoup sont d’abord des entrepreneurs, et non des investisseurs financiers au sens classique. Leur fortune est concentrée, peu diversifiée à l’origine, et étroitement liée à la trajectoire d’un secteur, d’une technologie ou d’un marché. C’est à partir de cette base que se construisent ensuite les arbitrages patrimoniaux. UBS interroge régulièrement ses clients milliardaires sur leurs intentions à douze mois. Ce qui ressort nettement, selon Max Kunkel, directeur des investissements chez UBS, c’est une lecture très pragmatique de l’environnement : pas de panique, mais une attention extrême aux tendances de fond.

Actions, émergents et retour du non-coté

Malgré les tensions géopolitiques, les marchés actions continuent d’être perçus comme inscrits dans un cycle haussier. Les revenus fixes sont jugés globalement stables, alors que les actions restent privilégiées. La crainte d’une bulle généralisée, notamment autour de l’intelligence artificielle (IA), est minoritaire. Lorsqu’un doute apparaît, il se traduit davantage par des rotations sectorielles ou géographiques que par des sorties massives du marché. Fait marquant que montre ce rapport : plus de 40 % des milliardaires interrogés prévoient d’augmenter leur exposition aux marchés émergents, contre seulement 7 % qui envisagent de la réduire. L’Amérique du Nord reste la première destination d’investissement, mais son poids relatif diminue : après avoir concentré près de 80 % des intentions en 2025, elle tombe à environ 60 %. L’Asie, la Chine et l’Europe prennent le relais. En Europe, l’attrait se déplace vers les applications industrielles de l’IA, notamment dans les chaînes manufacturières. De son côté, la Chine développe rapidement son propre écosystème technologique, moins dépendant des plateformes occidentales. Cette recomposition explique aussi la montée en puissance de l’Asie dans la « démographie milliardaire mondiale ». Elle est désormais l’une des régions les plus dynamiques.

Intelligence artificielle

Dans ce contexte, les fonds spéculatifs retrouvent une place centrale. Leur intérêt tient moins à la promesse de rendements spectaculaires qu’à leur capacité à exploiter un environnement de faibles corrélations, où les actifs évoluent dans des directions divergentes. « Quand tout bouge en même temps, les hedge funds [les fonds spéculatifs — NDLR] sont moins utiles. Quand tout bouge différemment, ils redeviennent pertinents », résume, en substance, Max Kunkel. Le “private equity” [le capital-investissement — NDLR] connaît, lui aussi, un regain d’intérêt, après une période de relative prudence. Plus sélectif, l’environnement actuel redonne de la valeur à l’investissement direct et au temps long, dans une logique de contrôle et de création industrielle, plutôt que de simple arbitrage financier. L’IA occupe également une place à part dans les réflexions patrimoniales. Vue du côté des entrepreneurs, elle est à la fois une opportunité majeure et un risque systémique. Opportunité, car les gains de productivité et les relais de croissance sont considérables. Menace, car la vitesse d’évolution technologique peut rendre obsolètes des modèles entiers, y compris chez des acteurs bien établis. La crainte d’une bulle est globalement limitée. Là encore, la logique dominante est celle de la rotation plutôt que de la rupture. Les États-Unis demeurent un pôle central, mais l’avance perçue se réduit, au profit de l’Asie et de l’Europe. L’IA n’est plus seulement une infrastructure technologique ; elle devient une couche d’application transversale, notamment dans l’industrie, l’énergie et les services, souligne ce rapport d’UBS.

