lundi 9 mars 2026
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Meeting Herculis — Jean-Pierre Schoebel : « J’ai eu une chance inouïe »

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Après 39 éditions, Jean-Pierre Schoebel a quitté la direction du meeting Herculis. Depuis 1987, il a dirigé ce rendez-vous d’athlétisme au stade Louis II, le faisant passer d’un événement européen modeste à un meeting intégré à la Golden League, puis à la Diamond League. Dans cet entretien accordé à Monaco Hebdo, il raconte les records du monde battus et ses souvenirs avec les meilleurs athlètes mondiaux. Propos recueillis par Raphaël Brun


Pendant l’été 2025, vous avez fait vos adieux au public du stade Louis-II, après 39 éditions du meeting Herculis : qu’avez-vous ressenti en quittant cette aventure ?

J’ai d’abord été très surpris. J’avais dit que je partirais à la retraite au début de l’année 2026. L’été 2025 a donc marqué la dernière édition de l’Herculis en tant que directeur de ce meeting d’athlétisme. Je n’ai pas compris tout de suite ce qui m’arrivait, donc c’est vrai que j’ai été un peu déboussolé. J’ai été très ému. J’ai d’abord été très surpris. J’avais dit que je partirais à la retraite au début de l’année 2026. L’été 2025 a donc marqué la dernière édition de l’Herculis en tant que directeur de ce meeting d’athlétisme. Je n’ai pas compris tout de suite ce qui m’arrivait, donc c’est vrai que j’ai été un peu déboussolé. J’ai été très ému.

Comment êtes-vous arrivé à la tête de ce meeting ?

En 1984, nous avons créé la fédération monégasque d’athlétisme. Le stade Louis II a été inauguré l’année suivante, le 25 janvier 1985 par le prince Rainier (1923-2005) avec un match qui a opposé quatre équipes masculines de quatre pays différents. En 1986, cette expérience a été renouvelée. A l’occasion d’une réunion de notre fédération, où le président était le prince héréditaire Albert, ce dernier a souhaité que l’on arrête de faire ce type de matches et que l’on organise un meeting d’athlétisme. J’étais alors sans doute celui qui connaissait le plus ce sujet au sein de la fédération monégasque. C’est comme ça que je me suis lancé.

« Je garde un souvenir un peu mi-figue, mi-raisin de ce premier meeting Herculis en 1987 car, même si c’était un meeting de niveau européen, il s’est déroulé dans un stade désert. C’était un peu décevant par rapport à tous les efforts que nous avions faits »

Quand a eu lieu La première édition du meeting Herculis ?

Le premier meeting Herculis s’est déroulé en septembre 1987 au stade Louis II. Pour cette première édition, nous avons organisé un événement mixte, avec une course de l’heure et quelques autres épreuves, que nous avons organisé avec l’aide de mon collègue du meeting de Paris, Raymond Lorre (1925-2017).

Thierry Vigneron au premier meeting Herculis, le 17 septembre 1987. © photo meeting Herculis — fédération monégasque d’athlétisme

Quels souvenirs gardez-vous de cette toute première édition du meeting Herculis ?

Je garde un souvenir un peu mi-figue, mi-raisin de ce premier meeting Herculis en 1987 car, même si c’était un meeting de niveau européen, il s’est déroulé dans un stade désert. C’était un peu décevant par rapport à tous les efforts que nous avions faits.

Il a fallu combien de temps pour que le meeting Herculis prenne son envol ?

L’envol du meeting Herculis a été assez rapide. En 1988, nous avons fait une deuxième édition. Et puis, en 1989, nous avons organisé à Monaco la finale du grand prix International Association of Athletics Federations (IAAF) – Mobil. C’est là qu’avec mon assistant, Frédéric Choquard, on a tout appris. C’était un événement important avec l’IAAF, qui est devenue World Athletics le 26 octobre 2019, et des sociétés de marketing qui géraient la compétition. Cela a été un véritable marchepied pour nous. L’année d’après, en 1990, nous sommes devenus « meeting IAAF ». En 1991, nous avons obtenu le statut « grand prix IAAF-Mobil », qui était à l’époque la première division. En trois ou quatre ans, nous avons donc beaucoup progressé.

