Clément Maréchal est le nouveau président de la Jeune chambre économique de Monaco pour l’exercice 2024. Il nous livre sa vision de l’entrepreneuriat et ses projets pour accompagner les jeunes leaders de la principauté.
Ça représente quoi pour vous, la Jeune chambre économique de Monaco (JCEM) ?
La JCEM est une association qui a pour but d’être le vecteur incontournable des jeunes leaders en principauté. C’est notre vision, qui n’a pas changé depuis des années, et qui est la ligne directrice globale du mouvement. Est-ce la crème ? Je l’espère. Du moins, c’est ce que nous essayons de faire. Notre but est de monter des synergies entre nos membres, pour porter des projets, les mener a bout, et avoir un impact sur le développement économique. Mais aussi un rayonnement sur la principauté, sur son attractivité, et sur les relations internationales que l’on peut avoir avec les autres jeunes chambres mondiales. C’est tout un tas d’aspect qui fait qu’on se considère comme un groupe de jeunes leaders à Monaco.
Quel est votre parcours ?
J’ai 28 ans, je suis né ici, à Monaco, et j’y ai fait toutes mes classes, jusqu’au supérieur. Je suis ensuite parti étudier à l’étranger, notamment en France, à Paris, puis en Angleterre, avant de faire un petit passage en Australie. Je suis revenu en principauté en 2020. C’était une période un peu compliquée pour le business, mais je suis directement entré au sein d’une agence immobilière, Coletti Real Estate, en tant qu’agent immobilier. Je m’occupe de la partie gestion, transaction, location, mais également du marketing. Et, en parallèle, je mène ce projet associatif avec la JCEM depuis quatre ans maintenant.
Pourquoi être revenu à Monaco ?
Quand on quitte Monaco pour l’étranger, plus loin on va, et plus on s’aperçoit que c’est une terre d’opportunités incroyable. À Monaco, on touche du doigt des opportunités tous les jours. C’est vraiment une énergie qu’on ne retrouve pas ailleurs. On a notamment un accès facilité avec les institutions et les partenaires, pour développer des idées.
Vous avez rejoint la JCEM dès votre retour à Monaco ?
Quand je suis revenu, je me suis rendu compte que j’avais raté six ans de vie et qu’énormément de choses s’étaient passées pendant mon absence. Je me suis demandé comment me réintégrer au tissu économique, et comment me reconnecter avec les jeunes esprits brillants de Monaco que je voulais côtoyer. J’ai fait une liste de toutes les associations présentes sur place, et je me suis dit que la Jeune chambre était celle qui me parlait le mieux. Ça cochait beaucoup de cases, et ça respectait mes valeurs et mes principes.
On vous a tout de suite ouvert les portes ?
J’ai passé un entretien d’intégration, équivalent à un entretien d’embauche, et je me suis rendu compte que j’étais complètement à côté de la plaque. J’avais sous estimé le mouvement. J’ai remarqué à quel point ce qui était en train de se passer était énorme. Je me suis dit qu’il fallait absolument que je les rejoigne. Et c’est ce qu’il s’est passé en 2020. Une fois intégré, j’ai tout de suite été mis dans le bain. En tant que membre, on touche vraiment à tout, avec de l’évènementiel, de la communication, du marketing, et, bien sûr, de l’entrepreneuriat. C’est cette partie-là qui m’a le plus parlé.

Comment expliquer ce dynamisme de l’association ?
Principalement, grâce aux rencontres que j’ai pu faire pendant quatre ans. J’ai rencontré des gens que je n’aurais pas pu rencontrer autrement, alors que l’on vit sur le même territoire de 2 km2. C’est assez fou de se dire ça. J’ai rencontré des esprits brillants et des jeunes leaders que je n’aurais pas rencontrés ailleurs, et c’est vraiment ce qui nourrit cette envie de continuer. Chaque année, il y a de nouveaux membres et de nouvelles rencontres. On fait partie de quelque chose de plus grand que ce que l’on fait dans notre vie de tous les jours : participer à des événements, monter des événements… C’est ambitieux, car l’événementiel est un métier, mais on le fait bénévolement. Créer de nouveaux projets, sans cesse, donne envie de continuer.
« La JCEM est une association qui a pour but d’être le vecteur incontournable des jeunes leaders en principauté. C’est notre vision, qui n’a pas changé depuis des années, et qui est la ligne directrice globale du mouvement. Est-ce la crème ? Je l’espère »
Qu’est ce qu’on retire d’un passage à la JCEM ?