Héritage : la bascule silencieuse

C’est peut-être là que se joue la transformation la plus profonde. En 2025, 91 héritiers (64 hommes et 27 femmes) ont reçu près de 298 milliards de dollars, ce qui constitue un record annuel. C’est 36 % de plus qu’en 2024, malgré un nombre d’héritages moindre : concrètement, c’est une hausse par rapport à 2024, qui comptait 805 milliardaires supervisant 4 200 milliards de dollars. À travers le monde, les milliardaires multigénérationnels s’étendent lentement sur les générations. Selon ce rapport, le nombre de milliardaires de deuxième génération a augmenté de 4,6 %, celui de la troisième génération de 12,3 %, et celui de la quatrième génération et au-delà de 10 %. À l’échelle mondiale, UBS estime qu’environ 6 900 milliards de dollars seront transférés d’ici 2040, dont l’essentiel au sein des familles. L’Europe se distingue nettement : les nouveaux milliardaires y sont plus souvent issus de l’héritage que de la création entrepreneuriale, contrairement aux États-Unis et à l’Asie, où la réussite économique reste plus directement liée à l’innovation et à la prise de risque. Les différences culturelles comptent, mais elles ne suffisent pas à expliquer l’écart. Les politiques publiques, la profondeur des marchés financiers, l’accès au capital et le niveau d’endettement jouent un rôle déterminant.

Le nombre de milliardaires est passé de 2 682 à près de 3 000

Ce basculement intergénérationnel modifie les priorités. Les milliardaires interrogés souhaitent majoritairement que leurs enfants réussissent par eux-mêmes, valorisent l’innovation, l’impact et les modes de vie, davantage que la simple préservation patrimoniale. Mais, dans les faits, l’héritage devient un moteur de plus en plus structurant de la concentration de richesse. En 2025, 196 milliardaires autodidactes ont ajouté 386,5 milliards de dollars à la richesse mondiale, portant la fortune totale à un record de 15 800 milliards de dollars. C’est la deuxième plus forte augmentation annuelle enregistrée dans l’histoire de ce rapport. Globalement, le nombre de milliardaires a augmenté de 8,8 %, passant de 2 682 à près de 3 000. Contrairement à la poussée post-pandémie d’actifs en 2021, cette croissance a été portée par une création d’entreprises audacieuse et un succès entrepreneurial, souligne Max Kunkel. Que ce soit dans le domaine des logiciels marketing de la génétique du gaz naturel liquéfié ou des infrastructures, ces innovateurs redéfinissent la demande à grande échelle juge-t-il, avec des milliardaires aux États-Unis et en Asie-Pacifique en tête.

Mobilité, géopolitique et refuge monégasque

Dans un monde devenu multipolaire, où il n’y a « ni amis, ni ennemis, seulement des intérêts », selon l’expression souvent reprise par les investisseurs, la mobilité patrimoniale s’accélère. Plus d’un tiers des milliardaires déclarent avoir déjà changé de pays au moins une fois, et près de 10 % envisagent de le faire. Les motivations sont claires : qualité de vie, stabilité géopolitique, et efficacité fiscale. Dans ce paysage, Monaco apparaît comme une destination cohérente. Éducation, système de santé, faible exposition aux risques géopolitiques et cadre fiscal lisible constituent un ensemble attractif pour des patrimoines cherchant à se protéger autant qu’à se transmettre. Face aux incertitudes politiques, aux conflits et aux tensions commerciales, les stratégies restent prudentes : maintien de liquidités, diversification accrue et retour de l’or comme actif de couverture. L’or n’est pas perçu comme un actif miracle, mais comme un outil de protection du portefeuille. Les mines, elles, offrent un potentiel de rendement, au prix d’un risque élevé. Jamais les milliardaires n’ont été aussi nombreux, aussi riches et aussi mobiles. Mais jamais, non plus, leur environnement n’a été aussi fragmenté, instable et contraignant. L’époque des certitudes unipolaires s’éloigne. À sa place s’impose une gestion plus fine, plus politique au sens noble, où l’investissement devient indissociable des rapports de force mondiaux, des transitions technologiques et des transmissions familiales. La richesse progresse, mais elle change de nature. Et ceux qui la détiennent le savent : l’enjeu n’est plus seulement de la faire fructifier, mais de la rendre durable, dans un monde qui l’est de moins en moins.

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