Sergueï Bubka au meeting Herculis, en 1990. © photo meeting Herculis — fédération monégasque d’athlétisme

Il y a eu d’autre moments marquants ?

L’année 1995 a été un peu particulière, car nous avons organisé deux événements : notre meeting Herculis grand prix IAAF-Mobil et, en septembre, la finale du grand prix IAAF-Mobil.

« En 1989, nous avons organisé à Monaco la finale du grand prix International Association of Athletics Federations (IAAF) – Mobil. C’est là qu’avec mon assistant, Frédéric Choquard, on a tout appris. C’était un événement important avec l’IAAF, qui est devenue World Athletics le 26 octobre 2019, et des sociétés de marketing qui géraient la compétition. Cela a été un véritable marchepied pour nous »

Monaco a pu accéder rapidement à la Golden League, qui est un circuit mondial d’athlétisme réunissant les meilleurs meetings ?

La Golden League a été créée en 1998 par l’IAAF. Le Meeting Herculis a été intégré à la Golden League dès son lancement, en 1998. A cette occasion, on est devenu l’un des meetings fondateurs de la Golden League, rejoignant le cercle des rencontres majeures de l’athlétisme mondial. La montée en puissance de notre meeting s’est donc déroulée de façon progressive.

Au départ, Monaco n’était pas une place forte de l’athlétisme : quelles ont été les plus grandes difficultés pour parvenir à s’imposer ?

Il a d’abord fallu résoudre la partie financière, bien sûr. Et puis, du temps a été nécessaire pour construire, installer ce meeting, et parvenir à remplir le stade Louis II, ce qui est plus ou moins le cas actuellement. Sinon, nous n’avons pas rencontré de soucis particuliers.

Quels sont les trois moments les plus forts qui vous reviennent en mémoire parmi les 39 éditions du meeting Herculis que vous avez dirigées ?

Je me souviens d’une conférence de presse. C’était en 1998. Tout d’un coup, tous les athlètes que je rêvais d’avoir étaient présents autour de moi. J’ai alors compris que nous avions franchi un palier. Nous avions déjà accueilli Marie-Jo Perec en 1994, Carl Lewis en 1991, et bien d’autres… Nous avons eu de la chance d’avoir tous ces grands athlètes. C’était vraiment un grand bonheur.

Quoi d’autre ?

Le deuxième souvenir, c’est que je me suis dit pendant longtemps que j’aimerais voir une femme courir à notre meeting en moins de quatre minutes sur le 1 500 mètres. Et puis, l’Irlandaise Sonia O’Sullivan est devenue la première à courir le 1 500 mètres en moins de 4 minutes au meeting Herculis. C’était le 25 juillet 1995, lorsqu’elle a réalisé un temps de 3 minutes 58 secondes et 85 centièmes. Par la suite, nous avons eu huit athlètes qui ont réussi ça lors du même meeting.

« Avec mon collègue, on était à Rome, et on nous a demandé comment on avait fait pour obtenir la dernière course en meeting d’Usain Bolt. On n’était même pas au courant qu’il avait fait cette annonce »

C’était quand ?

Le 8 août 1998, huit athlètes féminines ont couru le 1 500 mètres du meeting Herculis en moins de 4 minutes. La Roumaine Gabriela Szabo s’est imposée en 3 minutes 56 secondes 97 centièmes, suivie de près par la Russe Svetlana Masterkova en 3 minutes 57 secondes 11 centièmes. Derrière, il y avait la Kenyane Jackline Maranga en 3 minutes 57 secondes 41 centièmes, la Portugaise Carla Sacramento en 3 minutes 57 secondes 71 centièmes, la Kenyane Naomi Mugo en 3 minutes 58 secondes 12 centièmes, la Suisse Anita Weyermann en 3 minutes 58 secondes 20 centièmes, l’Américaine Suzy Favor Hamilton en 3 minutes 58 secondes 38 centièmes, et enfin l’Éthiopienne Kutre Dulecha en 3 minutes 58 secondes 43 centièmes. Cette course a été considérée comme l’une des plus rapides de l’année 1998. Je suis tombé des nues. Je n’y croyais pas.