J’ai envie de dire que c’est un point de passage obligatoire quand on est entrepreneur. On en retire déjà des relations, l’accès au réseau Jeune chambre qui est conséquent, mais aussi des amitiés. Ce n’est pas uniquement du networking professionnel. Je me suis fait plein d’amis au cours de ces quatre dernières années. On y tire aussi un accès privilégié aux institutions, aux potentiels investisseurs, aux potentiels prochains salariés que l’on va engager pour notre projet. Et on a également accès à cette énergie qui permet de confronter les idées, et qui permet d’échanger. Grâce aux conseils que l’on peut obtenir à la Jeune chambre, on pense parfois à retoucher un peu son “business model” [modèle économique — NDLR]. Je pense que partir la tête dans le guidon, tout seul, n’est pas forcément la meilleure solution. L’entrepreneuriat est une aventure. Autant qu’elle soit commune, elle est toujours plus sympa comme ça.
Des opportunistes vous sollicitent, parfois ?
Ça peut arriver, évidemment, car ce n’est pas un facteur contrôlable à 100 %. Mais l’entrée à la Jeune chambre se fait par un processus qui est très simple, puisque c’est un entretien. À l’issue de cet entretien, accompagné d’une lettre de motivation, la candidature est présentée au conseil d’administration qui compte onze membres. Et c’est notre rôle de vérifier que les valeurs et les principes sont « raccords » avec ce qu’on fait, mais aussi que l’engagement au sein du mouvement sera bénéfique autant pour le candidat que pour le mouvement. Cela permet déjà de faire un tri dans les candidatures, pour s’assurer au préalable qu’elles cochent certaines cases. Mais on est libre de prendre des risques. D’ailleurs, on a déjà pris des risques sur certains profils pour lesquels on se posait des questions, et ça a plutôt bien tourné, puisque ce sont des profils exceptionnels qui se sont bien développés au sein du mouvement.
Vous avez des exemples de personnes qui ont cartonné à Monaco et qui sont issus de la JCEM ?
Je pense aux derniers lauréats de notre concours de création d’entreprise, c’est assez conséquent. Je pense à Carlo, à Hy-Plug, de Camille Lopez. Je pense aussi à Soca, plus récemment, qui est chez MonacoTech, désormais. Ce sont des personnes qui, non seulement, ont gagné le concours de création d’entreprise de la JCEM, mais elles arrivent aussi à créer du lien avec nos membres, et c’est exceptionnel. C’est du gagnant-gagnant. Ce n’est pas qu’un concours qui arrive une fois, à un moment dans le temps. C’est une relation suivie sur le long-terme. C’est un vivier qui est bénéfique pour tout le monde.
En tant que président, quels sont vos projets pour ce mandat qui s’étend sur l’année 2024 ?
La ligne directrice pour 2024 sera l’entrepreneuriat, sans mettre de côté, évidemment, le développement personnel et l’attractivité, car nous pensons à la JCEM que tout est interconnecté. En termes de nouveaux projets, il y a le JCE Connect, qui est un événement “after work” descendant des “success drink” que l’on faisait auparavant. Ce sont des événements qui permettent d’animer le réseau de la Jeune chambre, mais aussi de l’ouvrir à de potentiels candidats, partenaires, et investisseurs. C’est aussi un moyen très utile de mettre en avant nos partenaires car, aujourd’hui, si la Jeune chambre crée des événements conséquents, ce ne serait pas réalisable sans leur aide. Il faut donc qu’on leur rende quelque chose en retour, et ces JCE Connect permettent de faire vivre ce réseau. Nous ferons le premier très bientôt, le 22 février 2024, à Fontvieille [Monaco Hebdo bouclait ce numéro le 20 février 2024 — NDLR]. On ne se réinvente pas. C’est vraiment la terre d’entrepreneurs et d’opportunités.

Vous proposez également des formations ?
Nous allons en effet proposer des formations, dédiées à l’entrepreneuriat, mais pas seulement. Il y en a une consacrée au développement personnel, la première ayant eu lieu le 20 février 2024, à notre siège de Fontvieille. En terme de nouveautés sur l’année, nous aurons deux événements conséquents : le « Start up meeting » qui sera un “after work” dédié à la confrontation d’idées entre entrepreneurs. Ce seront des “pitch battles” [un concours de présentation de projets avec des affrontements par équipes — NDLR], mais également des “workshop” [des ateliers — NDLR] pour développer leurs projets. Tout cela doit nous mener au Monaco Expire courant octobre 2024, qui sera une journée entière dédiée à l’entrepreneuriat.
« Je me suis rendu compte que j’étais complètement à côté de la plaque. J’avais sous estimé le mouvement. J’ai remarqué à quel point ce qui était en train de se passer était énorme. Je me suis dit qu’il fallait absolument que je les rejoigne. Et c’est ce qui s’est passé en 2020 »
Ce Monaco Expire, c’est un nouveau concept ?