Et le troisième grand souvenir ?

La venue d’Usain Bolt à Monaco m’a beaucoup marquée. C’était en 2011. Ce sprinteur jamaïcain, était alors déjà triple champion olympique et recordman du monde. Après les Jeux olympiques (JO) de Barcelone, en 1992, nous avions déjà rempli le stade Louis II. Quand on a annoncé la venue de Bolt, le stade a à nouveau affiché complet. Il a ensuite renouvelé ce cadeau une deuxième fois, en 2017. Avec mon collègue, on était alors à Rome, et on nous a demandé comment on avait fait pour obtenir la dernière course en meeting d’Usain Bolt. On n’était même pas au courant qu’il avait fait cette annonce.

Quelle a été votre réaction ?

Nous avons contacté Bolt pour discuter avec lui des conditions matérielles de sa venue à Monaco. Il nous a aidé grâce à l’un de ses partenaires, que l’on a mis sur son dossard, pour nous permettre de payer la facture, qui était conséquente. Usain Bolt est donc revenu en 2017 pour ce qui a été sa dernière course en meeting de sa carrière. Il a couru le 100 mètres en 9:95, à l’occasion du 30ème anniversaire du meeting Herculis.

Au fil du temps, le meeting Herculis est devenu un rendez-vous incontournable du calendrier international : à quoi attribuez-vous ce succès, qui dure dans le temps ?

Ce meeting est apprécié du public, Monaco est une destination sympathique, et nous avons une équipe de huit personnes très compétentes pour organiser ce meeting.

Marie-José Pérec au meeting Herculis, en 1996. © photo meeting Herculis — fédération monégasque d’athlétisme

Sur ces 39 éditions que vous avez dirigées et organisées, quel a été le plus grand défi de votre carrière à la tête du meeting Herculis ?

Pendant ces 39 éditions du meeting Herculis, il y a eu trois moments difficiles, notamment concernant les négociations avec les athlètes. Au début des années 1990, il y a d’abord eu l’Américaine et sauteuse en longueur, Jacqueline Joyner-Kersee. Avec elle, il y a presque eu un chantage à la prime. Ça ne s’est pas très bien passé. Elle souhaitait qu’on lui paye les bonus à la performance avant la course. Or, je ne voyais pas comment payer ce type de bonus, si la performance n’a pas encore eu lieu… Nous lui avons expliqué que si ça ne lui convenait pas, elle pouvait partir.

Et que s’est-il passé ?

Elle est partie, elle et un petit groupe.

« Je n’ai pas apprécié le combat de boxe à l’arrivée du 1 500 mètres entre les Français Mehdi Baala et Mahiedine Mekhissi, le 22 juillet 2011. Ils ont détruit ce meeting. Car, au final, la seule chose dont on a parlé, c’est de cet affrontement. L’Herculis a presque été passé sous silence »

Il y a eu d’autres négociations compliquées ?

Oui. Notamment pour un choix de couloirs avec Marie-Jo Perec, lors de la 12ème édition du meeting Herculis, le 10 août 1996. Elle était venue à Monaco suite à son doublé olympique sur 200 et 400 mètres à Atlanta, en 1996. Elle avait alors posé des conditions particulières concernant les couloirs de départ.

Que voulait-elle ?

Elle souhaitait courir dans le couloir numéro 4 ou 5, donc un couloir central. Elle voulait aussi que ses adversaires les plus dangereuses occupent les couloirs à l’extérieur. Or, si Marie-Jo Perec occupait le couloir 4, il restait ensuite les couloirs 5, 6, 7 et 8. Mais on n’a pas de couloir 9 et 10 pour mettre d’autres filles… J’ai donc dû placer une Américaine au couloir 2. Heureusement, avec les Américains, on peut toujours discuter. Donc, au final, ça s’est très bien passé.