Ce sera une sorte de forum, avec des conférences, des tables rondes, des “workshops”, et des vrais “pitch battles” devant de potentiels investisseurs, pour vraiment dynamiser les projets. Tout ça dans le but que ces personnes présentes soient prêtes pour le concours de création d’entreprise, qu’elles arrivent avec des projets béton, et que le niveau monte encore d’un cran, afin que ce concours 2024 soit un cru exceptionnel.
Entreprendre à Monaco, c’est plus difficile qu’ailleurs dans le monde, ou c’est l’inverse ?
En termes d’opportunités, c’est inégalable. En termes d’accès aux institutions également. C’est d’ailleurs notre rôle à la Jeune chambre, en tant qu’association, de faire le lien entre les porteurs de projets externes à Monaco et la principauté. Mais je pense également qu’il y a beaucoup de quiproquos ou de malentendus sur Monaco et sur l’image que l’on en a. Ce n’est pas seulement le cas pour l’entrepreneuriat, mais pour tout. Et c’est aussi notre rôle, à nous, jeunes dynamiques de Monaco, de faire passer le message de la meilleure des manière. Ce n’est pas plus facile d’entreprendre à Monaco, car aucun projet d’entreprise n’est facile, mais je pense réellement que l’on est plus à même de créer un projet, et de le porter à Monaco de A à Z, grâce à tout ce qui se fait en termes de développement d’entreprise en principauté.
« Ce n’est pas plus facile d’entreprendre à Monaco, car aucun projet d’entreprise n’est facile, mais je pense réellement que l’on est plus à même de créer un projet, et de le porter à Monaco de A à Z, grâce à tout ce qui se fait en termes de développement d’entreprise en principauté »
À Monaco, le foncier, avec un prix du m2 très élevé, c’est encore et toujours un frein ?
Je peux vous en parler, étant dans l’immobilier. Le foncier a été un problème, et peut l’être encore aujourd’hui, sur des tailles conséquentes. Mais tous les outils sont mis en place aujourd’hui, et de nouveaux outils arrivent également pour faciliter les choses. Je pense notamment aux centres d’affaires, à MonacoBoost, et à la pépinière MonacoTech. Les vrais porteurs de projets motivés pour venir s’installer à Monaco n’ont plus réellement d’excuses aujourd’hui pour ne pas le faire. Le foncier peut devenir un problème en cas de développement vraiment conséquent. Mais je suis sûr que l’on trouvera des solutions pour y remédier dans le temps. Ça peut même être l’un de nos prochains défis.
La JCEM fait partie d’un réseau international : c’est un plus pour les entrepreneurs ?
La JCEM fait en effet partie de la JCI, la Jeune chambre internationale, qui est un réseau présent dans plus de 150 pays dans le monde. C’est une organisation conséquente, comparable, pourquoi pas, à l’ONU, mais en plus jeune [rires — NDLR]. Nous avons d’ailleurs des liens avec cette organisation. Nous participons à des événements au cours de l’année. Je pense notamment à des conférences européennes et à des congrès mondiaux. Il y a aussi des meetings entre présidents pour échanger des idées et présenter ce qu’on fait, chez nous, mais aussi chercher ce qui se fait de bien, ou de mieux, ailleurs, afin de développer des synergies. Aujourd’hui, en tant que membre de la JCE Monaco, on fait partie du réseau JCI, qui est un réseau mondial de leaders. Énormément de pays se développent là-dessus, et je pense vraiment que l’on a une carte à jouer grâce aux critères un peu spéciaux de Monaco pour apporter quelque chose dans la balance.
« Les vrais porteurs de projets motivés pour venir s’installer à Monaco n’ont plus réellement d’excuses aujourd’hui pour ne pas le faire. Le foncier peut devenir un problème en cas de développement vraiment conséquent, mais je suis sûr qu’on trouvera des solutions »
Sur la carte internationale, que représente Monaco dans ce réseau ?
Au niveau de la JCI, on est tout de même très bien placés par rapport à la taille et au nombre de membres que nous avons. Après, bien sûr, on ne peut pas rivaliser avec certains membres, comme le Japon, qui est probablement la plus grosse association JCI au monde. L’ensemble des pays asiatiques est d’ailleurs très bien développé sur la JCI, tout comme l’Amérique latine, les pays du Benelux, le Luxembourg, la Suisse, et tous ces écosystèmes qui nous ressemblent. On échange beaucoup sur l’année en termes d’idées et de possibilités de collaborations.
Quelle est votre vision de l’entrepreneuriat ?
Pour moi, l’entreprenariat est une aventure de vie, c’est un projet. Ça ne peut pas toujours marcher comme on le voudrait, mais c’est souvent dans l’effort, et dans l’échec, qu’on apprend le plus. Je pense que c’est une aventure qui mérite d’être vécue à plusieurs. C’est la raison pour laquelle on accompagne les jeunes entrepreneurs à Monaco.