Vous vous souvenez d’un autre moment difficile ?

Je n’ai pas apprécié le combat de boxe à l’arrivée du 1 500 mètres entre les Français Mehdi Baala et Mahiedine Mekhissi, le 22 juillet 2011. Ils ont détruit ce meeting. Car, au final, la seule chose dont on a parlé, c’est de cet affrontement. L’Herculis a presque été passé sous silence. J’ai été très déçu que l’on puisse davantage s’intéresser à un combat de rue qu’à un meeting qui avait pourtant été très bon.

Comment a évolué le budget de ce meeting ?

Le budget du meeting Herculis a augmenté progressivement. Nous sommes passés de 2 millions d’euros à plus de 3 millions actuellement.

Sur ce total, quelle part est versée aux athlètes pour les faire venir à Monaco ?

Plus on a de l’argent et plus on peut inviter du monde. Mais il faut faire des choix. Avant, les prix étaient plus bas, donc on calculait moins. On arrivait à prendre beaucoup de stars. Aujourd’hui, on se limite parce qu’il faut rentrer dans notre budget. Le budget réservé aux athlètes représente environ la moitié, soit près de deux millions d’euros.

Les tarifs des cachets versés aux athlètes par le meeting Herculis pour qu’ils viennent à Monaco n’arrêtent pas d’augmenter ?

Pendant un moment, les tarifs pour faire venir les athlètes à Monaco ont augmenté, et puis ça s’est ensuite un peu calmé. Lorsqu’il y a eu la pandémie de Covid-19, à partir de mars 2020, ça s’est même beaucoup calmé. L’Herculis a été le premier meeting d’athlétisme de la Golden League à avoir lieu pendant la pandémie de Covid-19. Pour l’édition 2020, nous avons dû respecter des protocoles sanitaires stricts et des modifications de date : notre événement a été déplacé du 10 juillet au 14 août 2020, mais notre meeting a été le seul à être organisé dans des conditions quasi-normales (1). Herculis a aussi eu lieu en 2021 [la fin de l’état d’urgence sanitaire mondial a été déclaré par l’Organisation mondiale pour la santé (OMS) le 5 mai 2023 — NDLR]. En 39 éditions, nous n’avons jamais connu d’interruption. Donc, pour en revenir aux cachets versés aux athlètes, je ne peux pas dire que les tarifs ont diminué, mais il y a encore des gens raisonnables.

Renaud Lavillenie au meeting Herculis, en 2013. © photo meeting Herculis — fédération monégasque d’athlétisme

Comment s’est passée cette édition sous Covid, en 2020 ?

Nous avons suivi une série de précautions sanitaires : masques, attestations de vaccination, vente dans le stade d’un siège sur deux… Pour accueillir les athlètes, nous avons dû réinventer notre métier pour organiser ce meeting Herculis sous Covid. A l’aéroport de Nice, les athlètes ne pouvaient plus arriver d’un pays de l’espace Schengen : ils devaient arriver de Londres. Ensuite, on les a faits voyager dans des voitures seuls, et avec un masque. Autre problème que nous avons dû régler : il était impossible d’avoir une chambre d’appel fermée. Nous avons donc supprimé les lancers, et on a mis des chaises sur la pelouse. En attendant leur tour, les athlètes se changeaient et se rhabillaient sur la pelouse. Nous avions dû aussi privatiser l’hôtel Marriott, situé à proximité du stade Louis II, pour les athlètes, avec des chambres individuelles. De plus, pour rentrer dans cet hôtel, il fallait une attestation de vaccination et un masque.

« Le budget du meeting Herculis a augmenté progressivement. Nous sommes passés de 2 millions d’euros à plus de 3 millions actuellement […]. Le budget réservé aux athlètes représente environ la moitié, soit près de deux millions d’euros »

Chaque année, pour sélectionner les athlètes, vous misez sur la qualité ou sur la quantité ?

Contrairement à certains, on s’intéresse à tous les athlètes, quelle que soit l’épreuve, et pas seulement à une star ou deux. Je me voyais mal mettre tout l’argent chez Usain Bolt et ne plus pouvoir payer les autres. L’objectif a toujours été de s’intéresser au plus de monde possible, quel que soit le niveau.

De 1987 à 2025, le meeting Herculis est-il devenu un spectacle de plus en plus cher pour le public en tribunes ?

Le prix des billets est toujours resté raisonnable pour le meeting Herculis. Actuellement, le billet le moins cher est proposé à 15 euros.

Combien rapporte un meeting comme Herculis ?

Le meeting Herculis est organisé par la fédération monégasque d’athlétisme. Nous n’avons pas pour objectif de faire du profit. Le but, c’est d’équilibrer les comptes. Et s’il y a un petit bénéfice, c’est tant mieux. Cela nous permet d’avoir un fonds de roulement.

Quels sont les records battus à Monaco qui vous ont le plus marqué ?

C’est difficile de choisir. En 39 éditions du meeting Herculis, neuf records du monde ont été battus. En 1991, il y a aussi eu un record égalé qui m’a marqué. Il s’agit du 4×100 mètres. L’équipe américaine du Santa Monica Track Club, qui réunissait Carl Lewis, Mike Marsh, Leroy Burrell et Floyd Heard, a égalé le record du monde qui appartenait aux français [Max Morinière, Daniel Sangouma, Jean‑Charles Trouabal et Bruno Marie‑Rose, établi en 1990 — NDLR], en 37,79 secondes.

« L’Herculis a été le premier meeting d’athlétisme de la Golden League à avoir lieu pendant la pandémie de Covid-19. Pour l’édition 2020, nous avons dû respecter des protocoles sanitaires stricts et des modifications de date : notre événement a été déplacé du 10 juillet au 14 août 2020, mais notre meeting a été le seul à être organisé dans des conditions quasi-normales »

Et pour les records battus à Herculis ?

Je me souviens de l’Algérien Noureddine Morceli, qui a établi un record du monde en 1994 sur 3 000 mètres. Ensuite, il y a eu les 5,04 mètres réalisés en saut à la perche par la Russe Yelena Isinbayeva en 2008. Toutes les courses de demi‑fond m’ont marqué, mais j’ai un petit faible pour Faith Kipyegon, la Kényane, qui a inscrit son nom au record du monde du mile féminin au meeting Herculis à Monaco en 2023, avec un temps de 4 minutes 07 secondes et 64 centièmes. Je pense aussi à l’Éthiopienne Genzebe Dibaba, qui a amélioré le record du monde du 1 500 mètres féminin, lors du meeting Herculis le 17 juillet 2015, surpassant l’ancien record qui datait de 1993. En 2020, j’ai bien aimé aussi la performance de l’Ougandais Joshua Cheptegei, qui a réalisé le record du monde du 5 000 mètres en 12 minutes 35 secondes et 36 centièmes [Joshua Cheptegei a battu l’ancien record de Kenenisa Bekele de 2004, qui était de 12 minutes 37 secondes et 35 centièmes — NDLR].

Depuis 1987, vous avez vu défiler plusieurs générations de champions : lesquels incarnent le mieux l’esprit du meeting Herculis ?

Les relations sont très différentes avec certains athlètes. Et on sait que, quelle que soit la date et la négociation avec leurs managers, certains seront toujours présents à Monaco. Il y a des inconditionnels qui ne ratent jamais l’Herculis, et ce, quelles que soient nos finances. C’est réconfortant de savoir que l’on a l’appui de beaucoup d’athlètes.

Entre les précédentes générations d’athlètes et la nouvelle, qu’est-ce qui a changé ?

J’ai l’impression qu’il y a un turn-over plus rapide. Pour le reste, le milieu de l’athlétisme s’est beaucoup professionnalisé, notamment au niveau des managers. Les directeurs de meeting se sont, eux aussi, beaucoup professionnalisés, car la Diamond League est une grosse machine, qui demande beaucoup d’investissement.

Vous avez toujours fait preuve d’une grande discrétion dans votre rôle : c’était une volonté personnelle de rester en retrait ?

J’ai seulement cherché à faire mon boulot pour que tout marche bien et que le meeting ait un bon retentissement. C’est tout. A Monaco, nous avons la chance d’avoir le prince Albert II qui est fan, et qui nous épaule beaucoup.

Frédéric Choquard vous a succédé à la tête du meeting Herculis pendant l’été 2025 : quels conseils lui avez-vous transmis ?

Frédéric Choquard est mon adjoint depuis 1988. Donc il n’a loupé que le premier meeting [rires — NDLR], qui s’est déroulé le 19 septembre 1987. Donc la transition a été faite il y a de cela plusieurs années. Il est peu à peu monté en puissance, et moi, j’ai un peu réduit la voilure. Il y a donc eu une continuité totale.

« Contrairement à certains, on s’intéresse à tous les athlètes, quelle que soit l’épreuve, et pas seulement à une star ou deux. Je me voyais mal mettre tout l’argent chez Usain Bolt et ne plus pouvoir payer les autres. L’objectif a toujours été de s’intéresser au plus de monde possible, quel que soit le niveau »

Après 39 ans d’existence, comment faire pour continuer à renouveler un événement comme le meeting Herculis ?

Nous avons toujours essayé d’améliorer ce meeting en innovant. Lorsque mes collègues de la Diamond League ne voulaient pas lancer une nouveauté, nous la mettions en place. Notamment des panneaux LED autour du stade. On s’est aussi battu pour qu’il y ait des noms sur les dossards, plutôt que des numéros. Nous avons aussi essayé d’orienter notre meeting vers davantage de spectacle, avec de la musique, de la lumière, des animations avec les enfants… Il faut toujours avancer, et trouver ce qui peut être bon pour demain.

Joshua Cheptegei au meeting Herculis, en 2020. © photo meeting Herculis — fédération monégasque d’athlétisme

Organiser un jour un championnat du monde d’athlétisme à Monaco, c’est possible ?

Non, et cela pour plusieurs raisons. D’abord parce que les gradins du stade Louis II se trouvent au niveau du neuvième couloir : chez nous, il y a la piste, le huitième couloir, et le public juste à côté. Or, pour pouvoir organiser un championnat du monde, il faut des sautoirs annexes. Dans les deux lignes droites, il faut installer au moins deux sautoirs en longueur d’un côté, et deux sautoirs à la perche de l’autre côté. Bref, il faut des choses que nous n’avons pas. Il faudrait aussi un terrain d’échauffement que nous ne possédons pas non plus. La mairie de Cap d’Ail nous prête très gentiment son terrain de football, mais c’est une pelouse synthétique sur laquelle les athlètes ne peuvent pas mettre des pointes. Or, une vraie piste d’athlétisme serait nécessaire, mais ce stade n’en a pas. Voilà pourquoi le meeting, c’est le format qui convient à Monaco.

Pour l’année 2026, d’autres compétitions d’athlétisme se dérouleront à Monaco, en plus du meeting Herculis ?

En juin 2026, nous organiserons les championnats des petits États. Il s’agit d’une compétition qui réunira les pays de moins d’un million d’habitants. Dix nations y prendront part : les neuf pays membres du comité olympique des petits États d’Europe, auxquels s’ajoutera Gibraltar. Cette liste sera complétée par neuf autres petits pays d’Europe de l’Est, comme l’Azerbaïdjan ou la Géorgie. Au total, 18 pays seront représentés à Monaco.

« Nous avons toujours essayé d’améliorer ce meeting en innovant. Lorsque mes collègues de la Diamond League ne voulaient pas lancer une nouveauté, nous la mettions en place. […] Nous avons aussi essayé d’orienter notre meeting vers davantage de spectacle, avec de la musique, de la lumière, des animations avec les enfants… Il faut toujours avancer, et trouver ce qui peut être bon pour demain »

En 2027, il y aura aussi les Jeux des petits Etats d’Europe à Monaco ?

Les Jeux des petits Etats d’Europe se dérouleront en Principauté du 3 au 8 mai 2027. Neuf pays du comité olympique seront opposés. Quinze disciplines sportives seront représentées. Nous organiserons l’athlétisme au stade Louis II sur trois soirées.

Quels sont vos projets, désormais ?

J’ai toujours la même passion pour l’athlétisme. J’ai eu une chance inouïe de pouvoir exercer une activité professionnelle dans ce milieu. Je suis venu travailler à Monaco en février 1975, parce que j’étais professeur de gymnastique [Jean-Pierre Schoebel est né le 18 mars 1949 à Grenoble — NDLR]. Cinquante et un an plus tard, je pars à la retraite. Je vais donc continuer à m’intéresser à l’athlétisme. Je demanderai à mon collègue, Frédéric Choquard, de m’inviter pour l’Herculis [rires — NDLR]. Mais je me mettrai en retrait pour qu’il ait les coudées libres. Pour le reste, j’ai envie de voyager. J’ai quatre enfants et sept petits enfants. Je ferai plein de choses pour m’occuper, mais je ne mènerai plus d’autres activités professionnelles. 1) Entre le 23 août et le 25 septembre 2020, malgré un calendrier bouleversé par la pandémie de Covid‑19, l’athlétisme mondial a repris avec une série de grands meetings internationaux : Stockholm (23 août), Lausanne (2 septembre), Bruxelles (4 septembre), Rome (17 septembre) et Doha (25 septembre). Tous ont été organisés dans des formats réduits et des conditions particulières, liées à la pandémie. Seul Herculis s’est déroulé de la manière la plus proche de la normale.

Pourquoi le meeting Herculis s’appelle ainsi

Le meeting Herculis est une compétition internationale d’athlétisme dont la première édition a eu lieu le 19 septembre 1987 au stade Louis II. Son nom fait référence à Hercule, héros de la mythologie grecque, symbole de force et de courage. La Principauté revendique traditionnellement un lien historique avec ce personnage dans sa légende locale, ce qui explique ce choix. Avant 1998, les meetings européens et mondiaux existaient de manière indépendante, chacun organisant ses propres courses et primes. En 1998, la « Golden League » a été créée et l’Herculis l’a immédiatement rejoint. Pour la première fois, un circuit européen officiel regroupait les meilleurs meetings d’athlétisme, avec un système de primes et de jackpot. En 2010, la « Golden League » a été remplacée par la « Diamond League », que Monaco a aussi immédiatement intégré. Si la Golden League (1998‑2009) récompensait les invaincus sur des meetings européens, la Diamond League est mondiale, avec des points cumulés et des primes attribués à chaque meeting et finale.

Meeting Herculis : Sept records du monde qui ont marqué l’histoire

Yelena Isinbayeva (Russie)
Saut à la perche – 5,04 mètres – le 29 juillet 2008
Genzebe Dibaba (Éthiopie)
1 500 mètres féminin – 3:50,07 – 17 juillet 2015
Beatrice Chepkoech (Kenya)
3 000 m steeple féminin – 8:44,32 – le 20 juillet 2018
Sifan Hassan (Pays-Bas)
Mile féminin – 4:12,33 – le 12 juillet 2019
Joshua Cheptegei (Ouganda)
5 000 mètres masculin – 12:35,36 – le 14 août 2020
Faith Kipyegon (Kenya)
Mile féminin – 4:07,64 – 21 juillet 2023
Jessica Hull (Australie)
2 000 mètres féminin – 5:19,70 – 12 juillet 2024
Source : World Athletics.

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